Scène VII
Mademoiselle Fel, La Tour, Péronneau.
Péronneau — Monsieur La Tour?
La Tour — Je n'y suis pas.
Per. — Puisque vous n'y êtes pas, je reviendrai. Soyez assez gracieux pour dire à M. de La Tour que le dessinateur Péronneau . . .
La T. — Qui est-ce qui parle de Péronneau? Per. — Péronneau lui-même.
La T. — Ah! c'est vous, j'en suis bien aise. Donnez-moi cette main rivale. Per. — De tout mon cœur.
La T. — On m'a dit beaucoup de mal de vous, donc j'en ai pensé beaucoup de bien.
Per. — Je ne suis que Jules Romain quand Raphaël tient le crayon.
La T. — Ce qui ne vous a pas empêché de me proposer un duel aux crayons!
Per. — Un pareil duel me sauvera de la faim.
La T. — Eh bien! vous aurez votre duel.
Per. — Je sais bien que je serai battu; mais être battu par vous, c'est encore un triomphe.
1 Arsène Houssaye. Galerie du XVIIIj. siècle. Deuxième série. Princesses de Comédie et déesses d'Opéra.
Per. — Chardin m'attend.
Mené pei — Chardin! je l'ai vu ivre hier à l'Opéra. Per. — C'est un ivrogne à ses jours de tristesse.
La T. — Un ivrogne! dites-moi vite le vin qu'il boit, pour que je devienne un ivrogne comme lui, à la condition de peindre aussi bien. Jeune homme, ne dites pas de Chardin: c'est un ivrogne . . .
Per. — Vous avez raison. J'aime Chardin et je retire mon baptême. Je voulais vous demander si le duel aura lieu ici ou à l'Académie.
La T. — A l'Académie! est-ce que nous sommes des écoliers? Revenez ici, et nous partirons du même coup de crayon. Nous enverrons les pastels à l'Académie où vous avez certes moins d'ennemis que moi.