Un tableau d'animaux
.….Je ne sçai si M. Chardin a cru s'acquitter envers le public en lui donnant les fruits de ses loisirs; on dit que c'étoit la crainte des éloges qui l’avoit déterminé à ne rien faire paroître de considérable. Ce motif est bien louable; c'est sans doute celui qui a retenu aussi M. Boucher. Des gens mal intentionnés ont répondu que les critiques faites à l'exposition
dernière l’avoient indisposé au point de vouloir tirer cette petite vengeance du public injuste; seroit-il possible qu'un homme d’un mérite aussi supérieur eût pu être sensible à des bagatelles de cette nature; la meilleure manière d’anéantir la critique, étoit de nous offrir les excellents ouvrages qu'on sçait qu’il a fait depuis deux ans; nous espérons le voir ramener sur ses pas les grâces dont il est le peintre.
Lettre sur le Salon de 1755, adressée à ceux qui la liront. Amsterdam 1755, p. 67 et 68.
La vérité de la couleur ne quitte jamais M. Chardin, il a peint un bas-relief imitant le bronze dont l'illusion est parfaite, comme aussi un tableau d’animaux, à qui il ne manque, comme on dit, que la parole.
Lettre à un partisan du bon goût sur l'Exposition des tableaux faite dans le grand Salon du Louvre, le 28 août 1755, p. 0.
Quoiqu'il en soit, l'éloge que vous faites de M. Chardin est puisé dans la vérité et je me garderai bien de vous contredire à son égard.
Réponse à une Lettre adressée à un partisan du bon gout sur l'exposition, etc., p. 14.
Réponds-moi, célèbre Chardin, quand la Peinture jalouse, surmontant enfin ta philosophie et ton indifférence, pour des succès à la vérité trop certains, peut te faire reprendre en main ses pinceaux, et tracer à loisir ces images de la nature si sincères, si affectueuses, si naïves; quelle magie, quel art inconnu jusqu'à toi, peut diriger leur méchanisme enchanteur? Tout plait dans la décoration de tes Tableaux, leur sujet et leur exécution. L'œil trompé par tant de légèreté et la facilité apparente qui y règne, voudroit en vain, par son attention et ses recherches multipliées, en apprendre d'eux le secret; il s'abîme, il se perd dans ta touche; et lassé de ses efforts, sans être jamais rassasié de son plaisir, il s'éloigne, se rapproche, et ne la quitte enfin qu’avec le serment d'y revenir.
Que ton exemple et tes succès sont séduisänts ! Un transfuge de l'Histoire (Jeaurat), épris comme toi des charmes négligés de la nature, oublie quelquefois les faveurs dont Glio l’a comblé pour mêler à ses lauriers quelques-unes de ces fleurs sans nombre dont ta tête se couronne. Il n’est pas le seul.
Caractère des peintres françois actuellement vivants. Nouvelle édition, p. 5 et 6.
.… Mais quoiqu'il en soit de ce plan général, l’auteur passe aux détails; il suit tous nos grands peintres, il paye à chacun le tribut de louange qui lui est dû. « Tout plait, dit-il du célèbre Chardin, dans la décoration de ses tableaux, leur sujet et leur exécution. L'œil trompé par leur agréable légèreté, et la facilité apparente qui y règne, voudrait en vain, par son attention et ses recherches multipliées, en apprendre d'eux le secret: il s’abime, il se perd dans ta touche, et lassé de ses efforts, sans être jamais rassasié de son plaisir, il s'éloigne, se rapproche, et ne le quitte enfin qu'avec le serment d'y revenir. » Il faut se ressouvenir que ceci est une Ode : composition où il entre nécessairement de l'enthousiasme, du désordre et quelque chose de mystérieux. Voici un jugement peut-être trop clair: On dira à l'avenir, Chardin est le La Fontaine de la Peinture, Feaurat en est le Racine.
La Peinture. Ode de Milord Telliab, traduite de l'anglais par M**, et Jugement d'un amateur sur l'Exposition des tableaux à M. V**. Collection Deloynes, t. V, p. 621 et 622.
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