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l'einluro. Signée.
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Perronneau, tous deux nés à Paris, l'un en 1713, l'autre en 1731, l'un peintre de portraits à l'huile et au pastel et académicien, l'autre graveur et élève de Laurent Cars. Cette distinction a été suivie aveuglément par Charles Le Blanc, dans son Manuel de l'Amateur d'Estampes, par l'abbé de Boni, dans sa Biogrophia degli Artisti, parue à Venise en l'année 1840, et enfin par MM. Portalis et Béraldi, dans leurs Graveurs du XVIir siècle. Les dictionnaires de Siret et celui d'Auvray et Bellier de la Chavignerie s'en tiennent aux registres de l'Académie, et font de Jean-Baptiste Perronneau un peintre, né en 1715 (Siret met un point d'interrogation à cette date), mort à Amsterdam en 1783, portraitiste et reçu académicien en 1753.
Nous préférons, comme eux, nous en tenir aux documents officiels, sans négliger toutefois un document de premier ordre, le Dictionnaire de Heinecken. Cet Heinecken, conseiller des finances du roi de Pologne, auteur de l'Idée générale d'une collection complète d'estampes et créateur du Cabinet des estampes de Dresde, sous Auguste VII, avait écrit un Dictionnaire des artistes, qui n'a malheureusement été publié que jusqu'à la lettre D. Le manuscrit, qui se trouvait jusqu'en 1866 à la Bibliothèque Royale de Dresde, est conservé, depuis cette époque, au Cabinet des estampes de la même ville. Nous transcrivons les deux passages relatifs à Perronneau :
« 1" Tome XIV de l'ouvrage principal:
Jean-Baptiste Peronneau, peintre de portraits à Paris. Il est de l'Académie Royale. Il a gravé, avant que de s'appliquer à la peinture. Nous avons:
Le portrait de l'abbé de Lazare Chambroy, armes au bas, par J. Daulé, 1749 ;
Gérard Mœrman, Savant Hollandois, par J. Daulé, grand in-4° ;
L'Evêque de Messene, par Balechou ;
Charles Baechi, Marquis d'Aubois, ovale, par Daulé, 1748;
Laurent Cars, Graveur ;
Riiste d'une femme, par de Marcenay.
d'après Van Loo (vacat) ; d'après C. Natoire (vacat) ; 2° Supplément, vol. P. Q., fol. 72:
Jean- Baptiste Peronneau, peintre qui avoit commencé par être graveur. II a été reçu à l'Académie Royale. Nous avons de lui :
Le Portrait de l'Evêque de Messene, par Balechou ;
Autre de Charles Baschi, Marquis d'Aubois, par Daulé, 1748 ;
Autre de l'Abbé de Lazare Chambroy, par le même, 1749 ;
Gérard Meerman, Savant Hollandois, par le même ;
Portrait de Laurent Cars, graveur ;
Autre d'une femme anonyme, gravée par de Marcenay.
Il a aussi gravé d'après Natoire, Van Loo, Bouchardon, Boucher. »
Donc, à deux reprises, Heinecken affirme que Jean-Baptiste Perronneau fut graveur a avant que de s'appliquer à la peinture » et fait des deux Perronneau inventés par Nagler une seule et même personne.
Mais il y a de plus, dans le texte de Nagler, un mot à double sens. Ein Maltheser, signifie un Maltais ou un chevalier de Malte. L'entrée dans cet ordre entraînait l'obligation du célibat. Dans les Liaisons dangereuses, Cécile Volanges écrit à son amie, Sophie Carnay et lui parle ainsi du chevalier Danceny : « Il chante comme un ange et compose de très jolis airs dont il fait aussi les paroles. C'est bien dommage qu'il soit chevalier de Malte ! il me semble que s'il se mariait, sa femme serait bien heureuse... »
Perronneau s'est marié le 9 novembre 1754. De même cette chevalerie n'était plus guère acquise, au xviif siècle, que par les cadets de famille. Or, Perronneau avait un jeune frère, dont il exécuta un portrait à l'huile, exposé le 25 août 1746, au Salon du Louvre: c'est peut-être le chevalier de Malte dont parle Nagler.
L'opinion de Heinecken se trouve confirmée, à notre sens,
par le fait que presque jamais Perronneau, qui varie dans l'orthographe de sa signature, mais qui signe le plus souvent et en toutes lettres, ne fait précéder son nom des initiales de ses prénoms. Il n'eût pas manqué de le faire pour se distinguer d'un homonyme, s'il y avait eu confusion possible. Et cela nous amène tout naturellement à une autre question. Quelle fut la parenté artistique de Perronneau ?
