XIV INTRODUCTION
Dans la masse considérable de petits faits que j'ai recueillis sur Carrier et sur les complices de ses cruautés, il s'en trouve beaucoup, je le reconnais, qui ne méritaient guère de figurer dans un livre. Mon excuse est que j'habite la province et que je fais de l'histoire locale. On n'écrirait jamais si on ne comptait pas sur l'indulgence des lecteurs. Je souhaite donc que les miens ressemblent à Pline le Jeune lorsqu'il disait : Hisioria quoquo modo scripta delectat.
Cet ouvrage, consacré spécialement à la personne de Carrier, n'est que le complément d*études sur la Terreur à Nantes, publiées à diverses époques. Il était presque achevé quand parut, il y a quelques années, le livre très intéressant de M. le comte Fieury intitulé Carrier à Nantes^ dont les détails — lui-même le déclare de la façon la plus loyale dans son introduction — ont été en partie empruntés à mes études antérieures. Je renonçai alors à publier mon livre. Cette année, après les avoir relus tous les deux, la présomption m'est venue de croire que, malgré la ressemblance inévitable du récit des mêmes événements, mon travail pouvait avoir son utilité. Nos points de vue sont différents. M. le comte Fieury a retracé le tableau saisissant de la Terreur à Nantes, et je me suis surtout proposé de démontrer que les crimes de Carrier avaient été le résultat de l'application d'un système de gouvernement et non pas simplement les actes d'un scéU'rat atteint de fureur homi- .cide.
Renseignements curieux et inédits fournis par M. Delmas. — Naissance et parents de Carrier. — Ses études faites en vue de devenir prêtre. — Placé au séminaire par son grand-oncle prêtre et par M. de Miramon. — La vocation lui faisant défaut, il devient clerc de procureur à Aurillac. — Sensibilité de Carrier dans sa jeunesse. — Il embrasse la profession de praticien. — Il poursuit à Paris ses études de droit. — Procureur à Aurillac en 1785. — Sa conduite, dans le règlement de la succession de son grand-oncle, donne lieu de suspecter sa probité. — Sa haine de la noblesse. — Mémoires pour le tiers état en 1788. — Insurrection à Aurillac à la suite du 14 juillet 1789. — Les sociétés populaires et le Comité de surveillance. — Excès commis dans les environs d'Aurillac, à Tinstigation de Carrier en juin 1791. — Echec de sa candidature d'électeur aux élections de la Législative. — Hébrard de Fau et Milhaud, chefs de la démagogie du Cantal. — Carrier se met à leur remorque. — Nouvelle émeute à la suite du 10 aoiUi792* — Carrier, nommé électeur, élu ensuite député à la Convention par suite du refus d'Hébrard et de Tobstination des électeurs à voter pour les candidats de leurs propres districts. — Regrets tardifs des électeurs d'avoir fait un pareil choix.
Aucune biographie ne donne de détails sur la jeunesse de Carrier. Désireux de retracer sa vie tout entière, j'avais formé le projet d'aller à Aurillac pour y faire des recherches, quand je fus informé que M. Tabbé Serres, de Mauriac (Cantal), préparait une histoire de la Révolution dans son département. Je me mis en rapport avec
Googis
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M. I*abbé Serres, qui eut l'amabilité de m'adresser quelques renseignements curieux et inédits, dont je le remercie. J'ai retrouvé, depuis lors, ces mêmes renseignements dans la très complète et très intéressante étude de M. [>elmas. intitulée : la Jeunesse et les Débuts de Carrier^ publiée par la revue la Rérolution française mai 1895 . J'aime à penser que son auteur ne trouvera pas mauvais que je mette à contribution le résultat de ses patientes et substantielles recherches.
