Un petit tableau représentant un Aveugle
62. — Autre représentant un Chien, un Singe etun Chat, peints d'après nature.
Ces deux tableaux tirés du cabinet de M. de Bombarde.
63. — Un tableau appartenant à M. Germain, représentant une Perdrix et des Fruits.
64. — Deux tableaux pendants sous le même numéro, représentant des Fruits, tiré du cabinet de M. Chassé.
65. — Un tableau représentant du Gibier, appartenant à M. Aved.
.… Il est des ouvrages qui n’ont pas besoin de numéro pour en indiquer le maître : tels sont ceux de M. Chardin, c’est-à-dire du peintre qui rend la nature avec le plus d’exactitude et de vérité. Le plan que je me suis fait ne me permettant pas de parler de tous les tableaux qui ont du mérite, je choisirai de préférence parmi les siens celui qui représente une jeune fille qui récite son évangile. Ce que M. de Fontenelle a dit d’un philosophe est vrai à la lettre de M. Chardin. Il prend la nature sur le fait. Il a l’art de saisir ce qui échapperoit à tout autre. Il y a dans ce tableau, qui n’est que de deux figures, un feu et une action qui étonnent; il y a tant d'expression dans la tête de la jeune fille qu’on croit presque l’entendre parler: on lit sur son visage le chagrin intérieur qu’elle éprouve de ce qu'elle ne sçait pas bien sa leçon. Les figures sont dessinées, éclairées, et touchées de cette manière aussi sçavante que spirituelle qui lui est propre. M. Chardin n’a pris celle d'aucun autre maître, il s’en est fait une particulière et qu’il seroit dangereux de vouloir imiter. On trouve dans ses tableaux une couleur vraie, un dessin exact et l’imitation de la nature la plus spirituelle; il en rend les plus petits détails avec toute la patience des peintres flamands, mais son pinceau a la force de celui des bons maîtres de l’Italie. Il n’y laisse pas appercevoir toute la peine que se donne M. Chardin pour finir ses ouvrages: et c'est ce qui y ajoute un nouveau mérite. C’est, au jugement d’un des maîtres de l’art, ce qui en suppose le plus:
Maxima deinde erit ars, nihil artis inesse videri.
(Du Fresnoy, De Arte Graphica.)
enr
C'est aussi une des parties qui distinguent le plus ce tableau, qui représente un philosophe lisant dans son cabinet, que contre son ordinaire, M. Chardin a peint de grandeur naturelle, et où les connoisseurs trouvent la vérité de la couleur et de l'expression jointe à l'exactitude et à la finesse du dessin.
Observations sur les ouvrages de MM. de l'Académie de peinture et de sculpture, exposés au Sallon du Louvre en l'année 1753, p. 23, 24 et 25 (par M. l'abbé Le Blanc).
On ne sera pas en droit de reprocher à M. Chardin d’être plagiaire, soit pour le choix de ses sujets, soit pour la manière de les rendre. Il s'est créé un genre nouveau et qui est tout à lui. Son talent est de peindre des actions simples et naïves avec une vérité surprenante. Mais ne croyez pas que ce choix demande peu d'invention: il y a un art adrnirable à saisir, dans une action,le moment le plus heureux, et dans les personnages, l'attitude la plus convenable.
Du creux de la cervelle, un trait naïf s’arrache,
disoit M. de La Motte: rien n’est en effet plus difficile que de rendre le naturel avec cette vérité piquante qui en fait tout le mérite et l'agrément. Cet habile artiste a exposé plusieurs tableaux, sçavoir : l'Éducation, ou une mère qui fait répéter quelque leçon à sa fille, le Dessinateur, le Philosophe et le Portrait d'un Quinge-Vingt, outre deux tableaux de fruits accompagnés de vases et de sujets d'animaux.
La touche et les teintes de ces différens morceaux sont des plus singulières. C’est un travail qui ne produit tout son effet qu’à une certaine distance ; de près le tableau n'offre qu’une sorte de vapeur qui semble envelopper tous les objets. On peut comparer cette méchanique à la manière noire de la gravure, composée, comme on sait, de petits grains qu’on use et qu’on polit plus ou moins, suivant les ombres et les clairs. Au reste cette pratique est séduisante, mais elle demande
sûrement beaucoup de patience et de tems.
