‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 58 sur 172 · Beauchamp, Histoire de la guerre de la Vendée^ 4' édit · texte numérisé non relu

Beauchamp, Histoire de la guerre de la Vendée^ 4' édit

II, no.

2. Séance de la Convention du 8 vendémiaire an III, 29 septembre 1794 {Réimpression du Moniteur^ XXll, 114).

teur qui a cherché à avilir, en sa personne, la représentation nationale, et annonce que le président et les secrétaires lui en répondront, et qu'ils seront sur-le-champ arrêtés et la Société dissoute. Vainement un patriote nommé Thomas essaye de lui répondre, il déclare la Société dissoute, et ordonne de faire porter chez lui les registres et les clefs du local*.

11 avait parlé et gesticulé comme un énergumène. Un contemporain, présent à la séance, décrit ainsi son attitude. « Un soir, Carrier alla à la Société populaire qui tenait alors ses séances dans l'église Sainte-Croix. 11 monta dans la chaire qui servait de tribune. Il vociféra contre la ville de Nantes, qu'il menaça de la vengeance nationale. Il tonna contre les négociants, les accapareurs, les modérés, les égoïstes. Il tira ensuite son sabre avec lequel il coupait, par la moitié, les chandelles qui étaient devant lui, en disant qu'il ferait rrouler de même, sur l'échafaud, les têtes de ces riches égoïstes, de ces négocianis, de ces gros coquins. Il était comme un fou, comme un enragé. Si ce fait n'était pas connu de milliers de témoins, je n'oserais en parler, tant il semble incroyable. C'était cependant un pareil être qui était revêtu de la toute-puissance k Nantes, et qui élait investi de la dignité de représentant d'une grande nation. Au reste, avant Carrier, Fouché avait prêché une pareille morale. Toute l'assemblée fut frappée de stupeur; personne n'osait rien dire. On croyait à chaque instant voir

1. Procès-verbal de la séance. Pièces remises à la Commission des Vingt et Un^ 41, 44 et 4o. Dugast-Malifeux, Précis de la conduite patriotique...^ p. 18.

le monstre se jeter sur le public, et frapper de son sabre à tort et à traversa » Chaux a même dit qu'il Tavait fait : « Après avoir menacé d'abattre les têtes des citoyens prc%ents à la séance du 25 frimaire, Carrier finit par dissoudre le club, chasser à coups de sabre les membres devant lui, et emporter les clefs -. » C'est probablement ce jour-là qu'il dit que « les Nantais étaient des scélérats, et qu'il fallait jouer à la boule avec leurs têtes^».

Malgré la violence de ces menaces — car cette fois encore le calme avait succédé à l'explosion de sa colère, — Carrier ne fit arrêter ni le président ni les secrétaires. 11 ne tarda même pas à comprendre qu'en fermant le club des sans-culottes il était allé un peu loin, la majesté populaire valant peutêtre bien sa propre majesté. Le 29 frimaire (19 décembre), Ch. Forget, qui exerçait alors les fonctions de président, reçut un arrêté contenant ces deux seules lignes : « Le président de Vincent-la-Montagne ouvrira aujourd'hui la séance à l'heure ordinaire. » Date et signature^.

Ces exploits administratifs n'étaient que jeux de princes enivrés de despotisme. Nous allons revoir, dans son rôle de bourreau, l'agent du Comité de Salut public.

\. Mémoires manuscrits du greffier Blanchard (Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 44 et 45).

2. Bulletin du Tribunal révolutionnaire^ VI, 290. Dépositions de Chaux et Delasalle.

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