Carrier, Jean-Baptiste, était né, le 17 mars 1756, à Yolet*, petite bourgade du canton nord d'Aurillac, située à trois lieues de cette ville. Ses parents étaient des cultivateurs aisés, justement estimés dans la région. Il était le troisième enfant d^une famille composée de trois filles et de deux garçons. Son frère, plus jeune que lui de trois ans, devint commissaire des guerres à Tépoque de la Révolution. C'est ce frère, vraisemblablement, qui fut présenté par le Conseil exécutif provisoire pour les fonctions d'accusateur militaire^ avec cette mention erronée : « Homme de loi, fils du député^ », et qui se trouvait à Nantes, à la fin de Tan 11, en qualité de préposé aux subsistances militaires^.
1. Voici le texte de son extrait de baptême : «L'an 1756 et le 17 du mois de mars, a été baptisé Jean-Baptiste Carrier, né le 16 du présent mois et an, fils légitime de Jean Carrier et de dame Marguerite Puex, sa femme ; parrain, Jean-Baptiste Mallet, marraine Marie Carrier qui n'a su signer ; témoins Jean Testel et Jean Angelvi, qui ont signé de ce requis; signé Mallet, Angelvi, Deconquans, curé. »
2. Actes et correspondances du Comité de Salut public et des représentants en mbanon^ Imprim. Nat., t. IV, p. 405.
3. Un préposé aux subsistances militaires, nommé Carrier, fut
Son père, tenancier du marquis de Miramon, avait toute la confiance de son seigneur, et le marquis avait d'ailleurs choisi pour chapelain un de ses grands-oncles. Plusieurs fois, dans sa jeunesse, le futur représentant fut reçu à Miramon, où la marquise et ses filles lui témoignèrent une bonté dont il garda de la reconnaissance. Il est de tradition que M°** de Miramon, arrêtée à Brioude, et sur le point d'être transférée à Paris, fut Tobjet d'un élargissement inespéré qu'elle attribua toujours h son ancien protégé*.
Le jeune Jean-Baptiste manifestait une certaine intelligence. Son grand-oncle entreprit de faire de lui un prêtre, et le plaça, grâce à l'influence de M. de Miramon, au collège ecclésiastique que les jésuites avaient fondé et qu'ils avaient dirigé à Aurillac jusqu'à la dissolution de leur ordre.
Ecolier taciturne, hargneux, âpre au réfectoire comme à l'étude, mais laborieux et discipliné, il parcourut sans éclat, mais sans défaillance, toutes ses classes. Sur le point dépasser en rhétorique, il déclara, au grand désespoir de son oncle, que la vocation lui manquait.
Retiré du collège par ses parents, il entra, comme troisième clerc, chez un procureur, M. Basile Delsol, auquel le rattachaient des liens
acquitté par le tribunal criminel militaire présidé par Bignon, le 5 fructidor an II. Il était accusé d'avoir détourné des effets remis dans son magasin par le 9* bataillon de la Haute-Saône. Je ne connais pas le prénom du frère de Carrier, et le jugement ne portant pas le prénom du préposé; il n'y a pas une certitude absolue sur Tidentité, mais une grande vraisemblance.
ï. Gonf. Hist, de la Révolution en Auvergne^ par J.-B. Serres. Vie et Amat., 1896, t. V, p. 17.
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de famille. Il y resta plusieurs aimées, et prit à la procédure un tel goût que soo patron avait coutume de dire : « Carrier est un bon travailleur, et il deviendra un habile homme : quand je me retirerai, s'il devient mon successeur, les clients ne s'apercevront pas que mon étude ait changé de maître. »
Dans un de ses nombreux ouvrages intitulé Mémoires de M, Girouette, publié en 1818, le romancier Quesné raconte avoir connu Carrier lorsqu'il travaillait chez M. Delsol. « Cet homme, dit-il, avait une physionomie bien trompeuse: il nous disait ingénument qu'il ne voyait jamais couler sans émotion le sang d'un poulet. S'il parlait avec sincérité, quelle affn*use révolution s'est donc opérée dans ses sentiments, pour l'avoir rendu, quelques années après, l'exécration du genre humain ? » Quesné ajoute que Carrier aurait commis divers faux pour une somme de dix raille livres, et que M. Delsol, s'en étant aperçu, l'aurait chassé de son étude.