Le Salon, 1753, p. 23 et 24 (par Jacques La Combe).
M. Chardin nous a donné cette année du nouveau et même de l’étonnant, non pas pour ceux qui connoissent son mérite, mais pour le public en général. C'est un grand tableau représentant un philosophe occupé à sa lecture; pour l'effet il peut aller de pair avec le Reimbrant; mais l'exactitude et la finesse du dessin le mettent au-dessus. Il y a dans la tête du philosophe une attention autant bien exprimée qu’il est possible : tout le reste, les livres usés par l'étude, la plume, le cornet, le tapis de la table, rien ne diffère de la nature. Tous ses autres ouvrages sont aussi fort beaux, mais moins surprenant parce que le petit étant son goût ordinaire, on est accoutumé de voir des chefs-d’œuvre de lui dans ce genre.
Lettre sur l'exposition des tableaux au Louvre, avec des notes historiques par Huquier, 1753, p. 27 et 28.
M. Chardin a continué de plaire par une manière piquante qu'il ne doit qu’à lui et que personne n’a que lui; son pinceau qui n’a jamais été si fécond, s’est surpassé dans le tableau qui représente un Philosophe occupé de sa lecture, et dans les animaux de même proportion, faits avec toute la beauté de la touche, et la vérité d’une couleur des plus riches.
Exposition des ouvrages de l’Académie royale de peinture et de sculpture, faite dans une salle du Louvre le 25 août 1753,
p. 4 et5.
M. Chardin a exposé sept tableaux différens, dont plusieurs représentent des animaux et des fruits que l’on aimeroit davantage s'ils n’avoient pas de si mauvais voisins. Un bon tableau de sa façon est celui qui représente un philosophe occupé de sa lecture. Ce caractère est rendu avec beaucoup de vérité. On voit un homme en habit et bonnet fourés, appuyé sur une table et lisant attentivement un gros volume relié en parchemin. Le peintre lui a donné un air d'esprit, de réverie et de négligence qui plait infiniment. C'est un lecteur vraiment philosophe qui ne se contente point de lire, qui médite et approfondit, et qui paroit si bien absorbé dans sa méditation qu'il semble qu'on auroit peine à le distraire. Ce morceau d’ailleurs est peint avec force et j'en ai été très satisfait. Trois autres jolis morceaux du même auteur représentent un dessinateur, une jeune fille qui récite son évangile, un aveugle. Dans le premier, on voit un peintre assis, le crayon à la main, qui étudie avec application le beau Mercure de M. Pigalle, et qui se dispose à en bien saisir les contours; derrière lui, un élève ayant un rouleau sous le bras, examine le travail de son maître. Ce sujet est agréable et il est traité fort naturellement. Dans le second tableau on voit une jeune fille, les yeux baissés, dont la mémoire travaille et qui récite devant sa mère. Celle-ci est assise et écoute de cet air un peu pédant que l’on a en faisant répéter une leçon. Ces deux expressions sont d’un naïf charmant. Dans le dernier tableau, plus petit que tous les autres, on voit un Quinze-Vingt debout, le bâton à la main, et tenant une lesse à laquelle un petit chien est attaché. L’attitude, l’air débile, la façon de mouvoir le bâton, sont d’un véritable aveugle. L’habillement, et pour la forme et pour la crasse, exprime un parfait Quinze-Vingt.
