‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvreChapitre 3 sur 40 · Celuy du petit Desnoyel, tenant une Poule huppée · texte numérisé non relu

Celuy du petit Desnoyel, tenant une Poule huppée

150. — ■ Celuy d'un jeune Ecolier, frère de l'Auteur, tenant un Livre (en huile).

Le portrait du jeune écolier, frère de l'auteur, tenant un livre, serait-il celui qui se trouvait autrefois dans la collection Teplov où il passait pour un Greuze ou pour un Lépicié ? Somov le décrit ainsi dans le Catalogue du Musée de l'Ermitage (1) : « Un jeune garçon blond, d'une douzaine d'années, vêtu d'un habit lilas et d'un i^ilet bleu, est assis sur une chaise. Il tient de la main gauche un livre relié en cuir qu'il feuillette de l'autre main. Le regard du jeune homme est tourné vers le spectateur. Sur la table se trouve encore un livre. Figure à mi-corps. Fond gris brun. »

Nous ne savons ce qu'est devenu «celuy du petit Desnoyel »( 2). Le portrait de M. le marquis d'Aubaïs, en cuirasse, a appartenu au peintre Emile Lévy. Nous n'avons pu voir ce portrait qui avait été adjugé, lors de la première vente Laperlier, en 1867, au marquis de Beurnonville, puis cédé par lui au peintre Emile

(1) Edition 1908.

(2) Ce pastel, très abimé, a été vu, il y a une vingtaine d'années, par M. Jacques Doucet, cliez l'expert Ferai fils.

POUTUAIT Di; JliUNi; lEMMIi

Pastel. Siyné et daté 1746.

(A il le vicomte l'eriKuul île lîoniiev:il)

Lévy, aujourd'hui disparu. Par contre, nous connaissons la gravure qu'en a exécutée J. Daullé, probablement avec la collaboration de Wille : un médaillon ovale contient le personnage vu à mi-corps, couvert d une cuirasse, tourné de gauche à droite, regardant de face et coiffé d'une perruque moutonne ; il repose sur un socle où on lit, de part et d'autre d'un écusson engagé, la devise suivante: « Charles de Baschi, marquis d'Aubaïs, baron du Caïla, seign. de Junas, etc., né au Ch^" de Beauvoisin, le 20 mars 1686. » Ce portrait robuste, franc, qui ne déguise rien de la rondeur un peu ironique du visage, est celui d'une personnalité curieuse du XVlir siècle. Si l'on en croit la brochure de Prosper Falgairolle ( 1 ), Charles de Baschi entra à l'âge de 18 ans dans la première compagnie des mousquetaires, fit la campagne de 1705, puis démissionna. Il avait réuni, dans son château d'Aubaïs, une riche bibliothèque, publié une Géographie historique et fourni à Ménard les matériaux de son Recueil de pièces jugitives pour servir à l'histoire de France. Il mourut le 5 mars 1777, âgé de 91 ans. I.a cuirasse qu'il porte ne fait-elle pas allusion à son passé militaire ?

Nous avons vu dans la collection Noël Valois un portrait au pastel de Hubert Drouais (2), peintre de l'Académie, élève de De Troy, né à la Roque, dans l'Eure, reçu membre de l'Académie Royale de peinture en 1730, mort à Paris en 1767, le père de François-Hubert Drouais et le grand-père de Jean-Germain Drouais (pi. 16) ; mais ce ne peut être celui qui a figuré au Salon de 1746, car on lit en bas et à gauche la signature et la date: Pcrronecm, 7/5/, au dos: « peint par Peronot de l'Acad. Royalle de France », enfin cette autre note: « Ce portrait est celui de M. Drouais, le père de M"" Lutton, peint par M. Peronneaux,

(\) Le matquis d'Aubaïs, célèbre érudii du XVIII'' siècle et ses lettriS autoi;raphcs inédites. par Prosper Faloairolle, membre de la Sociêlé lranç.'\i,<:e d'archéologie, de l'Académie de Nîmes (Clermont-l'Hér-iiilt, Saturnin Léotard, 1887, in-K" de 130 p.l.

(2) Ce pastel appartient aujourd'hui à M. et M"'" Daniel Hillé.

peintre de l'Accadémie Royalle de peinture et de sculpture, peint en l'année 1754 »

Nous en sommes réduits à un seul portrait : « C-eluy de M. Gilcain, peintre (en huile) » pour apprécier l'exposition de Perronneau au Salon de 1746. A la vérité, ce portrait qui fait partie de la collection Léon Michel-Lévy pourrait, lui aussi, prêter à discussion. On lit en effet, sur un papier collé au revers de la toile: « Ce tableau est le portrait du S' Gillequin, peintre et amy » du Chevalier Arnoud qui le fit son héritier et est peint par » Perronneau, environ l'an 1750. Gillequin fi.xa son séjour à » Angers, je lalois voir à un passages en cette ville. En 1754, je » le trouvay à l'extrémité d'une Goutte remontée ; il me pria » d'accepter son portrait, prévoyant bien que il n'iroit pas loing. » En effet, 2 jours après, il mourut.

