Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VII
lî^ à la recherche de Carrier pour en obtenir des souliers âont manquait le régiment de la Mark qu'il commandait, finit par le trouver en train de dîner sur la galiote. II entendit Fouquet dire au représentant en frappant sur la table : « Si tu ne fais pas périr tous les contre-révolutionnaires, tout est perdu. » Carrier écouta la demande de Legros et chargea quelqu'un de le conduire au magasin*.
En accueillant la demande de Legros, Carrier n'avait pas perdu son temps. Je me figure en eiïet que cette fourniture de souliers est peut-être Tunique circonstance de sa vie administrative que puissent invoquer les historiens désireux de lui faire une réputation d'organisateur, afin qu'il ne soit pas dit que le membre de la Convention le plus décrié avait été de tous points incapable. Michelet vante les services qu'il rendit en approvisionnant Tarmée de vêtements et de chaussures, et Larousse, après Michelet, insiste sur ce mérite, qui rachète certains torts qu'il ne peut méconnaître.
Tout en dédaignant les antithèses, dans les phrases et dans les mots, Michelet est curieux de les chercher et de les signaler dans les personnages dont il analyse le caractère. Ainsi, par exemple, malgré son antipathie contre Robespierre, il ne peut s'empj^cher de dire « qu'il était né avec l'amour du bien ». « Goullin, doué d'une fine et exquise sensibilité, ignorait tout à fait le prix de la vie humaine, et manquait d'un sens entièrement, celui de l'humanité. » « O'Sullivan,
1. Couiner républicain du 21 frimaire an III, séance du 18 du même mois.
Tun des bandits les plus sanguinaires de la suite de Lamberty^ était très doux, aimé des hommes, adoré des femmes, mais avec des accès de violence et d'exaltation. » 11 fallait bien découvrir en Carrier quelques qualités précieuses, puisqu'il s'était conduit à Nantes comme un fauve à peu près inconscient. Aussi dira-t-il : « 11 avait été choisi comme honnôtehomme ; il était d'une probité auvergnate; il venait de signaler le voleur Perrin. 11 était zéléetactif, ilavait réussi à chausser et à habiller l'armée, ayant créé des ateliers révolutionnaires pour faire les habits et les souliers. C'est lui qui avait organisé les canonnières qui décidèrent de la levée du siège de Granville^. »
11 suffit de se reporter au chapitre premier de ce volume pour savoir ce que valait, aux yeux mômes des habitants d'Aurillac, la probité auvergnate de leur député; mais il y a plus, la preuve que croit en donner Michelet ne repose que sur une erreur de noms. Perrin de l'Aude fut bien dénoncé à la Convention, pour concussions, mais il le fut par Charlier de la Marne, le 23 septembre 1793, à un moment où, d'ailleurs. Carrier était en mission en Bretagne '^
On aura aussi quelque peine à croire qu'il ait déployé de grands talents pour approvisionner Tarmée, dont une grande partie occupait la Ven-
1. Voir la déposition d'après laquelle O'Sullivan s'amusait à égorger les brigands avec son couteau {Bulletin du Tribunal révolutionnaire, n" 97, p. 399).
2. Pour ces diverses citations, se reporter à l'édition Lacroix de son Histoire de la Révolution, VUl, 352; Vil, 300; VIII, 310 et 325.
3. Moniteur du 25 septembre \ld2, Réimpression, X\\lyl2Hy 731.
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dée, quand on lit les ordres de tout incendier dans ce pays, et d'apporter à Nantes tous les grains qui y seront trouvés. La prétendue impulsion donnée à la fabrication des chaussures consista simplement en quelques signatures apposées sur des arrêtés dont il n'eut même pas l'initiative.
Dans toutes les guerres, la question des souliers pour Tarmée est une question importante. Elle était de premier ordre pour les troupes républicaines employées en Vendée, parce que la plupart des royalistes n'ayant que des sabots, elles auraient eu avec des souliers une supériorité dans les marches qui pouvait souvent décider de la victoire. Aussi Canclaux n'avait-il pas attendu l'arrivée de Carrier à Nantes pour attirer sur ce point l'attention de Dujard, ordonnateur des guerres, et une correspondance volumineuse avec ce dernier, correspondance qui remonte au mois de septembre,* la démontre amplement. A ce moment déjà on avait établi, dans la salle de spectacle du Chapeau-Rouge, un atelier de chaussures qui fournissait environ trois mille paires de souliers par décade. Plus tard on rencontre un arrêté de Ruelle, Carrier et Gillet, du 3 brumaire (24 octobre), relatif aux cordonniers et corroyours^
Des saisies de souliers chez les habitants avaient été ordonnées en Rretagne, par un arrêté, signé de Turreau, Prieur de la Marne, Esnue-Lavallée et Pocholle, visé dans une délibération du Conseil de Département de la Loire-Inférieure du 17 fri-