Laban und Rebecca nach Boucher. Qu.-Fol
2. Luft und Erde, nach C. Natoire, Pendants zu Avelines Feuer und Wasser. Qu.-Fol.
3. Mehrere akademische Figuren, nach C. Vanloo, 12 Blâtter. Fol.
4. Mehrere akademische Figuren, nach E. Bouchardon, fur zwei Zeichnungsbûcher mit Aveline, Huquier, Aubert, Bouchardon jun. u. a. gestochen.
Portrait de Laurent Cars graveur.
Autre d'une femme anonyme, gravée par de Marcenay.
11 a aussi gravé d'après Natoire, Van Loo, Bouchardon, Boucher.
Donc, à deux reprises, Heinecken, affirme que Jean- Baptiste Perronneau fut graveur »avant que de s'appliquer à la peinture« et fait des deux Perronneau inventés par Nagler, une seule et même personne.
Mais il y a de plus, dans le texte de Nagler, un mot à double sens. Ein Maltheser, signifie un Maltais, ou un chevalier de Malte. L'entrée dans cet ordre entraînait l'obligation du célibat. Dans les Liaisons Dangereuses, Cécile Volanges écrit à son amie, Sophie Carnay et lui parle ainsi du Chevalier Danceny: »I1 chante comme un ange et compose de très jolis airs dont il fait aussi le paroles. C'est bien dommage qu'il soit Chevalier de Malte! Il me semble que s'il se mariait, sa femme serait bien heureuse ... «
Perronneau s'est marié le 9 Novembre 1 754. De même cette chevalerie n'était plus guère acquise, au 18"55 siècle, que par les cadets de famille. Or Perronneau avait un jeune frère, dont il exécuta un portrait à l'huile, exposé le 25 Août 1746, au Salon du Louvre; c'est peut-être le Chevalier de Malte dont parle Nagler.
L'opinion d'Heinecken se trouve confirmée, à mon sens, par le fait que presque jamais Perronneau, qui varie dans l'orthographe de sa signature, mais qui signe le plus souvent et en toutes lettres, ne fait précéder son nom des initiales de ses prénoms. Il n'eut pas manqué de le faire, pour se distinguer d'un homonyme, s'il y avait eu confusion possible. Et cela nous amène tout naturellement à une autre question. Quelle fut la parenté artistique de Perronneau? Si l'on en croit le témoignage de l'abbé de Fontenay1, qui concorde avec les registres de l'Académie royale, il »fut d'abord instruit dans le dessin par M. Natoire; ensuite il entra chez M. Cars, dans l'intention d'être Graveur; mais il n'était pas né pour l'exercice d'un art qui demande beaucoup de constance et de patience. Il quitta la gravure et peignit au pastel. Il y fit des progrès très rapides, et en peu d'années, il fut en état de mériter l'approbation des personnes de l'Art les plus éclairées. «
Charles-Joseph Natoire, né en 1700, reçu académicien le 31 Décembre 1734, fut adjoint à professeur le 2 Juillet 1735, et professeur le 2 Juillet 1737. Dans l'œuvre gravé de Perronneau, on voit deux planches, l'Air et la Terre, gravées d'après les tableaux de Charles Natoire, peintre du roi. Peut-être même Natoire aurait-il enseigné au jeune artiste l'art du pastel, qu'il pratiquait lui-même volontiers et avec succès, puisqu'à la vente de M. de Julienne, l'amateur et l'ami de Watteau, figuraient huit de ses pastels. En tout cas, il fut professeur à l'École de dessin »qui était ouverte depuis la fondation de l'Académie et qui offrait à tout venant les moyens d'étudier la peinture et la sculpture«. Il existe aux Archives Nationales (O 1922, p. 138) un document contemporain assez piquant dans lequel les élèves de cette école (cours de l'Académie royale) » représentant à M. de Tournehem qu'il se commet des injustices journellement dans la dite Académie . . .«, et déclarent »que MM. les professeurs prennent à tâche d'anéantir le bel ordre qui s'y est toujours observé, et notamment sous M. de Boulogne. « Et, dans l'exposé des faits, il est dit: »MM. Natoire et Pierre sont les seuls qui font des élèves; mais le premier fait tort aux élèves. «
Suivant les témoignages de Basan, Hubert, et Rost, de Nagler, et de l'Académie Royale elle-même, en dépit du silence de Heinecken, son second maître semble avoir été Laurent Cars, né à Lyon en 1693, fils de Jean-François Cars, qui s'était établi comme
Affiches, annonces et avis divers ou Journal Général de France. Samedi 10 Janvier 1784.
graveur et comme marchand de planches pour thèses et pour paroissiens, au bas de la rue Saint-Jacques.
