‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 147 sur 172 · Hélmpression du Moniteur, XXIII, o9, et autres journaux · texte numérisé non relu

Hélmpression du Moniteur, XXIII, o9, et autres journaux

4t8 J.-B. CARRIER

avilir la représentation nationale en commettant tous les actes rangés sous les huit chefs distincts énum(^rés dans son acte d'accusation.

De même que plusieurs de ses camarades, (îrandmaison, membre du Comité révolutionnaire, était accusé d'avoir signé des ordres de noyades et de fusillades; mais, de plus qu'eux, il avait été convaincu d avoir sabré des malheureux qu'on allait noyer, et qui, sentant le bateau s'enfoncer, avaient, pour s'en échapper, passé leurs mains crispées au travers des fentes du pont. Ce fut cet acte de cruauté qui le perdit.

Pinart, âgé de vingt-cinq ans seulement, avait été commissaire du Comité pour les expéditions dans la banlieue de Nantes. Quoiqu'il ne sût ni lire, ni écrire, il avait été breveté en qualité de commissaire dans l'administration des vivres. De nombreux assassinats et des vols avaient été relevés à sa charge. Sa culpabilité était criante, et la protection, dont le Comité révolutionnaire Tavait longtemps couvert, aurait pu être regardée, à elle seule, comme un véritable crime*.

La déclaration qu'ils n'avaient point agi avec une intention criminelle et contre-révolutionnaire, n'ayant point été faite en leur faveur, ces trois accusés furent condamnés à mort. Carrier, dit le Journal de Perlei, a entendu lire son arrêt sans paraître plus abattu qu'à Tordinaire. Il voulut parler encore ; mais le président lui ayant fait observer qu'il n'aurait la parole que sur l'applica-

1. Voir la Compagnie Mavat et les auxiliaires du Comité révolutionnaire^ par A. Lallié {Revue historique de VOuesty juillet 1897).

tion de la peine, il se borna à s'écrier : « Mes vœux ont toujours été pour la République; je meurs innocent, oui, je meurs innocent, je le dis pour la dernière fois^ »

Vie et Gallon furent réellement acquittés, comme n'ayant pas été convaincus des faits qui leur étaient reprochés. Tous les autres, c'est-à-dire, GouUin, Chaux, Bachelier, Bollogniel, Foucaud, Robin, O'SuUivan, les membres de la compagnie Marat, Dhéron, JoUy, etc., furent bien, tous et chacun, déclarés convaincus d'avoir commis les crimes qui étaient reprochés à chacun d'eux; mais les jurés ayant ajouté qu'ils ne les avaient pas commis avec des intentions criminelles et contre-révolutionnaires, le Tribunal prononça leuracquittement, et ordonna leur mise en liberté^. Dobsent, enchanté d'un verdict qui ravivait des souvenirs qui lui étaient chers, en montrant que la persécution des

i. Journal des Lois du 27 frimaire an III, p. 1 et 2.

2. M. le comte Fleury, dans Carrier à Nantes, donne le texte du jugement. Voir aussi leMoniteurdu 10 nivôse an III (Réimpression^ XXIIÏ,74). — Quelques journaux, et, notamment, leCourner universel du 27 frimaire, et VOrateur du peuple du 3 nivôse, p. 399, ont donné les votes des jurés (Voir aussi la lettre des jurés Rambour, Dubuisson et Guichaud-Lyon. Journal des Lois, du !•' nivôse). En ce qui concerne Carrier, Pinart et Grandmaison, unanimité sur le fait, et unanimité moins un sur Tintention criminelle. Pour les autres, sauf pour deux faits secondaires reprochés à Goullin, à Tunanioiité les jurés les reconnurent convaincus des faits dont ils étaient accusés. Sur la question intentionnelle, neuf, sur quatorze, accordèrent le bénéfice de Tintention à Goullin; onze à Chaux, à Forget, à Foucaud, à Robin, à Durassier, à Ducoux; sept seulement à Dhéron, le coupeur d*oreilles. Une voix de moins et il partageait le sort de Carrier. Tous les autres furent à Tunanimité déchargés par le jury sur le fait de Tintention criminelle et contre-révolutionnaire. Voir aussi dans VOrateur du peuple du 13 nivôse, p. 430, des déclarations très sensées sur le verdict qui avait condamné Grandmaison et acquitté Robin.

fc^déralistes fêtait un mt^rito suffisant pour effacer les crimes les plus avérés, exprima sa satisfaction en ces termes, qui étaient, pour les témoins, un outrage véritable :

« Le Tribunal vient de remplir un devoir bien pénible. Il vient de donner h la France un prand exemple. Soixante jours ont été consacrés à examiner une affaire qui fera époque dans Thistoire. Notre humanité a eu à souffrir, mais c'est à son postt» que le magistrat sert sa patrie. On ne vous a attribué que des crimes, on n'a trouvé que des erreurs. » Les accusés sont descendus de leurs sièges, <»t le président les a embrassés en leur donnant à chacun des conseils ^ »

D'après le procès-verbal d'audience, reproduit par XL Wallon, Dobsent aurait ajouté : « Allez jouir des embrassements de vos familleâ et de vos amis, et, après Telfusion de ces premiers sentiments, employez bien cette liberté qui va vous être restituée, après la pénible épreuve que vous venez (Pessuyer; livrez-vous tout entier au service de la République. Que votre attachement pour elle fasse oublier les momentsd 'erreurs, où sans doute un zèle mal dirigé vous avait entraînés. Souvenez-vous, surtout, que des républicains doivent oublier toute haine particulière, tout désir de vengeance, toute passion, pour ne s'occuper, en s'unissant étroitement, que de concourir au bonheur de la patrie 2. »

« Lorsque les membres du Comité révolutionnaire descendirent le grand escalier du palais, après le jugement qui venait de sanctionner leurs forfaits,

\. Coui'vier républicain du 27 frimaire an III.

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