Numéro du 26 frimaire an UJ
4i6 J.-B. CARRIER
souiller le 31 mai d'uQ rapprochement si infâme. » Il ne s'expliquait pas davantage que Real eût pu s'attendrir sur GouUin, Chaux, Bachelier et autres gens de cette sorte.
Tous les historiens qui ont mentionné ce procès ont parlé de la péroraison du plaidoyer de Real, où l'art (Ju comédien vint en aide à l'art oratoire, (irisé par sa propre parole, après avoir présenté, de GouUin, un portrait idéal, dont les traits n'existaient nulle part ailleurs que dans son imagination, il avait fini par vanter sa bienfaisance. « Sa tôle fut exaltée, dit-il ; son cœur est celui d'un patriote pur, d'un homme de bien. » On vit alors se lever, tremblant, éperdu, les yeux pleins de larmes, l'accusé Gallon, ami de Goullin, son commensal, car ils s'étaient installés ensemble dans le même appartement, dans les meubles de M°* de Coutances, qui cria en sanglotant : « Goullin est un honnête homme, c'est mon ami, il a élevé mes enfants ; tuez-moi, mais sauvez-le. » Le désespoir de Gallon était tel qu'il fallut Tentraîner hors de la salle. Sont-ce là des hommes féroces? demanda Real. Les jurés eux-mêmes, si l'on en croit Michelet et Louis Blanc, auraient été émus^
Ce Gallon, dont les larmes auraient été si puissantes, n'était point un scélérat comme son bienfaiteur. 11 était seulement d'une probité douteuse 2.
1. L. Blanc, Histoire de la Révolution, in-18, Xî, 283; Michelet édit. Lacroix, VIJl.
2. Un reprocha à Gallon d'avoir détourné, à son profit, du vin des magasins de Clanchy. Registre des déclarations contre le Comité.
Pendant la joiirnt^e tout entière du 25 frimain* (15 décembre), les avocats avaient parité. Ce n'était pas fini; mais le président avait déclaré que l'affaire se terminerait sans désemparer. A minuit un quart. Carrier obtint, pour la dernière fois, la parole. Il rappela, à dater de juillet 1793, toutes les missions qu'il avait eues dans les départements de TEure, du Calvados, de la Loire-Inférieure, et la conduite qu'il y avait tenue. Il répéta tout ce qu'il avait dit dans le cours de l'instruction. A quatre heures et demie, il termina ainsi sa défense : «• Fatigué, exténué, je m'en rapporte à la justice des jurés. Ma moralité est décrite dans une adresse de mon département. Je demande tout ce qui peut (Hre accordé pour mes coaccusés. Je demande que, si lajustice nationale doit peser sur quelqu'un, elle pèse sur moi seul K »
Le président résuma les débats, et il était six heures du matin quand les jurés se retirèrent pour délibérer.
Les jurés pouvaient avoir deux questions à résoudre : 1° celle de savoir si chacun des accusés avait été auteur, ou complice, de manœuvres et intelligences contre la sûreté du peuple et la liberté dos citoyens, en commettant, ou en ordonnant tel fait qui lui était spécialement reproché, et, 2°, dans le cas de l'affirmative sur cette première question, ils devaient déclarer si l'accusé avait, ou n'avait pas, agi avec des intentions criminelles et contre-révolutionnaires.
Carrier fut déclaré coupable d'avoir cherché à