Le Courrier universely du 21 frimaire an UI
nuantes, il avait pris à partie nominativement certains députés, et les avait montrés aussi couverts de sang qu'il Tétait lui-même, les Collot d'Herbois, les Fouché, les Bourbotte, les Hentz, les Francastel, etc.? 1/audace lui avait manqué. Sans s'en douter, il avait donné dans le piège qu'on lui avail tendu, en répondant à la série d'accusations dirigées contre lui par la Commission des Vingt et an. Il avait ainsi laissé ses crimes devenir des crimes de droit commun, et permis à la Convention de lo renier comme un extravagant, qui avait agi par lui-même, et qu'elle n'avait jamais associé à l'application de sa politique.
De déchéance en déchéance, il était venu s'asseoir sur la sellette du Tribunal révolutionnaire comme un vulgaireassassin. Là, ilavait péniblement ergoté, tantôt avec les témoins, tantôt avec ses coaccusés, qui, eux aussi, défendaient leur tête. Le moment était-il passé de faire utilement valoir, devant un Tribunal, juge de l'intention, que, s'il avait exterminé des milliers de brigands, il l'avait fait en qualité de représentant du peuple, chargé d'une mission et investi de pouvoirs illimités? Quoiqu'il fût bien tard pour changer d'attitude, il se redressa néanmoins un instant.
La séance du 21 frimaire (i 1 décembre), venait de commencer quand, àTétonnement de l'assistance, on l'entendit déclarer qu'« il n'avait rien fait à Nantes sans ordres supérieurs; qu'il avait instruit exactement le Comité de Salut public de toutes ses opérations, et que le Comité n'eût pas manqué de le rappeler, s'il les avait désapprouvées, tandis qu'il l'avait laissé en mission
dans la Loire-Inférieure, il retraça ensuite tous les crimes qui avaient été commis par plusieurs de ses collègues, à Laval, à Château-Gonthier, et à Angers, les fusillades et les noyades qui avaient eu lieu dans ces villes. Il fit observer que c'est à Angers qu'on avait commencé de noyer. « Pourquoi, s'écria-t-il, ne fait-on le procès qu'à moi seul? Pourquoi suis-je la seule victime désignée parmi tant de coupables? Je sais que je dois périr. Ce n'est point pour défendre mavieque je dévoilerai de grandes vérités, mais je dois le faire pour mes coaccusés, et c'est pour eux seuls que je parlerai. » 11 ajouta qu'il prouverait, par des preuves écrites, toutes ses assertions*. »
Tout était vrai dans cette déclaration et d'une vérité saisissante, sauf une phrase : « Je sais que je dois périr. » Comme tous les malheureux en danger prochain et évident de mort, il espérait l'impossible, et cet impossible était la pitié de ses collègues.
Presque aussitôt après cette déclaration, il se trouva, par hasard, qu'un témoin apporta son suffrage à l'accusé. C'était un nommé Pierre Duhar. (1 11 avait vu, dit-il, jeter des brigands à Teau à Chàteau-Gonthier, oii se trouvaient Bourbotte et Merlin de Thionville. A ce moment, on a extrait des malades des hôpitaux et on les a jetés à l'eau. Le témoin, interrogé par Chaux s'il savait qui avait ordonné cette noyade, répondit qu'il l'ignorait. « — Je sais bien qui Ta ordonnée, répondit Chaux » « — Et moi aussi, ajouta Carrier. »