M. Delmas, qui parait avoir fort étendu le cercle de ses recherches, puisqu'il énumère un certain nombre d'actes dans lesquels il constate l'intervention de Carrier, n'a trouvé nulle part trace de ces faux. Selon lui, la sr»paralion du clerc et du patron, qui eut lieu en 1779, s'explique tout naturellement par l'effet d'un édit royal de cette année qui supprima à Auriliac un certain nombre de charges de procureur, au nombre desquelles se trouvait celle de M. Delsol.
Charrier, à ce moment, avait vingt-trois ans, et, en quête d'une profession, il embrassa celle de pra-
ticien, sorte de parasite du procureur, du notaire et de l'avocat consultant, que Ton désigne aujourd'hui sous le nom d'agent d'affaires. Mais il visait plus haut et, grâce aux subsides de son grand-oncle le chapelain, il put aller à Paris et y demeurer plusieurs années, durant lesquelles il suivit les cours de droit de l'Université.
Revenu à Aurillac en 1785, il se trouva précisément qu'un procureur, obligé de renoncer aux affaires pour cause de santé, et n'ayant aucun parent à qui céder sa charge, cherchait un successeur. Carrier se présenta, muni de la garantie de son oncle, et fut agréé; le prix de la charge était de dix mille livres. La démission de M* Textoris en sa faveur porte la date du 21 août 1785. Quelques semaines après, le 4 octobre, il épousa la lille d'un marchand d'Aurillac. M. Delmas relève ce fait assez étrange qu'aucun membre de sa famille n'assista à la cérémonie.
Carrier avait enfin atteint la situation qu'il ambitionnait. 11 touchait à la trentaine, et, si l'on s'en rapporte au témoignage de ses contemporains, «c'était un homme de taille haute, mais un peu courbée. Son visage était celui d'un rêveur, aux yeux petits et semblant toujours errer dans le vide; son teint, basané comme celui des paysans de la montagne, sa voix dure, son langage précipité. Sa mise, peu recherchée, correspondait h l'extérieur peu avantageux de sa personne, et au milieu desélégantes perruques poudrées de l'époque, sa chevelure, noire et bouclée, détonnait sans aucun apprêt ».
« Sombre, taciturne, dit M. Boudet, distrait et
comme ahuri, il traversa le palais de sa ville natale sans y laisser ni répulsion ni sympathie. Quand Tintempérance, dont il eut de bonne heure rhabitude, agitait d'aventure sa nature sommeillante, alors apparaissaient les symptômes de cette violence insensée qui fut, pour ainsi dire, son état normal pendant sa mission en Bretagne; mais, dans l'ordinaire exercice de ses fonctions, il ne manquait ni de la rouerie vulgaire du praticien, ni de la prudence du montagnard*. » On verra qu'il ne se départit pas de cette prudence, même durant sa mission, oii il évita, autant que possible, de se compromettre en signant des ordres écrits.
Quoique la clientèle de Carrier ne filt pas des plus étendues, puisqu'il payait seulement une cote d'office de troisième catégorie, il passait pour un procureur habile. Il était arrivé à Taisance, et son aisance s'accrut encore à la mort de son grandoncle, dont une partie de la succession lui arriva d'une façon assez extraordinaire.
Le vieux prêtre avait des héritiers plus proches que Carrier, et il ne lui laissait rien par son testament. Il rappelait seulement qu'il l'avait cautionné pour le prix de sa charge, ce qui ne modifiait en rien sa position envers M. Textoris, dont il demeurait, comme auparavant, le débiteur principal. Les légataires universelles étaient deux filles dévotes de Sainte-Agnès membres d'une congrégation dont, en Auvergne, on désigne les affiliées sous le nom menettes. Elles trouvèrent dans les pa-
1. Les tribunaux criminels et la justice révolutionnaire en Auvergne, ^Q.v'iA, le président Marcelin Boudet, Paris, Aubry, 1873, p. 17.
