‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 134 sur 172 · Réimpression du Moniteur^ XXII · texte numérisé non relu

Réimpression du Moniteur^ XXII

visé très haut, et demandé l'assistance de Tronson- Ducoudray et de Chauveau-Lagarde, qui, tous les deux, avaient partagé le périlleux honneur de plaider pour Marie- Antoinette. Sur leur refus, il déclara qu'il se passerait d'avocat*. Ce n'est pas que le ministère d'un défenseur pût sensiblement améliorer son sort; il avait épuisé lui-même la discussion des faits ; la plus chaude éloquence eût été impuissante à attirer sur lui la pitié ; mais la loi exigeait qu'un homme de loi s'assît auprès de lui, et il dut, comme le plus vulgaire criminel, se contenter d'un avocat d'office.

Les dépositions des nombreux témoins qui, depuis six semaines, s'étaient succédé à la barre du Tribunal révolutionnaire, et, plus encore, peutêtre, les déclarations et les explications données par les accusés sur la conduite de Carrier à Nantes, avaient instruit d'avance les juges et les jurés des faits delà nouvelle cause. Ce fut donc uniquement

1. Au début du procès, le président avait désigné d'office un employé du parquet nommé Bureau, avec faculté de le faire aider par un autre à son choix [Bulletin du Tribunal révolutionnaire^ VU, 31). Hureau, sans doute, refusa, car le président indiqua Lafeutriëre. Celui-ci se déroba, en alléguant qu'il défendait déjà deux des accusés de Nantes. Antonelle et Giroud, sollicités, refusèrent absolument (Compte rendu du procès du Moniteur; Réimpression^ XXI H, 3). Le 11 frimaire, personne n'ayant encore accepté, le président nomma Cahier. Cahier répondit qu'il s'était chargé de défendre Lefaivre, accusé d'avoir noyé en pleine mer un certain nombre de prisonniers à une époque où Carrier avait terminé sa mission. De guerre lasse, le Tribunal rendit, le 12 frimaire, un jugement portant que le défenseur officieux Villain prêterait son ministère à Carrier. Villain se résigna, et, en définitive, ce fut lui qui l'assista et qui plaida pour lui (Compte rendu du procès dans les Nouvelles politiques et le Courrier universel des 11, 12 et 13 frimaire an 111, et dans le Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VU, 40, 44 et 88).

pour répondre aux exigences do la loi, sur la nécessité des témoignages oraux dans les procédures criminelles, qu'un certain nombre de témoins furent appelés à venir répéter ce qu'ils avaient déjà dit.

Le premier témoin appelé fut David-Vaugeois, ci-devant accusateur public de la Commission militaire établie au Mans et venue à Nantes*. C'est lui qui, dans le procès du Comité, interrogé par le président sur le nombre des prisonniers, avait fait cette double déclaration, que TEntrepôt, à raison de sa vaste étendue, pourrait renfermer au moins dix mille hommes et qu'il y avait eu, selon lui, plus de deux mille quatre cents individus sacrifiés en ne parlant que des femmes et des enfants^.

Pour obtenir des renseignements sur les noyades, on ne pouvait mieux s'adresser qu'à Vaugeois. Il avait siégé pendant plusieurs semaines dans une des salles de l'Entrepôt. Sauf qu'un certain jour de pluviôse il avait essayé d'empêcher un enlèvement de femmes enceintes et d'enfants par Lamberty, et encouru pour ce fait le disgrâce de Carrier, il n'y avait eu, entre le noyeur attitré et la Commission militaire dont il faisait partie, qu'une différence, c'est que Lamberty avait noyé par ordre de Carrier, et que sa Commission avait fusillé

2. Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, 295, 2. Ce chiffre de dix mille prisonniers à TEntrepôt est aussi le chiffre qui avait été donné par JoUy à Altaroche, président de Tadministration du Département du Cantal dans une conversation qu'il avait eue avec lui à la Conciergerie. Altaroche ayant répété cette conversation au Tribunal révolutionnaire en présence de Jolly, celui-ci en reconnut la vérité Journal des Lois eu 24 frimaire an III, p. 2),

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