‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 50 sur 308 · Un panier de prunes · texte numérisé non relu

Un panier de prunes

Placez sur un banc de pierre un panier d’osier plein de prunes, auquelune méchante ficelle serve d’anse, et jetez autour des noix, deux ou trois cerises et quelques grapillons de raisin.

Cet homme est le premier coloriste du Salon, et peut-être un des premiers coloristes de la peinture. Je ne pardonne point à cet impertinent Webb d'avoir écrit que l’école française n'avait pas même un médiocre coloriste. Vous en avez menti, M. Hogarth, c'est de votre part ignorance ou platitude. Je sais bien que votre nation a le tic de dédaigner un auteur impartial qui ose parler de nous avec éloge : mais faut-il que vous fassiez bassement la cour à vos concitoyens aux dépens de la vérité? Peignez, peignez mieux si vous pouvez. Apprenez à dessiner et n’écrivez point. Nous avons, les Anglais et nous, deux manières bien diverses. La nôtre est de surfaire les pro-

ductions anglaises, la leur est de déprécier les nôtres. Hogarth vivait encore il y a deux ans. Il avait séjourné en France, et il y à trente ans que Chardin est un grand coloriste.

Le faire de Chardin est particulier. Il a de commun avec la manière heurtée, que de près on ne sait ce que c’est, et qu’à mesure qu'on s'éloigne, l'objet se crée et finit par être celui de la nature. Quelquefois aussi il vous plait presque également de près que de loin. Cet homme est au-dessus de Greuze de de toute la distance de la terre au ciel, mais en ce point seulement. Il n’a point de manière; je me trompe, il a la sienne. Mais puisqu'il a une manière sienne, il devrait être faux dans quelques circonstances, et il ne l’est jamais. Tâchez, mon ami, de vous expliquer cela. Connaissez-vous en littérature un style propre à tout? Le genre de peinture de Chardin est le plus facile; mais aucun peintre vivant, pas même Vernet, n’est aussi parfait dans le sien,

Diderot. Œuvres complètes. Correspondance avec Grimm. Salon de 1765. Ed. Assézat. t. X, p. 209.

38. — Deux tableaux sous le même numéro, représentant divers instruments de musique.

Ces tableaux ceintrés, d'environ quatre pieds six pouces de large, sur trois pieds de haut, sont au Roi, et destinés pour les appartements de Belle-Vue.

Commençons par dire le secret de celui-ci (Chardin). Cette indiscrétion sera sans conséquence. Il place son tableau devant la nature, et il le juge mauvais, tant qu'il n’en soutient pas la présence.

Ces deux tableaux sont très bien composés. Les instruments y sont disposés avec goût. Il y a dans ce désordre qui les entasse une sorte de verve. Les effets de l’art y sont préparés à ravir. Tout y est, pour la forme et la couleur, de la plus grande vérité, C’est là qu’on apprend comment on peut allier la vigueur avec l'harmonie. Je préfère celui où l’on voit des timbales; soit que ces objets y forment de plus grandes masses, soit que la disposition en soit plus piquante. L’autre passerait pour un chef-d'œuvre sans son pendant.

Je suis sûr que lorsque le temps aura éteint l'éclat un peu dur et cru des couleurs fraîches, ceux qui pensent que Chardin faisait encore mieux autrefois changeront d'avis. Qu'ils aillent revoir ces ouvrages lorsque le temps les aura peints. J'en dis autant de Vernet et de ceux qui préfèrent ses premiers tableaux à ceux qui sortent de dessus sa palette.

Chardin et Vernet voient leurs ouvrages à douze ans du moment où ils peignent, et ceux qui les jugent ont aussi peu de raison que ces jeunes artistes qui s’en vont copier servilement à Rome des tableaux faits il y a cent cinquante ans. Ne soupçonnant pas l’altération que le temps a faite à la couleur, ils ne soupçonnent pas davantage qu'ils ne verraient pas les morceaux des Carrache, tels qu’ils les ont sous les yeux, s'ils avaient été sur le chevalet des Carrache, tels qu'ils les voient. Mais qui est-ce qui leur apprendra à apprécier les effets du temps? Qui est-ce qui les garantira de la tentation de faire demain de vieux tableaux, de la peinture du siècle passé? Le bon sens et l'expérience.

Je n’ignore pas que les modèles de Chardin, les natures inanimées qu'il imite, ne changent ni de place, ni de couleur, ni de formes; et qu'à perfection égale, un portrait de La Tour a plus de mérite qu'un morceau du genre de Chardin. Mais un coup de l'aile du temps ne laissera rien qui justifie la réputation du premier. La poussière précieuse s'en ira de dessus la

toile, moitié dispersée dans les airs, moitié attachée aux longues plumes du vieux Saturne. On parlera de La Tour, mais on verra Chardin. O La Tour!

Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverter

On dit de celui-ci qu'il a une technique qui lui est propre, et qu'il se sert autant de son pouce que de son pinceau. Je ne sais ce qui en est. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je n’ai jamais connu personne qui l'ait vu travailler; quoi qu'il en soit, ses compositions appellentindistinctement l’ignorant et le connaisseur. C’est une vigueur de couleur incroyable, une harmonie générale, un effet piquant et vrai, de belles masses, une magie de faire à désespérer, un ragoût dans l’assortiment et l'ordonnance. Éloignez-vous, approchez-vous, même illusion, point de confusion, point de symétrie non plus, parce qu’il y a calme et repos. On s'arrête devant un Chardin comme d'instinct, comme un voyageur fatigué de sa route va s'asseoir, sans presque s’en apercevoir, dans l'endroit qui lui offre un siège de verdure, du silence, des eaux, de l'ombre et du frais.

Diderot. Œuvres complètes. Correspondance avec Grimm. Salon de 1767. Ed. Assézat. T. XI, p. 07.

31. — Les attributs des arts et les récompenses qui leur sont accordées.

Ce tableau, répétition avec quelques changements de celui fait pour l’Impératrice des Russies, appartient à M. l'abbé Pommyer, conseiller de la Grand Chambre du Parlement, Honoraire, Associé libre de l’Académie. Il a environ cinq pieds de large sur quatre pieds de haut.

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