Si l'on en croit le témoignage de l'abbé de Fontenay (1), qui concorde avec les registres de l'Académie Royale, il «fut d'abord instruit dans le dessin par M. Natoire ; ensuite il entra chez M. Cars, dans l'intention d'être graveur; mais il n'étoit pas né pour l'exercice d'un art qui demande beaucoup de constance et de patience. Il quitta la gravure et peignit au pastel. Il y fit des progrès très rapides, et en peu d'années, il fut en état de mériter l'approbation des personnes de l'Art les plus éclairées. )>
Charles-Joseph Natoire, né en 1700, reçu académicien le 31 décembre 1734, fut adjoint h professeur le 2 juillet 1735 et professeur le 2 juillet 1737. Dans l'œuvre gravé de Perronneau, on voit deux planches: l'Air et la Terre, gravées d'après les tableaux de Charles Natoire, peintre du roi. Peut-être même Natoire aurait-il enseigné au jeune artiste l'art du pastol qu'il pratiquait lui-même volontieis et avec succès, puisqu'à la vente de M. de Julienne, l'amateur et l'ami de Watteau, figuraient huit de ses pastels. En tout cas, il fut professeur à l'Ecole de dessin a qui était ouverte depuis la fondation de l'Académie et qui offrait à tout venant les moyens d'étudier la peinture et la sculpture ». Il existe aux Archives Nationales (0 1922, p. 138) un document contemporain assez piquant dans lequel les élèves de cette école (cours de l'Académie royale) " représentent à M. de Tournehem qu'il se commet des injustices journellement dans la dite Académie... », et déclarent « que MM. les professeurs prennent h tâche d'anéantir le bel ordre
(1) Affiches, annonces et avis divers ou Journal Général de France. Samedi 10 janvier 1784.
qui s'y est toujours observé, et notamment sous M. de Boulogne ». Et, dans l'exposé des faits, il est dit: « MM. Natoire et Pierre sont les seuls qui font des élèves ; mais le premier fait tort aux élèves. »
Suivant les témoignages de Basan, Huber et Rost, de Nagler, et de l'Académie Royale elle-même, en dépit du silence de Heinecken, son second maître semble avoir été Laurent Cars, né à Lyon en 1699, fils de Jean-François Cars, qui s'était établi comme graveur et comme marchand de planches pour thèses et pour paroissiens, au bas de la rue Saint-Jacques.
Perronneau a exécuté à deux reprises, au pastel et à l'huile, le portrait de ce Laurent Cars, qui signera en qualité de témoin à son contrat de mariage, le 3 novembre 1754.
Perronneau débutait donc dans la bonne tradition académique et apprenait son métier chez des artistes qui le tenaient euxmêmes des élèves de Nanteuil. Il coudoyait peut-être devant le modèle, sous l'œil de Bouchardon, Aveline, Joullain et d'autres. Nous ne pouvons savoir s'il suivit les cours de l'Académie Royale, puisqu'on ne possède les registres d'inscription des élèves qu'à partir de l'année 1758.
On a recherché si Drouais le père, qui pratiquait beaucoup le pastel, n'avait pu être le maître de Perronneau. Le fait que celui-ci ait exposé son portrait au Salon du Louvre ne prouve rien. A ce compte, Cochin, Vernet, Oudry, Adam l'aîné lui auraient enseigné leur art. Perronneau, muni d'un solide rudiment appris soit au cours de l'Académie, professé par Natoire, soit dans l'atelier de Cars, a dû, comme tant d'artistes, se faire une personnalité au sortir de l'école, puis se laisser influencer par les conversations et surtout par la vue des œuvres d'un artiste différent, en certains côtés, des autres peintres de l'école française contemporaine, Largillierre, le maître d'Oudry, Largillierre qui a développé dans deux conférences ses idées sur la couleur, Largillierre si accueillant aux artistes, si généreux de
PkTITE \nn.K TENANT UN CHAT
Pastel. Signé ot daté 1745.
(Galerie nationale tic Londres)
conseils, et dont la bonté trouve un écho attendri dans les mémoires de Wille. Perronneau a vécu dans l'intimité d'Oudry dont il a exécuté le portrait ; peut-être, par lui, a-t-il connu Largillierre ; la comparaison de leurs œuvres, nous le verrons plus loin, fixera plus sûrement cette parenté du talent que les documents d'archives, si incertains en ce qui concerne les deux artistes.