Jugement d'un amateur sur l'exposition des tableaux. Lettre à M. le marquis de V*** (par l'abbé Laugier). Sur l’exemplaire de la collection Deloynes au Cabinet des Estampes (Yb. 2816), nous relevons cette note manuscrite : « Cette lettre mérite d’être lue et relue avec la plus grande attention, il y a des réflexions excellentes et bien fines. »
Comment peut-on ne pas être vivement affecté de la vérité, de la naïveté des tableaux de M. Chardin? Ses figures, dit-on, n’ont jamais d'esprit : à la bonne heure; elles ne sont pas gracieuses : à la bonne heure; mais en revanche n’ont-elles pas toutes leur action? N'y sont-elles pas toutes entières? Prenons pour exemple la répétition qu'il a exposée de son dessinateur: on prétend que les têtes en sont louches et peu décidées. A travers cette indécision perce pourtant l’attention de l’une et l’autre figure: on doit, ce me semble, devenir attentif avec elles. L'effet du pendant de ce premier tableau, ou la répétition de la diseuse d'évangile, que nous ne connoissions pas encore, n’est pas à beaucoup près, aussi piquant, quoiqu'il dût sans doute l’être davantage à raison de sa composition. L’auteur a opposé des lumières trop blanchâtres, trop peu coloriées, à des ombres qui ont précisément leur juste degré de vigueur. Il règne d’ailleurs partout un brouillard qui ne se dissipe ni de près, ni de loin, et que je crois avoir raison de regarder comme l'effet d’une touche trop molle, trop indécise.
Que celle-là diffère de celle du philosophe occupé de sa lecture, que le même auteur a peint ou plutôt qu'il peignit en 1734! Qu'elle est large ici! qu’elle est fière! que les masses d'ombre et de lumière sont d’un beau choix! que l'action de la figure est bien caractèrisée! M. Chardin a pris depuis quelques années le parti de fondre; il lèche, il finit à présent ses ouvrages. Gagnons-nous à ce changement de manière ou de façon de faire? Les bons connaisseurs prétendent que non.
J'ajouterai à ce qu’on a déjà dit du petit Quinge- Vingt peu de bien, parce qu’on l’a déjà vanté par beaucoup d’endroits, et peu de mal aussi, parce qu’il n’y en a pas beaucoup à dire. J'observerai que, quelque trivial que soit le choix de ce sujet, quelque isolé que celui-ci paroisse (je ne sçay si je me fais entendre), l’auteur en a sçu faire, à force d’ailleurs d’art et de magie, un petit tableau très piquant. Voilà le bien. J’observerai encore que les plis de la robe, dont la couleur est extrêmement vraie, ne jouent pas assez, et que le chien de cet aveugle me paroit fort ressembler à celui de la Mère laborieuse. Voilà le mal. Mes coups, comme vous le voyez, ne sont pas mortels.
Il me reste à parler des tableaux de fruits et d'animaux que ce même artiste a exposés, sans doute pour la seconde fois, puisqu'ils datent de plus loin encore que le Philosophe. À en juger absolument, sans aucune comparaison, je n’aurois qu'un reproche à leur faire, et ce reproche ne tomberoit même que sur un de ceux de la première espèce dont le fond a peut-être poussé. Quoiqu'il en soit, ce fond est à présent aussi colorié que les objets: ceux-ci ne sortent plus; ils ne font presque pas d'effet.
Sentiments d'un amateur sur l'Exposition de tableaux du Louvre, et la critique qui en a été faite, 3e lettre, p. 34 et suiv. (par l'abbé Garriques de Froment).
M. Chardin a exposé entre plusieurs tableaux très médiocres, celui d’un chimiste occupé à sa lecture. Ce tableau m'a paru très beau et digne de Rembrandt, quoiqu’on n'en ait guère parlé.
Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et Diderot. Paris 15 septembre 1753.
Je pense bien, Monsieur, que vous n'aurez pas vu indifféremment les tableaux du Sr Chardin. Nous nous sommes souvent entretenus du métier original de ce peintre. Il est certain qu'il joint au talent particulier de voir dans la nature des naïvetés et des finesses qu’elle cache aux autres, celui de les rendre avec une vérité d’illusion qui paroit toujours neuve, et qui attache indépendamment de la médiocrité du sujet. J’estime beaucoup son intelligence dans les jets de lumière, sur tous les objets qu’occupent le lieu de la scène, et qui, sans être violente comme celle des flambeaux, les éclaire dans un ton neuf et entièrement vrai, on a admiré la bouderie et l'ennui de la petite fille à qui l’on fait réciter sa leçon. Les caractères de sa maîtresse et de l’écolière son bien pris dans la nature. Son aveugle mendiant n’est point inférieur aux autres. On a seulement remarqué qu’il fait marcher l’aveugle et reposer le chien. Ce petit défaut d'attention n'ôte rien à la beauté du tableau. Son jeune homme qui dessine d'après la bosse a eu beaucoup d’éloges, quoique ses jambes et celles de son camarade debout derrière lui, ayent paru un peu longues, et la figure qu’il copie n'être qu'ébauchée. Bien des personnes ont remarqué de l’affoiblissement dans les touches de son pinceau ordinairement fermes et hardies, quelques-unes ont été trouvées lâches, molles et moins fines, surtout dans son dessinateur, et sa petite fille.
