X INTRODUCTION
hommes les historiens révolulioDDaires ont admis dans leur panthéon, on peut se demander pourquoi ils en ont si sévèrement exclu Carrier? Sans les circonslancesqui amenèrent la révélation de ses crimes, il est plus que probable que le seul fait de les avoir commis n'aurait point suffi à le perdre. 11 avait, à son retour de Nantes, repris sa place à la Convention et personne ne songeait à Tinquiéter. Grâce à la réaction qui suivit le 9 thermidor, les membres du Comité révolutionnaire de Nantes furent traduits devant le Tribunal révolutionnaire de Paris. La France entière suivait dans les journaux les débats de leur procès, quand certains faits horribles, à la charge de Carrier, furent rappelés par des témoins et par des accusés. La publicité donnée à ces déclarations émut d'autant plus Topinion que la presse avait généralement gardé le silence sur les actes des autres représentants en mission. Comme si Carrier avait été le seul qui eût fait couler des flots de sang, le public ne parla et ne s'occupa que de lui. L'opinion émue demanda sa mise en accusation. La Convention résista, discuta, dans la crainte de créer un précédent dont la conséquence serait d'exposer au même sort un grand nombre de ses membres.
INTRODUCT!Oî« XI
En présence d'une indignation qui croissait chaque jour, el qui devenait menaçante, la Convention résolut enfin de sacrifier Carrier. Ses actes ne pouvant se justifier, on fit de lui une sorte de bouc émissaire, cliargé des crimes de ^es collègues en même temps que des siens. Il fut donc convenu qu'on l'accuserait d'avoir outrepassé ses pouvoirs et d'avoir cherché à ramener la royauté, en provoquant par ses excès la haine de la République. La Convention s'imagina qu'elle réussirait ainsi à faire oublier qu'elle avait approuvé, huit mois auparavant, toutes- les horreurs de Nantes. Son calcul n'était pas trop mauvais, car tous les écrivains de l'école révolutionnaire sont partis de là pour laver le Comité de Salut public, et cette Assemblée elle-même, de leur complicité avec Carrier. Celui-ci a été. regardé, depuis lors, comme plus coupable à lui seul que tous ses autres collègues ensemble, pour avoir compromis la Révolution en déshonorant la Terreur. Le retentissement de son procès a seul accrédité ce paradoxe, et une foule de conventionnels, quiavaient autant que lui mérité Texcécration de la postérité, lui doivent ainsi Tinestimable avantage d'être tombés dans l'oubli.
11 n'est pourtant pas aussi facile qu'on l'ima-