‹ J. B. GreuzeChapitre 11 sur 90 · LA SUPPLIANTE · texte numérisé non relu

LA SUPPLIANTE

Réduction de la gravure de Rajon, d'après J. B. Greuze. autre, l'abbé GoilgenOt, à la fin

(Ancienne Collection de San Donato.) de cette même année, emmena

(Smith, t. VIII, p. 415, n» 53.) . . T ,. ~, , : ,

le peintre en Italie. C était le pèlerinage obligatoire; mais tous n'en revenaient pas également édifiés. Greuze, qui venait de recevoir le titre d'agréé à l'Académie, obtint du marquis de Marigny la permission de partir : il vit un beau pays, de belles œuvres, eut à Rome quelques aventures que sa complaisance pour lui-même le poussa sans doute plus tard à embellir, et ce fut à peu près

2o LES ARTISTES CÉLÈBRES

tout. S'il comprit l'Italie, ses tableaux n'en disent rien. Il eut cependant au Salon de 1757 quelques scènes italiennes : Une Jeune Italienne congédiant un cavalier travesti et reconnu par sa suivante (le Geste napolitain)1. Un Oiseleur qui au retour de la chasse accorde sa guitare. La Paresseuse italienne. Une Mère grondant un jeune homme pour avoir renversé un panier d 'œufs que la servante apportait du marché (les Œufs cassés). C'étaient là de maigres souvenirs de ses voyages et dans le dernier de ses tableaux, qui n'est italien que de nom, on voit reparaître avec plaisir ce goût du détail familier qui a été un des principaux charmes de Greuze. Les théories dont on nourrissait sa nature faible et vaniteuse ont plus encore nui au développement naturel de son talent, qu'elles n'ont contribué à sa réputation. Avec une tête plus solide, fortifiée de quelques grains de bon sens, et une oreille moins ouverte aux gâteries de la louange, Greuze, au moins pour l'étude précise de la nature, eût serré de près Chardin. Sa méthode de travail était excellente : au lieu de s'hypnotiser sur le modèle, il aimait à courir les rues à la recherche de l'inspiration. Et Dieu sait si le Paris de Louis XV se prêtait à ce genre d'études où le flâneur qui jouit béatement de sa badauderie se double de l'artiste qui emmagasine l'impression reçue. La bonne vieille ville du Moyen-Age, boueuse, malpropre, empuantie, et quand même délicieuse, existait encore presque tout entière malgré les majestueux embellissements du Grand Roi et de son successeur. O joie! ô ravissement pour l'artiste! les rues, à peine touchées çà et là, par la pioche, ressemblaient encore à un peloton de fil brouillé par la patte d'un chat. Et dans ces voies si larges qu'on pouvait parfois les enjamber d'un grenier à l'autre, quelle population vivante, remuante, trépignante et grouillante ! que de voitures qui se précipitent, que d'enfants suspendus derrière, que de femmes qui bavardent à la fontaine, que de vendeurs ambulants qui crient, que de soldats qui passent l'air faraud et en clignant de l'œil aux étalages derrière lesquels on voit, dans la pénombre, discrètement appliquées, les têtes des ouvrières! Greuze, qui avait le goût du peuple, sortait le matin pour faire sa cueillette2; il allait où le menaient ses jambes et sa

1. Le Geste napolitain a été gravé par Moilte; il fut adjugé 53, 000 francs à la vente des collections de San Donato (1870), appartenant au prince Anatole de Démidoff. Il avait appartenu à la collection Gougenot.

2. Rencontre-t-il une tête qui le frappe, il se mettrait volontiers aux genoux du porteur de cette tête pour l'attirer dans son atelier. (Diderot, Œuvres complètes. Edit. Assézat, t. X, p. 211.) Il faut ajouter, du reste, qu'il était très capricieux et qu'il se

fantaisie, tantôt sur le Pont-Neuf si tumultueux, si affairé, plein de passants, de marchands, de charlatans de toute espèce, de pitres en plein vent et de racoleurs; tantôt sur le quai de la Ferraille où jacassait alors, comme aujourd'hui, tout un peuple d'oiseaux à peine plus bavards que les Parisiens, tantôt à la pointe Saint-Eustache et sous les lourds

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