Perronneau a exécuté à deux reprises, au pastel et à l'huile, le portrait de ce Laurent Cars, qui signera en qualité de témoin à son contrat de mariage, le 3 Novembre 1754.
Perronneau débutait donc dans la bonne tradition académique et apprenait son métier chez des artistes qui le tenaient eux-mêmes des élèves de Nanteuil. Il coudoyait peut-être devant le modèle, et sous l'œil de Bouchardon, Aveline, Joullain et d'autres. Nous ne pouvons savoir s'il suivit les cours de l'Académie Royale, puisqu'on ne possède les registres d'inscription des élèves qu'à partir de l'année 1758.
On a recherché si Drouais le père qui pratiquait beaucoup le pastel, n'avait pu être le maître de Perronneau. Le fait que celui-ci ait exposé son portrait au Salon du Louvre ne prouve rien. A ce compte, Cochin, Vernet, Oudry, Adam l'aîné, auraient pu lui enseigner leur art. Pour ma part, j'estime que Perronneau, muni d'un solide rudiment, appris, soit au cours de l'Académie, professé par Natoire, soit dans l'atelier de Cars, a dû, comme tant d'autres artistes se faire une personnalité au sortir de l'école et se laisser influencer par les conversations et surtout par la vue des œuvres d'un artiste novateur et très différent par certains côtés des autres peintres de l'école française contemporaine, Largillière, le maître d'Oudry, qui a développé dans deux conférences ses idées sur la couleur, Largillière si accueillant aux artistes, si généreux de conseils, et dont la bonté a trouvé un écho attendri dans les mémoires de Wille. Perronneau a vécu dans l'intimité d'Oudry dont il a exécuté deux portraits; peut-être par lui, a-t-il connu Largillière; la comparaison de leurs œuvres, nous le verrons plus loin, fixera plus sûrement cette parenté du talent que les documents d'archives, si incertains en ce qui concerne les deux artistes.
Le catalogue de l'œuvre gravé de Perronneau est composé de planches qui ont toutes été exécutées avant 1744, date des premiers pastels qu'on connaisse de lui. Il semble bien que parmi ces planches, les plus anciennes soient celles qu'il a gravées d'après François Boucher ou d'après Natoire. Boucher, à ses débuts, gagnait sa vie à des images de piété, tandis qu'Oudry et Carie van Loo, pour ne pas mourir de faim, fournissaient à bon compte, l'un des rébus, l'autre des décorations d'Opéra et de petits portraits. C'est ainsi que Boucher exécutait pour un bréviaire de Paris, de projets d'estampes avec les vues de la ville, accompagnées chacune d'une Vertu, que les jansénistes appelèrent : l'Espérance et le Louvre, la Charité et le Pont-Neuf, la Foi et les Invalides, la Religion et Notre-Dame. A ce travail, qu'il donnait au père de Laurent Cars, Boucher gagnait la table, le logement et soixante livres par mois »qu'il estimait pour lors, dit Mariette, être une fortune«. Ne peut-on considérer ce chiffre comme une indication sur la condition matérielle de Perronneau, qui a travaillé probablement dans le même atelier, j'allais dire la même usine. On trouve en effet dans le catalogue de son œuvre gravé, d'après Boucher »Le Serviteur d'Abraham auprès de Rébecca, Un Magicien Chinois et Responderuntque Laban, dont Laurent Cars gravait le pendant Primitia martirum Societatis Jesu in Ecclesia Japonica.
