‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvreChapitre 4 sur 40 · Autre, M. Huquer d'Orléans · texte numérisé non relu

Autre, M. Huquer d'Orléans

128. — Autre, peint à l'Huile, représentant M""' de Villeneuve les mains dans son Manchon.

129. — Autre représentant M. C... (une autre édition porte: Autre représentant M"° *** tenant un éventail).

129'''^. — Le fils de M. Huquer, tenant un Lapin.

Le numéro 125 a été identifié — un peu rapidement peutêtre — avec le portrait de la collection de M. Groult, le père. Le possesseur le considérait comme étant celui du jeune Lemoyne, âgé de 5 ans. Ce pastel, qui est signé dans le bas, à droite, n'est pas daté. Au dos, on lit, en écriture du temps: « Ce pastel a été fixé par Loriot ». Le fait qu'il représente un charmant petit garçon au minois éveillé et fûté ne démontre pas

Gauuiul Ilu(ii;u-.R Pastel. Signé et daté 1747.

(.A M. .An.liL- Liizard)

suffisamment l'identité supposée. Cependant on retrouve les traits de l'enfant dans un pastel, par Louis Vigée, de Jean- Baptiste-Antoine Lemoyne, fils aîné du sculpteur, né à Paris le 17 août 1742, mort à Port-au-Prince le 14 mars 1781. Ce pastel, passé en février 1912 dans la vente de la collection de M. Yves Le Moyne, le représente âgé de vingt ans environ.

On voyait à l'Exposition de Cent Pastels, en 1908, un pastel d'enfant appartenant à M. Albert Lehmann qui était signé en bas à droite: Perronneau pinx. 1747, et que l'on donnait comme le « portrait présumé d'un fils de Le Moyne, sculpteur du roi ».

Nous ignorons la destinée des portraits de M'"' de Villeneuve, une orléanaise (1), les mains dans son manchon, de M. C... ou M"" ***, tenant un éventail. Par contre, sur le numéro 127, M. Huquer, d'Orléans, et le numéro 129'"'% le fils de M. Huquer, tenant un lapin, nous avons de précieuses indications. Le portrait de Huquier le père (collection André Lazard) ne prête pas à la discussion. Le pastel (pi. 5), remarquable en tous points, est signé au milieu, à gauche : Perroneau en 1747 , Février.

Il s'agit de Gabriel Huquier, dessinateur et graveur, né à Orléans en 1695, qui s'établit à Paris comme marchand d'estampes, dessina des ornements dans le goût chinois, grava à l'eau-forte d'après F)Oucher, Gillot, Watteau, et autres maîtres français. Il avait réuni une nombreuse collection de dessins et d'estampes qu'il ouvrait, à certains jours de la semaine, aux artistes et aux amateurs. On lit dans une lettre de Jombert, adressée à Desfriches après la mort de Huquier, en date du 12 juillet 1772: « On va faire un nouveau catalogue des desseins et estampes restans dans le cabinet de Huquier et comme son recueil de mille desseins choisis des plus grands maîtres des trois écoles sera détaillé ainsi que les estampes de son œuvre de Le Clerc, cela fera encore un catalogue assés ample. » Dans la

(I) Dans sn lettre ùu 10 avril 177.Î, Perronneau écrit .^ Desfriclies : " Je salluë nos amis et particulièrement Monsieur Soyer, Alonsieur de Villeneuve et Madame son Epouze. »

même lettre, quelques lignes auparavant : « Vous scavés que ce pauvre Huquier est mort il y a près d'un mois ; le scellé est encore sur tous ses effets ; comme on ne reçoit point de nouvelles de son vaurien de fils qui est en Angleterre, et à qui l'on écrit inutilement tous les ordinaires, on s'est déterminé à appeler le substitut du procureur du roy qui tiendra lieu de la présence du fils et l'on compte commencer demain l'ouverture du scellé ; il me paroist que le bonhomme Huquier n'est pas mort si riche qu'on le pensoit et une partie de son héritage s'en ira en frais de justice et de procédure. La veuve, le gendre, les enfans ne sont jamais d'accord et vivent ensemble comme chiens et chats. Cela vérifie le proverbe, ce qui vient de la flûte s'en retourne au tambour. »

Cette lettre nous fait pénétrer dans un intérieur d'artiste au XVlir siècle ; elle transforme, avec les années, le fils de M. Huquier tenant un lapin (n° 129'''' du Salon, 1747), Gabriel Huquier, graveur, en « un vaurien de fils ». Voilà en tout cas Perronneau portraitiste attitré des Orléanais et des nombreux amis de Desfriches.