Le catalogue de l'œuvre gravé de Perronneau est composé de planches qui ont toutes été exécutées avant 1744. Il semble bien que, parmi elles, les plus anciennes soient celles qu'il a gravées d'après François Boucher ou d'après Natoire. Boucher, à ses débuts, gagnait sa vie à des images de piété, tandis qu'Oudr>' et Carie Van Loo, pour ne pas mourir de faim, fournissaient à bon compte, l'un des rébus, l'autre des décorations d'opéra et de petits portraits. C'est ainsi que Boucher exécutait, pour un bréviaire de Paris, des projets d'estampes avec les vues de la ville, accompagnées chacune d'une Vertu, que les jansénistes appelèrent : V Espérance et le Louvre, la Charité et le Pont-Neuf, la Foi et les Invalides, la Religion et Notre-Dame. A ce travail qu'il donnait au père de Laurent Cars, Boucher gagnait la table, le logement et soixante livres par mois « qu'il estimait pour lors, dit Mariette, être une fortune ». Ne peut-on considérer ce chiffre comme une indication sur la condition matérielle de Perronneau, qui a travaillé probablement dans le même atelier? On trouve, en effet, dans le catalogue de son œuvre gravé, d'après Boucher: Le Serviteur d'Abraluim auprès de Rebecca, Un Magicien chinois et Responderuntque Laban, dont Laurent Cars gravait le pendant Primitia martiruni Sociétatis Jesu in Ecclesia Japonica.
De la même époque semblent datés les deux pendants, l'Air et la Terre, exécutés en ovale d'après les tableaux de Charles Natoire, peintre du roi, du cabinet de M. du Fort, par J.-B. Perronneau, qu'on vendait à Paris, chez Muquier, rue Saint-Jacques,
au coin de la rue des Mathurins, avec privilège du roi (1). Sans parler de la composition, qui ressort de la banalité officielle et dont Perronneau n'est pas responsable, le travail au burin ne décèle aucune originalité • — le moyen d'être original après Nanteuil et Edelinck ! — mais ne manque pas de souplesse ni de variété, avec des accentuations d'eau-forte qui donnent à certaines ombres plus de profondeur, d onctuosité et assignent aux valeurs claires toute leur importance.
Il collaborait enfin à deux suites d'estampes, publiées l'une et l'autre à Paris, chez Huquier, rue Saint-Jacques, au coin de la rue des Mathurins, avec privilège du Roi, 1738, sous le titre suivant: Livre de diverses jigtires d'académies dessinées d'après le naturel, par Edme Bouchardon, sculpteur du Roi. On lit la signature de J.-B. Perronneau, dans la première suite, sous le trait carré du titre, inscrit sur une draperie, au bas de la planche IV, qui représente un homme nu, à terre, auprès d'une urne, et dans la seconde suite, au bas de la planche VII, où l'on voit un homme de dos, assis sur un rocher. Les premiers essais nous montrent un Perronneau académique, voué à l'allégorie, mais puisant aussi dans les belles planches du XVlT siècle que renfermait sans aucun doute la boutique de Cars le père, dans la compagnie de Boucher, dans l'enseignement d'un Laurent Cars, d'un Bouchardon, d'un Natoire, futur directeur de l'Académie de France à Rome, la tradition pure de l'ancienne Académie, la science du modelé, la conviction qu'on n'établit pas un projet, un « dessein » par un trait facile, mais avant tout par la distribution des masses lumineuses et sombres. Ces figures d'académie dont les dessins préparatoires ont dû passer dans la collecde Desfriches (2), montrent en lui, non un artiste improvisé, mais
(O Cabinet des Estampes. Œuvre de Natoire. Db. 26.
(2) On relève en effet dans un inventaire de cette collection, du 29 juillet 1752, dix études, têtes d'enfants ou académies, de Perronneau.
un homme préparé par l'étude patiente de la ronde bosse, puis du modèle vivant, à faire œuvre personnelle, c'est-à-dire à mettre au service de son émotion les ressources de son savoir. Il nous reste un témoignage de cet apprentissage méthodique dans une sanguine provenant de la collection de Desfriches (1), qui représente une tête de vieillard. Perronneau pouvait devenir un Halle, un Natoire ; il préféra devenir Perronneau.
