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un homme préparé par l'étude patiente de la ronde bosse, puis du modèle vivant, à faire œuvre personnelle, c’est-à-dire à mettre au service de son émotion les ressources de son savoir. Il nous reste un témoignage de cet apprentissage méthodique dans une sanguine provenant de la collection de Desfriches (1), qui représente une tête de vieillard. Perronneau pouvait devenir un Hallé, un Natoire ; il préféra devenir Perronneau.
(1) Aujourd’hui dans la collection Ratouis de Limay. On conserve, dans la famille de M. Ratouis de Limay, un portrait au crayon rouge de Mlle Catherine-Thérèse Desfriches, la sœur de l’amateur orléanais, qu’une note, écrite au tas, de la main même de Desfriches, déclare être de Perronneau, et de 1740. Nous en doutons: c’est-là sans doute une copie (par la fille de Desfriches, peut-être), du dessin original et perdu de Perronneau. Ce qui nous confirme dans cette idée, c’est qu’un amateur orléanais a trouvé à Orléans une réplique de ce portrait, au crayon rouge, due, à n’en pas douter, à la même main inexperte.
Perronneau agréé à l’Académie Royale de peinture et de sculpture.
1743 Le plus ancien portrait au pastel que nous connaissions de Perronneau se trouve à la Galerie nationale de Londres (n° 3588) ; il porte, en haut et à droite, la signature de l'artiste ainsi orthographiée: Perronneau, et la date: Aoust 1743. I] représente une petite fille tenant un chat (pl. 2). Elle resarde de face, quoique tournée de droite à $sauche ; elle est habillée d’une manière solennelle qui contraste, d’une façon piquante, avec l’insénuité de son âge. Avec cette robe de damas bleu, brodée de chèvrefeuille rouge, larséement décolletée, aux engfageantes de dentelle, avec ce bras nu, avec ce ruban bleu noué autour du cou, avec ces petites fleurs roses et blanches passées dans les cheveux, avec ses yeux £$rands ouverts qui mangent la figure, on dirait une petite maîtresse ou de ces enfants qui parodient une tenue de cour (1).
1744 De l’année 1744 sont datés les portraits de M” Desfriches, la
(1) Le pastel a été donné à la Galerie nationale par sir Joseph Duveen qui le tenait de lady Dorothy Nevill.
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Pastel. 1745.
Château de Drottninghoim, Suède)
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mère du dessinateur-amateur orléanais(1) et d’un petit enfant(2). Dès les premiers pas, quelle souplesse, quelle étendue dans la connaissance des ressources propres au pastel, dans la $amme de l'étude du visage humain! On s'étonne de voir, à côté de cette fisure d’aiëule, juvénile encore sous les rides, à i’expression franche, bonne et spirituelle, dont le visage s’encadre dans la dentelle en point de France d’un petit bonnet blanc, une charmante figure poupine ; à côté de cette mantille de taffetas noir, la $aîne d’un damas bisarré, bleu, jaune et rose ; à côté de cette sévérité bourgeoise, le luxe dont s'illumine la $grâce d’un enfant. Perronneau n’a retenu de ses maîtres à l’Académie Royale que la science du modelé en pleine lumière ; dès maintenant il est lui-même, par la sincérité de l’émotion, la simplicité des figures coupées à mi-corps, la concentration de l'intérêt sur le visage, la naïveté de ses arrangements, le parti-pris de ne pas sacrifier l'observation psychologique à des accessoires, à un décor théàtral. Une vieille femme, des enfants, voilà par quoi il commence: ni draperies somptueuses, ni costumes de cour, ni meubles orfèvrés, mais l’accent hiératique d’un Philippe de Champaigne, une $ageure dans la variété des noirs, dans le chiffonné d’une dentelle, d’une cornette de linon, dans ce fourreau de bébé, qui a la somptuosité de matière d’un cuir de Cordoue, la rigidité d’un costume d’infante peint par Velasquez, enfin dans l'harmonie des tonalités bleues, jaunes et roses, rompues au deuxième plan, autour d’une auréole de lumière où surgit la fisure enfantine. Ces deux œuvres valent aussi par les indications qu'elles peuvent nous donner sur la vie de Perronneau. Nous le voyons entrer en rapports de plus en plus suivis avec Desfriches, qu'il
(1) Collection de Mme Ratouis de Limay. — Mme Desfriches, née Catherine Boillève, mourut à Orléans en 1745.
(2) Ce portrait, adjugé 77,000 francs à la vente Jacques Doucet, en 1912, à M. Hæntschell est de nouveau passé en vente, après la mort de celui-ci, en mars 1919; il se trouve actuellement dans la collection de M. Georges Dormeuil.