La critique ne se montra pas plus circonspecte que l'année précédente, et l'abbé Leblanc, lui-même, le panégyriste de La Tour, avoue dans sa Lettre sur l'Exposition des ouvrages de peinture, sculpture, etc., de Vannée 1747, faisant allusion au portrait de Huquier le père: « Près de ce tableau (une marine de Le Bel), on voit un portrait en pastel, par un jeune homme nommé M. Perroneau, qui est plein d'esprit et de vie et qui est d'une touche si vigoureuse et si hardie qu'on le prendroit pour être d'un Maître consommé dans son Art. Que ne doit-on pas espérer de quelqu'un qui marque tant de talent dans ses premiers Ouvrages ? »

Nous connaissons un pastel de Perronneau qui vaut l'effigie de Huquier le père, et qui porte l'inscription : Perronneau, pinx. No^''^. 1747, mais qui ne figura pas au Salon de la même année.

C'est le portrait du comte de Bastard (collection David Weill) (1). Il constitue pour nous un document signé, de la plus grande valeur (pi. 6). En effet, il y a eu à Toulouse, au XVIir siècle, une famille de parlementaires portant le nom de Bastard de l'Estang, et il existe encore aujourd'hui, paraît-il, des représentants de cette famille à Agen. Citons dans cette généalogie: Dominique de Bastard, seigneur de la Fitte et de Pominet, né le 18 janvier 1683, reçu conseiller au parlement de Toulouse en 1704, doyen en 1753, premier président nommé en 1762, conseiller d'Etat en 1774, mort au mois de novembre 1777 ; François de Bastard, né à Toulouse le 16 décembre 1722, successivement conseiller au Parlement de Toulouse, maître des requêtes, premier président du Parlement de Toulouse, conseiller d'Etat, chancelier garde des sceaux de S. A. R. Mgr le comte d'Artois, mort à Paris le 20 janvier 1780.

Le costume concorde avec ces indications : le personnage porte une perruque poudrée, environnée de frisures et dite de ft procureur », par la raison que les gens de robe conservèrent longtemps encore sur leurs épaules la crinière du XVIT siècle. Perronneau serait-il allé à Toulouse en novembre 1747?

Il semble bien, en tout cas, qu'il soit allé à Orléans puisque, cette même année, il a peint à l'huile le portrait de Charles Le Normant du Coudray, « conseiller et procureur du Roy de la garde du milieu, fores d'Orléans », par ailleurs bibliophile et amateur. Le modèle a 35 ans; le visage respire l'intelligence et la finesse qui ne sont pas incompatibles avec l'amour de la chasse dont témoigne un fusil passé à la bretelle et un épagneul que le personnage tient sous le bras. Habit vert olive, col, jabot et manchette de lingerie ; les cheveux non poudrés et noués en catogan (2).

(1) Adjugé 116,100 francs à la vente de la collection Doucet.

(2) Ce portrait appartient .i M. B. Fossard ; il a été signalé et étudié par M. Charles Saunier, dans la Revue de l'Art ancien et moderne (n» de janvier 1922).

Est-ce à la même année qu'il faut situer le portrait du « Sachsichen Kammerat C. Friedrich Kregel von Sternbach (1717- 1789)? Cette effigie du conseiller de la chambre ducale de Saxe, peinte à l'huilé, est signée: Perronneau pinx. Paris, 17.7 (1). Cette indication incomplète de la date donne à supposer, d'après l'âge probable du personnage, qu'il s'agit de 1747.

Au Salon de 1748, Perronneau exposait :

95. — Celui du Révérendissime ***, abbé Régulier de Paris, peint à l'Huile.

96. — Autre au pastel, de M. Olivier en Habit de velours, appuyé sur une Table.

97. — Celui de Madame Son Epouse, habillée d'une Robbe de Pequin.

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