(1) Aujourd'hui dans la collection Ratouis de Limay. On conserve, dans la famille de M. Ratouis de Limay, un portrait au crayon rouge de M"^ Catherine-Thérèse Desfriches, la sœur de l'amateur Orléanais, qu'une note, écrite au tas, de la main même de Desfriches, déclare être de Perronneau, et de 1740. Nous en doutons: c'est-là sans doute une copie (par la fille de Desfriches, peut-être), du dessin original et perdu de Perronneau. Ce qui nous confirme dans cette idée, c'est qu'un amateur Orléanais a trouvé à Orléans une réplique de ce portrait, au crayon rouge, due, ,î n'en pas douter, à la même main inexperte.
Ferrontieau agréé à l'Académie Royale de peinture et de sculpture.
«T-is Le plus ancien portrait au pastel que nous connaissions de Perronneau se trouve à la Galerie nationale de Londres (n° 3588) ; il porte, en haut et à droite, la signature de l'artiste ainsi orthographiée: Perronneau, et la date: Aoust 1743. Il représente une petite fille tenant un chat (pi. 2). Elle regarde de face, quoique tournée de droite à gauche ; elle est habillée d'une manière solennelle qui contraste, d'une façon piquante, avec l'ingénuité de son âge. Avec cette robe de damas bleu, brodée de chèvrefeuille rouge, largement décolletée, aux engageantes de dentelle, avec ce bras nu, avec ce ruban bleu noué autour du cou, avec ces petites fleurs roses et blanches passées dans les cheveux, avec ses yeux grands ouverts qui mangent la figure, on dirait une petite maîtresse ou de ces enfants qui parodient une tenue de cour (1).
1744 De l'année 1744 sont datés les portraits de M"°° Desfriches, la
(I) Le pastel a été donné à la Galerie nationale par sir Joseph Duveen qui le tenait de lady Dorothy Neviîl.
Lli NKClîl-; Mm'OMIK
Piistel. 1745.
Chiitcau lie IJvottninylujIm, Sucùe)
mère du dessinateur-amateur orléanais( 1) et d'un petit enfant(2). Dès les premiers pas, quelle souplesse, quelle étendue dans la connaissance des ressources propres au pastel, dans la gamme de l'étude du visage humain! On s'étonne de voir, à côté de cette figure d'aiëule, juvénile encore sous les rides, à i'expression franche, bonne et spirituelle, dont le visage s'encadre dans la dentelle en point de France d'un petit bonnet blanc, une charmante figure poupine ; à côté de cette mantille de taffetas noir, la gaîne d'un damas bigarré, bleu, jaune et rose ; à côté de cette sévérité bourgeoise, le luxe dont s'illumine la grâce d'un enfant. Perronneau n'a retenu de ses maîtres à l'Académie Royale que la science du modelé en pleine lumière ; dès maintenant il est lui-même, par la sincérité de l'émotion, la simplicité des figures coupées à mi-corps, la concentration de l'intérêt sur le visage, la naïveté de ses arrangements, le parti-pris de ne pas sacrifier l'observation psychologique à des accessoires, à un décor théâtral. Une vieille femme, des enfants, voilà par quoi il commence : ni draperies somptueuses, ni costumes de cour, ni meubles orfèvres, mais l'accent hiératique d'un Philippe de Champaigne, une gageure dans la variété des noirs, dans le chiffonné d'une dentelle, d'une cornette de linon, dans ce fourreau de bébé, qui a la somptuosité de matière d'un cuir de Cordoue, la rigidité d'un costume d'infante peint par Velasquez, enfin dans l'harmonie des tonalités bleues, jaunes et roses, rompues au deuxième plan, autour d'une auréole de lumière où surgit la figure enfantine.
Ces deux œuvres valent aussi par les indications qu'elles peuvent nous donner sur la vie de Perronneau. Nous le voyons entrer en rapports de plus en plus suivis avec Desfriches, qu'il
(1) Collection de M""' Ratouis de Lininy. - M""' Dcsfriclies. née c:atherine Boillève, mourut à Orléans en 1745.
(2) Ce |iorlrait, adjujjé 77,000 francs à la vente Jacques Doiicct, en I!IIJ, à M. Hœnt.schcll est de nouveau r«ssé en vente, après la mort de celui-ci, en mars I!'19; il se trouve actuellement dans la collection de M. Georges Dormeuil.
avait probablement connu à Paris, dans l'atelier de Natoire, où le dessinateur Orléanais était entré au sortir de l'atelier de Bertin. Nous avons déjà cité un inventaire de 1752, où il est question de dix têtes d'étude dont faisait probablement partie le dessin à la sanguine de la collection Ratouis de Limay. En 1740, Perronneau fait un petit croquis de la sœur de Desfriches. En 1744, il pastcllise le portrait de sa mère. Plus tard, il fera la « pourtraicture » de l'amateur lui-même, de sa femme, plus tard encore de sa fille. Il sera son hôte à Orléans. Il lui écrira des lettres confiantes et lamentables.