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avait probablement connu à Paris, dans l’atelier de Natoire, où
le dessinateur orléanais était entré au sortir de l’atelier de Bertin. Nous avons déjà cité un inventaire de 1752, où il est question de dix têtes d'étude dont faisait probablement partie le dessin à la sanguine de la collection Ratouis de Limay. En 1740, Perronneau fait un petit croquis de la sœur de Desfriches. En 1744, il pastellise le portrait de sa mère. Plus tard, il fera la « pourtraicture » de l’amateur lui-même, de sa femme, plus tard encore de sa fille. Il sera son hôte à Orléans. Il lui écrira des lettres confiantes et lamentables.
Dès 1744, il connaît la route d'Orléans. Alors commence cette vie errante, d’une singulière instabilité, dont s'étonne l’abbé de Fontenay, cette course à travers la France, la Hollande, l'Italie et l’ Angleterre, de Paris à Orléans, à Bordeaux, à Angers, à Lyon, à Toulouse, à Abbeville, à Turin, à Rome et à Saint- Pétersbourg, cette triste équipée qui aboutit à Amsterdam.
Quant au portrait d’enfant de la collection de M. Georges Dormeuil, nous aurions volontiers reconnu en lui le portrait d’un jeune écolier, frère de l’auteur, tenant un livre, qui figurait au Salon de 1746, sous le n° 150, si le livret du Salon n ajoutait la mention « en huile ».
De l’année 1745, il nous reste deux témoigsnages du labeur de l’artiste. Un pastel, carré en hauteur, signé à droite, Perronneau, 1/45, représente un homme vêtu d’un habit mordoré à parements d’or, d’un gilet bleu g$alonné d’or, d’où sort un mouchoir de dentelle, et où s'engage la main $auche. La tête est un peu penchée, les cheveux poudrés et noués en catogan, les yeux bruns, les traits accusés ; les narines se dilatent, la bouche sourit.
Au château de Drottninsholm, en Suède, dans les appartements du prince héritier, se trouve le portrait au pastel d’un nègre blanc, c’est-à-dire alhinos. Grâce à l'extrême obliseance de
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M. Carl David Moselius, l’érudit suédois distingué, nous pouvons en donner la reproduction (pl. 3). Une inscription de l’époque, collée sur le verre, identifie le modèle: « Mapondé, né d’un nègre et d’une négresse à Cabende, de nation Moyo, et a esté traitté au dit Cabende, coste d’Angolle, le 15 janvier 1743. Peint par J.-B. Peroneau en 1745. » Comment, et en quel lieu, ce jeune Zamore vint-il poser devant Perronneau ? Aurait-il été ramené des régions congolaises par le frère du dessinateur Aisnan-Thomas Desfriches, capitaine de marine marchande, en même temps que le nègre Paul dont le buste, modelé par Pigalle, se trouve aujourd hui au musée d'Orléans ? Ces questions nous semblent difficiles à éclaircir, et l’année 1745 reste parmi les plus mystérieuses de la vie de Perronneau. Vu de face, à mi-corps, se détachant sur un fond bleu, le jeune nègre, au visage et aux cheveux blancs, porte un cafetan gris-vert, bordé de petit gris, s’ouvrant sur un vêtement de couleur rose comme le bonnet qu'il tient à la main. Le modelé de cette tête enfantine est sinsulièrement puissant et expressif. Suivant M. Granberég, ce pastel devait se trouver déjà à Drottninsholm au XVII siècle ; il avait sans doute été acheté par la reine Louise Ulrique, sœur de Frédéric
le Grand.
L'année 1746 semble décisive. On lit en effet, dans les procèsverbaux de l’Académie Royale de peinture et de sculpture, à la date du 27 août 1746, la mention suivante:
« Aujourd’hui, samedi 27” aoust, l’Académie s’est assemblée à l’ordinaire.
À srément du sieur Peronneau, Peintre de Portraits.
Ensuitte le Sieur Jean-Baptiste Peronneau, de Paris, peintre de Portraits, ayant fait aporter de ses ouvrages, l’Académie, après avoir pris les voix à l’ordinaire et reconnu sa capacité a agréé sa présentation, et le dit Sieur ira chez M. le Directeur qui lui ordonnera les portraits qu'il doit faire pour sa réception. »
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Perronneau se rendit donc chez M. le Directeur qui lui
imposa, comme morceaux de réception, deux portraits à l'huile, ceux d'Adam l'aîné, le sculpteur, et d'Oudry, le peintre d’animaux et de paysage. Le 24 septembre de la même année, La Tour était reçu académicien et consacrait officiellement une avance de près de dix ans sur son émule et son futur rival. Perronneau devait attendre près de sept ans avant de livrer à l’Académie ses morceaux de réception.
La même année, le 25 août, Perronneau exposait au Salon du Louvre cinq portraits ainsi catalogués :