» La présente notte faitte à Orléans le 4 7'"^« 1768. )>

Desfrîches.

Il se peut que Desfriches, qui assigne au tableau la date de 1750, se trompe. Il écrit sa note en 1768, soit quatorze années après son information, et d'ailleurs il fait précéder la date du mot environ. Dans un inventaire de son cabinet du 3 septembre 1760, il mentionne et estime ainsi ce portrait :

5. — Le portrait de Gillequin par Peronneau, présent qui ma esté fait (la bordure douze 1.), trente L.

Dans un autre inventaire du 28 juin 1774, il porte son estimation de trente à soixante-douze livres.

La valeur marchande des Perronneau avait donc au moins doublé de 1760 n 1774 ! Sur la personnalité du peintre Gillequin, on sait peu de choses. 11 naquit vers 1695 et mourut vers 1754. Dans son livre sur Le théâtre à Dijon ( 1 ) . M. Louis de Gouvenain relate que « le 28 janvier 1733, le peintre Gilquin, auteur d'un '.( opéra par machine, capable de divertir et de donner satisfaction au public », obtint l'autorisation « de le faire voir

(1) Louis de Gouvenain. Le théâtre à Diion (1422-1790), Dijon, 1888.

à prix d'argent et aux heures convenables, « à condition « de tenir la main à ce qu'il ne soit fait aucun scandale ». L'opéra de Gilquin est le premier qui ait été composé pour le théâtre de Dijon ; je regrette de n'être pas renseigné au sujet du mérite et du succès de cette oeuvre, dont les interprètes et le titre me sont également inconnus. » Nous avons relevé dans le livret du Salon de 1745 une tête représentant M. Gilquin, peintre, par Nonnotte. L'indication du séjour de Gillequin à Angers reste précieuse et peut nous faire supposer un voyage de Perronneau dans cette ville avant l'année 1746. En tout cas, nous ne croyons pas que le mot de chef-d'œuvre soit exagéré pour exprimer la valeur de ce tableau, la première en date des peintures connues de Perronneau, et affirmer qu'il équivaut aux portraits d'Adam l'aîné et d'Oudry, qu'il devance de quelques années. Comment oublier la solidité de construction de cette figure énergique, la droiture de ce regard fixé vers le spectateur, la différenciation nuancée des valeurs et cependant l'unité du modelé, l'accent dédaigneux de la courbe des narines, le léger pli de scepticisme de la bouche, l'exécution d'un pinceau fier, toujours promené dans le sens de la forme, la robuste matière qui conserve dans certaines parties, comme le tour de cou en linon et le jabot, tout le floconneux et toute la fieur du pastel !

Le vicomte Fernand de Bonneval possède un très gracieux portrait ovale de jeune femme, signé : Perronneau pinx. 1746. Le modèle est tourné de trois quarts vers la gauche ; dans ses cheveux à peine poudrés, s'attachent une plume bleue et une fine dentelle ; l'oreille gauche est dégagée. Son corsage vert pâle, décolleté en ovale, est relié sur les épaules par des nœuds bleus. Un large nœud de soie bleue orne le devant du corsage (pi. 4).

La critique ne dédaigna pas le premier salon de Perronneau. Lafont de Saint-Yenne (1), après avoir marqué la vogue du

(1) Réflexions sur quelques causes de l'état présent de la peinture en France avec un examen des principaux ouvrages exposés au Louvre le mois d'Août 1746. M. DCCXLVII.

pastel, son infériorité par rapport à la peinture proprement dite, ajoute : « Je viens aux Pastels, espèce de Peinture excessivement à la mode, et à laquelle le sieur La Tour a donné une vogue et un crédit qui semble ne pouvoir pas augmenter, par les prodiges qu'il a enfanté en ce genre. 11 est vrai qu'il a fait une foule de misérables imitateurs. Tout le monde a mis ces craïons de couleur à la main : il en est de même chez nous de tout ce qui est de mode, le Public l'adopte avec fureur. Combien l'inimitable Vatteau a fait de mauvais singes dans son tems !... J'aurois bien des choses à dire en faveur des Pastels des sieurs Drouais, Loir, Peronneau... mais ce seroit répéter une partie des louanges que je viens de donner aux talens de leurs confrères et que je n'ai point l'art de savoir varier. »

La participation de Perronneau au Salon de 1747 ne fut pas moins remarquable. On lit, en effet, dans le livret de cette année :

125. — Un portrait au Pastel du fils de M. le Moyne, Sculpteur ordinaire du Roy, âgé de cinq ans.

126. — Autre représentant M. *** en habit de bal (une autre édition porte: n° 126. Autre représentant M. *** en Domino.)

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