piersdu défunt, un billet de trois cents livres, souscrit à son profit par Carrier, dont le chanoine avait même, peu de temps avant de mourir, poursuivi en justice le payement, indice sérieux d'une brouille entre le bienfaiteur et l'obligé. Désireuses de régler leur succession, les légataires universelles reprirent pour leur compte Tinstance en payement de ce billet, quand, à Tétonnement général, Carrier produisit un autre billet d'une valeur de 14.700 livres, souscrit, celui-là, par le testateur au profit de Carrier. Cette créance parut étrange et contraire à toutes les vraisemblances. L'authenticité de la signature fut contestée en justice. Les experts, l'ayant reconnue véritable, l'affaire était évoquée au Parlement quand intervint une transaction qui mit à la charge de la succession le paiement immédiat de la totalité de la créance de dix mille livres pour laquelle le défunt s'était seulement porté caution. L'infaillibilité des experts en écriture n'est pas de telle sorte que l'honneur de Carrier dût gagner à cette aventure. Toutefois, grâce à l'autorité de la chose jugée, tenue pour vérité, il pouvait encore lever la tôte.
De cautionné qu'il avait été, il put, à son tour. Tannée suivante, devenir répondant. M. Delmas cite un acte dans lequel il intervient pour garantir un emprunt de 17.140 livres, fait par sa bellemère et par son beau- frère.
11 exerce, dès lors, son métier avec ardeur et même avec une certaine àpreté. En 1788, on le voit occupé dans plusieurs affaires importantes, et déjà se manifeste sa haine des nobles. « 11 apportait, dit M. Boudet, une sorte d'acharnement à
rinstruction des procès, dont on le chargeait contre eux. » II réservait, paraît-il, son aménité pour les membres du tiers état. Un contemporain se rappelait l'avoir entendu juger ainsi : « C'est un homme intéressé aux affaires, mais que Ton dit très doux et même assez charitable. »
La haine de la noblesse était une excellente disposition pour contracter la fièvre révolutionnaire dont la société française commença d'ôtre atteinte dès Tannée 1788; aussi Carrier apparaît-il, à ce moment, au premier rang de ceux qui réclamaient des réformes. Le 21 décembre, il signait le Mémoire pour le tiers état^ oîi la fierté des habitants de la province s'affirmait en ces termes : « La Haute-Auvergne n'a jamais été conquise, c'est la première phrase qu'il lui appartient de prononcer ou d'écrire. » Par ce mémoire, ceux-ci demandaient pour le tiers état une représentation égale, sinon supérieure à celle du clergé et de la noblesse réunis; l'élection de tous les représentants; l'interdiction aux membres de la noblesse et du clergé de représenter le tiers.
L'année suivante, la nouvelle de la prise de la Bastille fut, à Aurillac, comme dans beaucoup d'autres villes, le signal d'un soulèvement populaire contre les autorités. Le 23 juillet, des citoyens en foule i>e réunirent dans l'église du collège, arborèrent la cocarde tricolore, et, après avoir prononcé la déchéance du maire et des échevins, établirent une nouvelle municipalité et une milice bourgeoise. Parmi les cinq cent soixante et onze signatures qui consacraient le nouvel état de choses, celle de Carrier, procureur, apparaît l'une des pre-
mières. L'un des premiers aussi il s'enrôla dans la milice, mais ne sollicita aucun grade.
Son nom ne figure sur aucun des procès-verbaux des élections municipales qui eurent lieu en janvier 1790 ^
Comme la plupart des ambitieux de cette époque, que leur passé ne désignait pas pour occuper une situation politique, il devait arriver par les sociétés populaires. Une Société des Amis de la Constitution, affiliée à celle de Paris, avait été fondée le 20 juillet 1790, mais, contrairement à ce qui eut lieu dans la plupart des autres villes, celle-ci était en majorité composée de gens modérés, et les patriotes les plus ardents, considérant que leurs idées n'y auraient aucun succès, s'étaient abstenus d'y aller. Us s'étaient rabattus sur une société de jeunes gens qui avait pris naissance dans un café et qu'on appelait \s. Société des jeunes Amis de la Constitution. « Ils ne tardèrent pas à y régner en maîtres, ajoute M. Delmas, et Carrier y fut l'un des orateurs les plus écoutés. Sous son inspiration, et celle de plusieurs autres futurs terroristes, elle prit la dénomination de Comité de surveillance ; puis, à force d'adresses et de députations, ses membres surent si bien s'ingérer dans les afl'aires de la grande société que celle-ci, qui commençait à se fatiguer de leurs agressions, peut-être
1. C'est à tort que les Tables du Moniteur de la Révolution, au mot Carrier^ visent le compte rendu d'une procédure relative à une poursuite pour libelle, devant la cour du Chatelet de Paris, en 1790. L'auteur présumé du libelle n'était pas Carrier, mais un conseiller au bailliage d'Aurillac nommé de Carrière. {Réimpression du Moniteur, t. III, p. 384 et 738 ; Recueil des actes du Comité de Salut public, II, p. 164, et 383.)
