Réimpression du Moniteur^ XXI, 4i
2. Imp. d'Anjubault, Paris, me Honoré, 20; cuinoncée avec faveur par VOrateur du peuple du 13 frimaire an III.
Dans cottt» brochure, il s'attachait tout particulièrement à le représenter comme un misérable suppôt de la royauté. «Je vous dénonce, y disait-il, aujourd'hui Carrier comme ayant été un des agents de cette conspiration des rois, à laquelle son caractère naturellement féroce a paru le rendre propre, aux yeux des chefs de cette vaste conspiration qui s'étendait sur toute la France, et qui organisait ses moyens d'attaque, et devait les faire réussir, jusqu'au moment où elle arborerait le drapeau blanc... Les instructions que paraît avoir reçues Carrier étaient telles qu'en les suivant il devait représenter, aux yeux des peuples, un tableau si contrastant avec toute idée de moralité et de justice, que le nom seul de république fît horreur, et aux républicains de Nantes et aux rebelles de la Vendée... Et qu'on ne dise pas que je trace ici, d'imagination, un plan politique que nos ennemis n'ont jamais songé à adopter. 11 me suffit, pour vous en convaincre, d'extraire quelques lignes du rapport de nos collègues Choudieu et Richard : « Les scélérats qui dirigeaient la guerre fratricide de la Vendée employaient toutes sortes de moyens pour profiter de leurs avantages. Us faisaient circuler, dans les pays qui n'avaient pas encore partagé leurs crimes, des proclamations, dans lesquelles ils peignaient la Révolution sous les plus affreuses couleurs... Tout ce qui tenait au régime républicain était odieux à Carrier, et devait essuyer les outrages d'un homme vendu à la coalition des tyrans de l'Europe... 11 donnait à ses agents des pouvoirs illimités, car Carrier ne connaissait pas de limites au crime, et il soumettait h leur inquisition tyran-
nique tous les citoyens, afin de venger l'ancien Gouvernement des reproches faits aux Sartines et aux Lenoir. « Après une description des noyades, il disait : « Rois de TEurope, reconnaissez là vos crimes, car vous seuls avez pu les commandera » Ce paradoxe de Carrier royaliste était plus perfide, mais valait bien comme absurdité la déclaration de Merlin de Douai, affirmant à la tribune que « la correspondance du Comité de Salut public lui avait appris, depuis quinze jours, que les rois coalisés, et spécialement le Pape, étaient désespérés de la catastrophe qui avait fait tomber la tète de Robespierre- ». Mais Dupuis n'a pas été le seul à soutenir ce paradoxe, tant il est vrai que tous les arguments sont bons pour rompre la solidarité du parti révolutionnaire avec Carrier. Le patriote vendéen, Mercier du Rocher, aurait certainement volontiers signé le factum de Dupuis. « Carrier, lit-on dans ses Mémoires, était toujours ivre; il avait été royaliste avant d'être terroriste; c'était un imbécile qui égorgeait le peuple*^. » Le greffier Blanchard, de Nantes, dans ses Mémoires inédits, prétend que, pour déconsidén»r la Révolution, la noblesse a largement contribué aux excès de la Terreur. Cette thèse a été développée à un point de vue un peu différent, dans un article anonyme de la revue de Comte et Dunoyer, le Censeur (t. VI, Paris, 1815, 140 pages), qui montre, une fois de plus, qu'avec de l'esprit et