De la même époque semblent datés les deux pendants, l'Air et la Terre, exécutés en ovale, d'après les tableaux de Charles Natoire peintre du roi, du cabinet de M. du Fort, par J. B. Perronneau qu'on vendait à Paris chez Huquier, rue Saint-Jacques, au coin de la rue des Mathurins, avec privilège du roi1. Sans parler de la composition, qui ressort de la banalité officielle et dont Perronneau n'est pas responsable, le travail
Cabinet des Estampes-Œuvre de Natoire, Db. 26.
au burin ne décèle aucune originalité — le moyen d'être original après Nanteuil et Edelinck! — mais ne manque pas de souplesse ni de variété, avec des accentuations d'eau-forte qui donnent à certaines ombres plus de profondeur, d'onctuosité et donnent aux valeurs claires toute leur importance. —
Il collaborait enfin à deux suites d'Estampes publiées l'une et l'autre à Paris, chez Huquier, rue Saint- Jacques, au coin de la rue des Mathurins, avec privilège du Roi, 1738, sous le titre suivant : Livre de diverses figures d'académies dessinées d'après le naturel, par Edme Bouchardon, sculpteur du Roi. On lit la signature de J. B. Perronneau, dans la première suite, sous le trait carré du titre, inscrit sur une draperie, au bas de la planche 4, qui représente un homme nu, à terre, auprès d'une urne, et dans la seconde suite, au bas de la planche VII, où l'on voit un homme, de dos, assis sur un rocher. Les premiers essais nous montrent un Perronneau académique, voire à l'allégorie, mais aussi puisant dans les belles planches du XVIIî siècle que renfermait sans aucun doute la boutique de Cars le père, dans la compagnie de Boucher, dans l'Enseignement d'un Laurent Cars, d'un Bouchardon, d'un Natoire, futur directeur de l'Académie de France à Rome, la tradition pure de l'ancienne Académie, la science du modelé, la conviction qu'on n'établit pas un projet, un dessein (et non pas un dessin) par un trait facile, mais avant tout par la distribution logique, suivant un foyer, d'un éclairage, des masses lumineuses et sombres. Ces figures d'académie dont les dessins préparatoires ont dû passer dans la collection de Desfriches, puisqu'on relève dans un inventaire de cette galerie, le 29 Juillet 1752, dix études, têtes d'enfants ou académies de Perronneau, montrent en lui, non pas un artiste improvisé, mais un homme préparé par l'étude patiente de la ronde bosse puis du modèle vivant, à faire œuvre personnelle, c'est à dire à mettre au service de son émotion les ressources de son savoir. Il nous reste un beau témoignage de cet apprentissage méthodique, dans la belle sanguine1 qui représente une tête de vieillard. Perronneau pouvait devenir un Hallé, un Natoire, il préféra devenir Perronneau. — On conserve dans la famille de M. Ratouis de Limay, un portrait au crayon rouge, de Mademoiselle Catherine-Thérèse Desfriches, la sœur de l'amateur Orléanais, qu'une note, écrite au bas, de la main même de Desfriches, déclare être de Perronneau, et de 1740. Plus j'y pense, plus je doute qu'il soit de Perronneau; nous nous trouvons sans doute en présence d'une copie (par la fille des Desfriches, peut-être), du dessin original de Perronneau, dont la trace serait perdue. Ce qui me confirme dans cette idée, c'est qu'un amateur Orléanais a trouvé à Orléans une réplique de ce même portrait au crayon rouge, faite à n'en pas douter par la même main inexperte.
Les plus anciens portraits au pastel que nous connaissions de Perronneau sont 1744 les portraits de Madame Desfriches, la mère du dessinateur-amateur Orléanais2, et d'un petit enfant3, datés tous deux de 1744. A tous les points de vue, ils sont intéressants. Dès les premiers pas, quelle souplesse, et quelle étendue dans la connaissance des ressources propres au pastel, dans la gamme de l'étude du visage humain. On s'étonne de voir, à côté de cette figure d'aiëule, juvénile encore sous les rides, et se parfumant la mémoire au souvenir de sa jeunesse qui revit dans la jeunesse des autres, une charmante figure poupine, à côté de cette mantille de taffetas noir, la gaîne de ce damas bigarré, bleu, jaune et rose, à côté de cette sévérité bourgeoise, le luxe dont s'illumine la grâce d'un enfant. Perronneau n'a retenu de ses maîtres à l'Académie Royale, que la science du modelé en pleine lumière, dès maintenant il est lui-même, par la sincérité de