Dès 1744, il connaît la route d'Orléans. Alors commence cette vie errante, d'une singulière instabilité, dont s'étonne l'abbé de Fontenay, cette course à travers la France, la Hollande, l'Italie et l'Angleterre, de Paris à Orléans, à Bordeaux, à Angers, à Lyon, à Toulouse, à Abbeville, à Turin, à Rome et à Saint- Pétersbourg, cette triste équipée qui aboutit à Amsterdam.
Quant au portrait d'enfant de la collection de M. Georges Dormeuil, nous aurions ^■olontiers reconnu en lui le portrait d'un jeune écolier, frère de l'auteur, tenant un livre, qui figurait au Salon de 1746, sous le n" 150, si le livret du Salon n'ajoutait la mention « en huile ».
'745 De l'année 1745, il nous reste deux témoignages du labeur de l'artiste. Un pastel, carré en hauteur, signé à droite, Perronneau, 1745, représente un homme vêtu d'un habit mordoré à parements d'or, d'un gilet bleu galonné d'or, d'où sort un mouchoir de dentelle, et où s'engage la main gauche. La tête est un peu penchée, les cheveux poudrés et noués en catogan, les yeux bruns, les traits accusés ; les narines se dilatent, la bouche sourit.
Au château de Drottningholm, en Suède, dans les appartements du prince héritier, se trouve le portrait au pastel d'un nègre blanc, c'est-à-dire albinos. Grâce à l'extrême obligeance de
M. Cari David Moselius, l'érudit suédois distingué, nous pouvons en donner la reproduction (pi. 3). Une inscription de l'époque, collée sur le verre, identifie le modèle: « Mapondé, né d'un nègre et d'une négresse à Cabende, de nation Moyo, et a esté traitté au dit Cabende, coste d'Angolle, le 15 janvier 1743. Peint par J.-B. Peroneau en 1745. » Comment, et en quel lieu, ce jeune Zamore vint-il poser devant Perronneau ? Aurait-il été ramené des régions congolaises par le frère du dessinateur Aignan-Thomas Desfriches, capitaine de marine marchande, en même temps que le nègre Paul dont le buste, modelé par Pigalle, se trouve aujourd'hui au musée d'Orléans? Ces questions nous semblent difficiles à éclaircir, et l'année 1745 reste parmi les plus mystérieuses de la vie de Perronneau. Vu de face, à mi-corps, se détachant sur un fond bleu, le jeune nègre, au visage et aux cheveux blancs, porte un cafetan gris-vert, bordé de petit gris, s'' ouvrant sur un \ êtement de couleur rose comme le bonnet qu'il tient à la main. Le modelé de cette tête enfantine est singulièrement puissant et expressif. Suivant M. Granberg, ce pastel devait se trouver déjà à Drottningholm au XVlir siècle ; il avait sans doute été acheté par la reine Louise Ulrique, sœur de Frédéric le Grand.
L'année 1746 semble décisive. On lit en effet, dans les procès- 1746 verbaux de l'Académie Royale de peinture et de sculpture, à la date du 27 août 1746, la mention suivante:
« Aujourd'hui, samedi 27"" aoust, l'Académie s'est assemblée à l'ordinaire.
Agrément du sieur Feronneau, Peintre de Portraits.
Ensuitte le Sieur Jean-Baptiste Peronneau, de Paris, peintre de Portraits, ayant fait aporter de ses ouvrages, l'Académie, après avoir pris les voix à l'ordinaire et reconnu sa capacité a agréé sa présentation, et le dit Sieur ira chez M. le Directeur qui lui ordonnera les portraits qu'il doit faire pour sa réception. »
Perronneau se rendit donc chez M. le Directeur qui lui imposa, comme morceaux de réception, deux portraits à l'huile, ceux d'Adam l'aîné, le sculpteur, et d'Oudry, le peintre d'animaux et de paysage. Le 24 septembre de la même année, La Tour était reçu académicien et consacrait officiellement une avance de près de dix ans sur son émule et son futur rival. Perronneau devait attendre près de sept ans avant de livrer à l'Académie ses morceaux de réception.
La même année, le 25 août, Perronneau exposait au Salon du Louvre cinq portraits ainsi catalogués :