même à les craindre, linit par leur proposer de les admettre dans son sein, et, dès le 10 avril 1791, les deux clubs fusionnaient.
Carrier était alors le président du Comité, et non seulement il commençait h se faire écouter, il agissait. Il dénonçait à TAssemblée nationale la conduite des électeurs de son district qui tardaient à nommer les curés constitutionnels. Il se faisait affilier à une prétendue Société agricole, dite Société des hommes de la nature ou FrajicS'Tenanciersy fondée par les exaltés d'un des faubourgs d'Aurillac, qui n'était en réalité qu'une réunion de démagogues.
Les collectivités sont moutonnières et disposées à écouter le langage de la passion plutôt que celui de la raison, et, pour peu que les esprits soient surexcités, les plus violents sont les mieux écoutés. Carrier ne tarda pas à être regardé comme Tun des plus chauds amis du peuple. A ce jeu le procureur perdait ses clients du palais, mais il se consolait en voyant s'accroître sa clientèle politique.
Le 5 juin 1791, un conflit entre la population d'une commune voisine d'Aurillac et les gardes nationales avait éclaté à l'occasion de l'installation d'un curé constitutionnel; le sang avait coulé. A cette nouvelle, Carrier monta à la tribune de la Société, et provoqua l'envoi dans la commune rebelle d'un nombreux détachement de miliciens qui commirent toutes sortes d'excès. Peu après, il provoquait des visites domiciliaires dans les couvents et les châteaux, afin d'y découvrir les armes cachées. On sait que les Sociétés populaires de la France entière obéissaient à un mot d'ordre
venu de Paris, et, dans leurs procès-verbaux, on retrouve, à peu près partout, aux mêmes époques, des propositions semblables.
Aux élections de la Législative, aucun démagogue ne fut élu dans le Cantal. Carrier n'avait pu môme se faire nommer électeur par son assemblée primaire (19 juin 1791). En revanche, à la Société populaire, il gagnait du terrain : on le nommait secrétaire et on l'appelait au Comité chargé de Tépuration des membres.
Deux hommes dont les destinées furent bien différentes étaient dans le Cantal, à la fin de 1791, les meneurs de l'agitation révolutionnaire. Le premier, Hébrard de Fau, avait représenté le bailliage de Saint-Flour à l'Assemblée constituante, et devait, en l'an III, aller s'asseoir sur les bancs d'un tribunal criminel, sous l'accusation infamante de concussion * ; le second, Milhaud, était à la veille d'être envoyé à la Convention, oîi il embrassa le parti de la Montagne, et finit par mourir comte de l'Empire. Tous les deux avaient dans la province une influence et une popularité considérables ; l'influence de Carrier, au contraire, était nulle, et sa popularité ne s'étendait pas au-delà des murs de sa ville d'adoption. Il eut l'esprit de comprendre que, pour avancer, il devait marcher dans leur ombre et devenir leur complaisant.
Lorsque la nouvelle du 10 août parvint à
1. Hébrard était devenu président du Tribunal Criminel du Cantal. \l avait fait une fortune scandaleuse, et le représentant Musset Tavait fait emprisonner. 11 avait obtenu sa mise en liberté, quand, à la suite de protestations parvenues à la Convention, il fut poursuivi. (V. Journal des loi^du 22 nivôse an III, p. 4.)