‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 5 sur 172 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

gine de décharger la Conveation de sa complicité avec Carrier. Les pouvoirs des représentants en mission étaient, à la vérilé, illimités, mais ils ne Tétaient qu'à Tégard des contrerévolutionnaires, ils ne Tétaient point à Tégard da Comité de Salut public, qui résumait en lui le gouvernement de la nation. Les représentants en mission étaient réellement sous sa dépendance, et, pour qu'ils fussent rappelés et obligés de rendre des comptes, le Comité de Salut public n'avilit qu'une lettre à écrire ou un voté à demander, (i La nature et Téducation, dit avec beaucoup de raiaon Babeuf, peuvent bien donner au monde des homiiîes-fléaux, des monstres malfaisants, comme Carrier^ comme Lebon, comme Collot; mais, dans la SO^été, ils ne peuvent pas exercer leurs ravages de9JTUcteurs que ceux qui se mêlent de la régir nS( consentent*. » \

C'est à ce point de vue surtout qu'il m'a paru utile d'étudier, dans tous ses détails, vie de Carrier, car le personnage en luimôme est peu intéressant. Son intelligence était médiocre et sa raison n'était pas des plus saines. Le saut avait été si brusque du

\. Du système de dépopulation^ ou la vie et les crimes de Carrier^ p. 15.

INTRODUCTION XIll

banc du procureur à la chaise curule du proconsul qu'il se pourrait bien que le vertige de la toule-puissance ail produit en lui un certain égarement. « Lorsque la fortune nous surprend, dit l'auteur des Maximes^ en nous donnant une grande place sans nous y avoir conduits par degrés ou sans que nous nous y soyons élevés par nos espérances, il est presque impossible de s'y bien soutenir et de paraître digne de l'occuper. »

Carrier était débauché, cruel, brutal, irascible et cédant au premier mouvementqui,chez lui, était presque toujours mauvais; mais la fermeté dans le commandement lui manquait. On pourra constater plusieurs fois, dans le cours de ce récit, que sa volonté devenait vacillante dès qu'il rencontrait un obstacle sérieux. Assurément la ville de Nantes a eu beaucoup à souiïrir de la présence de Carrier ; il serait injuste pourtant de le rendre responsable de tous les maux. Les gens de son entourage, qu'il n'avait pas choisis et qu'il trouva en place en arrivant à Nantes, étaient, pour la plupart, d'abominables scélérats ; les meilleurs, ou plutôt les moins mauvais, les membres des administrations, étaient médiocres, pusillanimes, et aussi insouciants qu'incapables de lui résister.

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