1 Collection Ratouis de Limay.
2 Collection Ratouis de Limay.
3 Collection Jacques Doucet.
l'émotion, la simplicité des figures coupées à mi-corps, par la concentration de l'intérêt sur le visage, par la naïveté de ses arrangements, et le parti pris de ne rien escamoter de son observation psychologique à l'aide des accessoires, d'un décor théâtral. Une vieille femme, un enfant, voilà par quoi il commence: ni draperies somptueuses, ni costumes de cour, ni meubles orfèvrés, mais l'accent un peu hiératique d'un Philippe de Champaigne, mais une gageure dans la variété des noirs, dans le chiffonné d'une dentelle, d'une simple cornette de linon, et surtout dans la bizarrerie de ce fourreau de bébé, qui a la somptuosité de matière d'un cuir de Cordoue, la rigidité d'un costume d'infante peint par Velasquez, enfin dans la synthèse harmonique de ces tonalités bleues, jaunes et roses, rompues au deuxième plan en un accord lointain, autour d'une auréole de lumière éclatante, où surgit plus éclatante encore, la figure enfantine. Ces deux œuvres valent aussi par les indications qu'elles peuvent nous donner sur la vie de Perronneau. Nous le voyons entrer en rapports de plus en plus suivis avec Desfriches, qu'il avait probablement connu à Paris, dans l'atelier de Natoire, où le dessinateur Orléanais était entré au sortir de l'atelier de Bertin. J'ai déjà cité un inventaire de 1752, où il est question de dix têtes d'étude dont faisait probablement partie le beau dessin à la sanguine de la collection Ratouis de Limay. En 1 740, Perronneau fait un petit croquis de la sœur de Desfriches. En 1744, il pastellise le portrait de sa mère. Plus tard, il fera la »pourtraicture« de l'amateur lui-même, de sa femme, plus tard encore, de sa fille. Il sera son hôte à Orléans. Il lui écrira des lettres confiantes et lamentables.
Dès 1744, il connait la route d'Orléans et commence cette vie errante et d'une si singulière instabilité, dont s'étonne l'abbé de Fontenay, cette course désespérante à la recherche du nécessaire, à travers la France, la Hollande, l'Italie et l'Angleterre, de Paris à Orléans, à Bordeaux, à Angers, à Lyon, à Toulouse, à Abbeville, à Turin et à Rome, cette triste équipée de son talent qui aboutit à Amsterdam, à une mort obscure. Quant au portrait d'enfant de la collection Jacques Doucet, j'aurais volontiers reconnu en lui le portrait d'un jeune écolier, frère de l'auteur, tenant un livre, qui figurait au Salon de 1746, sous le N° 150, si le livret du Salon n'ajoutait précisément cette mention désespérante »en huile«.
1745 De l'année 1745, il nous reste un précieux témoignage du labeur de l'artiste dans le pastel, carré en hauteur, de la collection Groult, signé à droite Perronneau, 1745, et représentant un homme vêtu d'un habit mordoré à parements d'or, d'un gilet bleu galonné d'or, d'où sort un mouchoir de dentelle, et où s'engage la main gauche. La tête est un peu penchée, les cheveux poudrés et noués en catogan, les yeux bruns, les traits accusés; les narines se dilatent, et la bouche sourit.
1746 Nous voici parvenus à l'année 1746, qui semble décisive. On lit en effet dans les Procès- verbaux de l'Académie royale de peinture et de sculpture, à la date du 27 Août 1746, la mention suivante:
«Aujourd'hui, Samedi 271?? Aoûst, l'Académie s'est assemblée à l'ordinaire. Agrément du Sieur Peronneau, Peintre de Portraits.
Ensuite le Sieur Jean -Baptiste Peronneau, de Paris, peintre de Portraits, ayant fait aporter de ses ouvrages, l'Académie après avoir pris les voix à l'ordinaire et reconnu sa capacité a agréé sa présentation, et le dit Sieur ira chez M. le Directeur qui lui ordonnera les portraits qu'il doit faire pour sa réception. «
Perronneau se rendit donc chez M. le Directeur, qui lui imposa comme morceaux de réception deux portraits à l'huile, ceux d'Adam l'aîné, le sculpteur, et d'Oudry, le peintre d'animaux et de paysage. Le 24 Septembre de la même année, La Tour était
reçu académicien, et consacrait officiellement une avance de près de dix ans sur son émule et son futur rival. Perronneau devait attendre près de sept ans avant de livrer à l'Académie ses morceaux de réception.
La même année, le 25 Août, Perronneau exposait au Salon du Louvre cinq portraits ainsi catalogués: