‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 93 sur 172 · Mémoires de Lareoeillère-Lépe lux^ I, IjO · texte numérisé non relu

Mémoires de Lareoeillère-Lépe lux^ I, IjO

Carrier devant rorëspierre â77

tonna contre la faction des indulgents : « Citoyens, dit-il, depuis longtemps je suis absent du théâtre de la Révolution; je soupçonne, il est vrai, tout ce que vous avez dit dans votre Société depuis quelque temps, mais je n'ai rien de certain contre les individus qui voudraient établir un système de modération.... On voudrait, je le sens, faire rétrograder la Révolution.... Les monstres! Us voudraient briser les échafauds; mais, citoyens, ne l'oublions jamais, ceux-là ne veulent pas de guillotine qui sentent qu'ils sont dignes de la guillotine. » Carrier aurait même ajouté que le seul moyen efficace était l'insurrection, la sainte insurrection. Hébert était monté ensuite à la tribune et avait désigné les ennemis qu'il s agissait de combattre ; les uns étaient modérés, tels que Danton et Camille Desmoulins, et les autres voleurs, tels que Fabre d'Eglantine et Chabot ; mais ces derniers, ajoutait-il, n'étaient pas les plus à craindre. 11 fit allusion à Robespierre, qu'il traita simplement d'égaré; il se plaignit de tous les ministres, sauf de Bouchotte, et sVcria en terminant : « L'insurrection, oui, l'insurrection, et les Cordeliersne seront pas les derniers à donner le signal qui doit frapper à mort les oppresseurs*. »

Le Père Duchesne avait trop compté sur sa popularité et n'avait pas suffisamment travaillé les faubourgs. Le peuple, las de tant d'insurrections auxquelles on le poussait sans profit pour lui, ne bougea pas. Dans les jours qui suivirent, les

1. Moniteur du 17 venlôse {Héimpres8ion,\[\y 630). — Bûchez, Histoire parlementaire de la Révolution^ XXXI, 324 et suiv. Voir aussi Dugast-Matifeux, Bibliographie révolutionnaire y n' 104, p. 81.

Cordeliers firent leur possible pour désavouer leur appel à rinsurreclion, et se réconcilièrent même avec les Jacobins. Mais Robespierre les tenait, et résolut d'en finir de suite avec eux, quitte à attendre un peu, avant de se retourner contre la faction des indulgents, qui, elle aussi, lui portait ombrage et qu'il se proposait d'abattre à la première occasion.

Dénoncés à la Convention par Saint- Just comme complices d'une prétendue conspiration en faveur de l'étranger, puis jugés par le Tribunal révolutionnaire, Hébert, Vincent, Momoro Ronsin, Anacharsis Clootz et plusieurs autres, portèrent leurs tètes sur Téchafaud, le 4 germinal (24 mars 179 i). Il avait servi de peu à Hébert que Carrier Teût défendu aux Jacobins, le 16 ventôse. Vainement il avait affirmé que le mot insurrection n'avait pas été prononcé à la séance des Cordeliers deTavantveille, et de plus « offert sa tête s'il était prouvé qu'on y ei1t fait une motion contre la Convention* ».

Toutes les Sociétés populaires de provinces étaient affiliées au Club des Jacobins de Paris et en correspondance avec lui. 11 en résultait que le moindre sans-culotte d'une petite ville, s'il lui venait h l'idée quelque mesure vexatoire pour les suspects de modérantisme, pouvait espérer de la voir mettre à l'ordre du jour du Club central, et, si elle avait été favorablement accueillie, se transformer en loi. Une Société affiliée ayant écrit pour demander que les personnes, détenues comme

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