J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son oeuvre
Depuis la publication de notre livre sur J.-B. Perronneau, en 1909, bien des vicissitudes — celles de la guerre avant toutes — ont interrompu des recherches dont la première édition, aujourd'hui épuisée, ne marquait que la première étape. Nous voici en situation de mettre le public au courant de notre enquête, dans une seconde édition. Celle-ci marque, par rapport à la première, un progrès très appréciable en ce sens qu'elle précise certains points de la biographie, jusque-là ignorés, et montre un nombre important d'œuvres inédites.
Nous avons crû devoir adopter, cette fois encore, le ton circonspect et prudent qui convient à des ouvrages où la vérité est, pour ainsi dire, cherchée à tâtons. Le maître dont il s'agit a eu, en effet, une destinée si incertaine, si aventureuse, si chargée de soucis, et d'une fortune si diverse que, longtemps encore, certaines périodes de sa vie resteront dans le mystère et demeureront un domaine où la curiosité aura toujours quelque chose à découvrir. Le temps n'est pas encore venu où cette existence d'artiste sera suffisamment élucidée pour que les érudits patients, consciencieux déposent leur bilan et laissent à des écrivains plus brillants le soin d'écrire enfin un livre dont la matière ne soit point si ardue et s'agrémente de pages vraiment littéraires. Il y a, en quelque sorte, dans la rédaction d'un volume de ce genre, un degré relatif à l'état de la connaissance. Notre éminent prédc-
cesseur, Maurice Toiirneux, dont la veuve a bien voulu nous communiquer les dernières notes, et nous-7nêmes en sommes encore nu stade de la modestie.
Bien que nous ayons trouvé une aide des plus précieuses dans les informations de M. van Riemsdijk, ancien directeur du Rijksmuseum, et de M. Staring, l'érudit hollandais, qui a fait preuve à notre égard d'une véritable générosité, nous ne nous dissimulons pas les lacunes de cette nouvelle édition et nous ne pouvons que terminer cet Avant-propos, comme /'Avertissement de notre première édition, en disant à ceux qui nous font confiance : ce Noms nous efforcerons de compléter, dans la suite, une enquête impartiale et nous espérons que d'autres travailleurs nous aideront à donner à la grande mémoire de J .-B. Perronneau l'éclat qui lui convient ».
Paris, le 30 juin 1923.
Les débuts. Perronneau graveur.
On ne connaît pas l'acte de naissance de Jean-Baptiste Perronneau, mais les registres de l'ancienne Académie Royale de peinture et de sculpture portent, à la date du 10 janvier 1784, que Jean-Baptiste Perronneau, élève de Natoire et de Laurent Cars, est né à Paris en 1715 et mort à Amsterdam (Hollande), en Novembre 1783, âgé de 68 ans. D'autre part, suivant son contrat de mariage, il est fils de Henri Perronneau, bourgeois de Paris, et de Marie-Geneviève Frémont. En présence de ces deux assertions officielles, nous n'avons aucune raison de croire que l'artiste soit né à tout autre endroit qu'à Paris.
Basan écrit dans son Dictionnaire des graveurs anciens et modernes :
« Perroneau( Jean-Baptiste), né à Paris en 1731, élève de Cars. On a de lui l'Air et la Terre, m. ps. en t., d'après Natoire et dont les pendans sont le Feu et l'Eau, gravés par Aveline, d'après le même maître, m
Ainsi, d'après Basan, Perronneau n'aurait eu que sept ans quand il publia chez Huquier une suite d'estampes datée de 1738, et quinze ans lors de sa réception à l'Académie.
Huber et Rost, dans leur Manuel des Amateurs de Vart (Ecole de France, t. VII-VIII) écrivent de même:
« Jean-Baptiste Perroneau, graveur à la pointe et au burin, né à Paris en 1731. Elève de Laurent Cars, il a gravé d'après quelques maîtres François, un assez petit nombre de pièces.
1° Le Serviteur d'Abraham auprès de Rebecca, d'après F. Boucher ; in-fol. ;
2° L'Air et la Terre, d'après Natoire, deux pièces dont les pendans sont le Feu et VEau, gravées par Aveline, d'après le même maître ; in-fol., en t. »
Nagler, dans son Kiinstler Lexicon, fait mieux. Sans nous indiquer ses sources, il déclare :
« Jean-Baptiste Peronneau, un Maltais, ou un chevalier de Malte, naquit en 1713 et fut connu comme peintre de portraits. Il peignit à Paris et ailleurs beaucoup de portraits à l'huile et au pastel dont quelques-uns ont été gravés par J. Daullé, C. de Baschi, Marcenay et H. Rossi. Peronneau fut de l'Académie en 1753 et mourut à Amsterdam en 1783. »
Et ailleurs : « Perronneau, Jean-Baptiste, graveur à l'eau-forte, né à Paris en 1731, fut élève de L. Cars. Nous avons de lui quelques bonnes feuilles. Il mourut en 1806.
1° Labati et Rebecca, d'après Boucher, qu. fol. ;
2° L'Air et la Terre, d'après C. Natoire, pendans au Feu et à l'Eau, par Aveline, qu. fol.;
3° Plusieurs figures académiques, d'après VanLoo, 12 pi., fol. ;
4° Plusieurs figures académiques, d'après Bouchardon, pour deux livres de dessins, gravées avec Aveline, Huquier, Aubert, Bouchardon et autres (1). »
Ainsi, Nagler, par un pouvoir discrétionnaire, crée deux
(1) Voici le texte allemand: » Peronneau, Jean-Baptist, ein Maltheser, wurde 1713 geboren, und aïs Bildnissmaler beriihmt. Er malte zu Paris und anderwàrts viele Portraite in oel und pastell, deren einige von J. Daullé, C. de Baschi, Marcenay und H. Rossi gestochen wurden. Perronneau wurde 1753 Mitglied der Akadeniie und 1783 starb er zu Amsterdam. »
" Perronneau, Jean-Baptist, Kupferstecher wurde 1731 zu Paris geboren, und von L. Cars unterrichtet. Wir haben von ihm einige gute Blâtter. Starb um 1806.
\o Laban und Rebecca, nach Boucher, qu. fol.
2° Luft und Erde, nacli C. Natoire, Pendants zu Avelines Feuer und Wasser, qu. fol.
3" Mehrere akademische Figuren, nach C. Van Loo, 12 Blâtter, fol.
4'' Mehrere akademische Figuren, nach E. Bouchardon, fur zwei Zeichnungsbûcher mit Aveline, Huquier, Aubert, Bouchardon jun. u. a. gestochen.