Sentiments sur quelques ouvrages de peinture, sculpture et gravure écrits à un particulier de province, 1754, p. 124 et 125 (par M. de La Fond de Saint-Yenne).
M. Chardin a donné cette année jusqu'à huit tableaux. Ce peintre exact, toujours occupé à des petits objets, y fait briller le génie de la plus grande composition. La situation des doigts, une fleur, le pavé d’un appartement, tout en lui laisse connoitre le grand ouvrier. Rien n’est négligé dans ses productions, tout
y est accordé avec une intelligence étonnante. La lumière et ses dégradations les plus délicates ne lui échappent pas. Il embrasse peu; mais il achève tout ce qu'il entreprend. Pourquoi n'est-il pas toujours également heureux dans le choix de ses sujets? D'aussi grands talents devroient-ils être employés à peindre une nature informe et peu agréable? Peut-on lui pardonner d'avoir fait un très beau tableau d’un écolier qui dessine d’après le Mercure de M. Pigalle? Le lieu de la scène est un mauvais grenier rendu avec beaucoup de vérité. Il y a deux figures qui ont des jambes trop longues, des phisionomies communes et un air dégoutant; tout cela est pris dans le vrai et non dans la belle nature. C’est bien peu connoître ses avantages que de ne pas choisir ce qui peut flatter les sens et rire à l'imagination. L’art peut-il jamais réparer les disgrâces d’un mauvais choix? Le groupe de marbre qui orne ce tableau fait un effet surprenant. Il est bien dessiné sans qu’on y remarque aucun trait distinct. Le contour est perdu dans la vérité des couleurs.
Le morceau le plus frappant de ce maître est un Quinge- Vingt. IL y a encore le portrait d'un chymiste en grand et qu'on prendrait pour un Rembrant. Ce n’est pourtant pas dans cette composition qu’on voit la plus grande illusion de la couleur. Il y a plus d'effet dans la représentation d’une jeune fille qui récite son évangile. La couleur de ce tableau est d’une fraîcheur reposée et plus mœælleuse que toutce que vous avez jamais vu de ce maître. On peut dire que M. Chardin acquiert tous les jours.
Lettre à un ami sur l'exposition des tableaux faite dans le grand Salon du Louvre, le 25 août 1753, p. 87, 88 et 89 (par Estève).
.… Mais rien n'égale l'indécence et la déraison avec lesquelles il (l'auteur de la lettre ci-dessus) parle des ouvrages de M. Chardin. I] lui reproche de ne pas s’attacher à la belle nature ; il s'efforce de tourner en ridicule le beau tableau de ce maître représentant de jeunes élèves, dont l’un dessine d'après le Mercure de M. Pigalle; il trouve un air dégoutant aux deux figures de ce tableau; et son imagination, qui aime sans doute à se promener dans de beaux appartements, ne voit avec déplaisir qu'un mauvais grenier dans l’attellier des jeunes disciples. M. Chardin peut se consoler de dégouter de pareils curieux. Le suffrage unanime des vrais connoisseurs le dédommage avec usure. L'auteur croit réparer ses froides railleries et ses pitoyables critiques en louant le petit Quinze- Vingt de ce grand maître et en prononçant ridiculement On peut dire que M. Chardin acquiert tous les jours.
Lettres sur quelques écrits de ce temps au sujet des tableaux qui ont été exposés dans le grand Salon du Louvre en 1753 (Lettre XV, Collection Deloynes, vol. 5), p. 331 et 332.
Notre auteur, après avoir conseillé amicalement à M. Boucher d'imiter la nature, passe à M. Chardin comme à un de ses plus exacts imitateurs, et il lui donne des éloges justement mérités. Ici, je vous l'avoue, je me trouve embarassé : je cherche où l’auteur d'une lettre à un ami a pris tout le bien qu'il dit de Chardin; car je sens bien qu'’iln’a pas pu le deviner lui-même; il aura sans doute entendu quelques artistes qui parloient par effusion de cœur. J'en veux à ces indiscrets; que ne le laissoient-ils faire tout seul? Qu'arrive-t-il de là? Il relève sa composition, qui est toujours d’une simplicité étonnante et d'un naturel admirable, la connoissance parfaite qu'il a des effets et de la dégradation de la lumière, la force et la vérité de son coloris, jointes à une harmonie totale du tableau dans lequel il excelle; et me voilà forcé de convenir qu'il a
raison. Rassurez-vous, monsieur, l’auteur va reparaître : il faut bien qu’il fasse quelque nouvelle bévue. Il n’a pu se résoudre à finir l’article de M. Chardin sans lui faire une mauvaise chicane. Il est question du tableau où sont représentés deux élèves, dont un dessine d’après le Mercure de M. Pigalle. Il lui reproche « d’avoir placé la scène dans un mauvais grenier, les deux figures, dit-il, ont des jambes trop longues, des physionomies communes et un air dégoutant; enfin c'est une nature informe et peu agréable». Sur cette belle description, ne vous imaginez-vous pas un galetas traversé de poutres et de chevrons, des murailles à demi ruinées, enfin toutes les saletés qui se trouvent dans un mauvais grenier ? Ne vous représentezvous pas des caractères de têtes bas et dans le genre d'Ostade au coloris livide? Autrement, sur quoi tomberoit le terme dégoutant? Enfin des élèves vêtus d’habits malpropres et déchirés! Eh bien! monsieur, il n’y a rien de tout cela; le lieu de la scène n’est pas même un grenier, c'est une salle ou une antichambre propre et dans l’état de simplicité qui convient à un lieu consacré à l'étude, Les têtes n’ont rien de bas ni de désagréable; elles ont même de la finesse; le coloris de leur visage est vif et frais, comme il l’est ordinairement à l’âge de seize ou dix-huit ans. Si ces élèves ont les jambes longues et menues, c'est un des caractères distinctifs de l’adolescence. Enfin ils sont vêtus proprement et comme le doivent être des enfans de bourgeois dans l’état de médiocrité qui laisse assez d'aisance pour étudier les arts tout le temps que cette étude demande, sans procurer assez de superflu pour y causer du relâchement : c’est l’état le plus favorable pour former d'excellens artistes. Au reste, tous les accessoires de ce tableau sont également convenables au sujet, sans aucun objet bas, ni rien qui sente la misère ou qui avilisse l’art qu'ils étudient. Ceux qui prennent tout cela pour une nature informe, ignorent apparemment que chaque âge a ses grâces particulières. Que peut-on trouver dans ce tableau qu'on doive accuser de mauvais choix? Et pourquoi M. Chardin n'auroit-il pas dû traiter ces objets aussi bien que tout autre? Je soupçonne que ce critique n'est pas dans l'habitude de penser avant que d'écrire. J'ignore par quelle raison il ne trouve point dans le chimiste peint en grand, « l'illusion de la couleur » car c'est précisément cette partie de l’art et l'harmonie générale qui sont le mérite le plus frappant de cet excellent morceau. I] lui a plu aussi de passer sous silence deux tableaux d'animaux du même artiste, dont l’un représente un singe, un chien et un chat; l’autre un lièvre mort. Ces deux morceaux sont cependant très beaux, non seulement par la vérité de l'effet, mais encore pour la largeur et la hardiesse du pinceau; ils sont touchés en grand maître. Mais ne le querellons pas de ce qu’il n’a pas dit tout ce qu'il devroit dire, nous n’en trouverons que trop de sujet dans ce qu’il a hazardé mal à propos.
Lettre à un amateur, en réponse aux critiques sur l'Exposition des tableaux, p. 10, 11 et 12 (par Joubert). Cette lettre répond à la même critique que la citation précédente.