Deux tableaux de Gibier sous le même No
Le Cabinet des Estampes possède un exemplaire du livret du Salon de 1769 (Yb. 121 b. Res), orné de dessins de Gabriel de Saint-Aubin très précis d’après les Attributs des Arts, etc., la Pourvoyeuse, la Hure de sanglier, les deux bas-reliefs et une des natures mortes, qui permettent des identifications.
Une imitation parfaite de la nature rendue d'une touche libre et sçavante, a fixé depuis long-tems le rang de M. Chardin dans l’École Françoise. On voit de ce maître différents tableaux de fruits; quelques-uns imitant des bas-reliefs; une femme qui revient du marché, et un grand tableau de cinq pieds de large sur quatre de haut où sont représentés les attributs des arts et les récompenses qui leur sont accordées. Ce tableau se
fait remarquer par un coloris vigoureux et transparent, et par une intelligence de clair obscur qui fait douter si ce qui est représenté n’est pas la chose même.
L'Avant Coureur du lundi 11 septembre 1769, n° 37.
M. Chardin nous a fait voir plusieurs Tableaux qui nous font l'école de l'harmonie; ce peintre est un de ceux à qui la nourriture des bons principes a donné un tempérament assez vigoureux, pour conserver jusque dans un âge assez avancé toute la force du talent; pourquoi, avec un pareil mérite et toujours en état de soutenir la haute réputation qu'il s'est acquise, pourquoi avoir recours à d'anciennes productions pour se faire admirer. Ce reproche, si c’en est un, est fondé sur le tableau d'une femme qui revient du marché et d’un autre représentant les attributs des arts et les récompenses qui leur sont accordées, que l’on croit avoir vus déjà exposés à différens Salons: on peut en dire autant de M. Vernet.
Lettre adressée aux auteurs du journal encyclopédique au sujet des ouvrages exposés au Salon du Louvre en 1769.
Voyez-vous les différents fruits Que cette corbeille enserre?
De leur tendre duvet, la suavité, l'éclat, La naïveté séduisante La fraîcheur vive, appétissante, Dans l'œil confond le gout, le tact et l’odorat.
Exposition des tableaux du Louvre faite en l'année M DCC LXIX par M. de Comburat. À propos des tableaux de fruits de Chardin, Desportes et Bellanger, Genève et Paris. 1769, p- 18.
Le tableau que M. Chardin, ce peintre charmant de la nature ” et de la vérité, a composé sur les attributs des arts et les récompenses qui leur sont accordées, est d'une vigueur admirable: il en est de même des deux Bas-Reliefs qu'il a très bien rendus. Ce n’est pas seulement le degré d’illusion auquel il est parvenu qui rend ses tableaux dignes de la plus haute estime; ils le sont encore plus par la manière fière, hardie et large dont ils sont peints. Le caractère de cet auteur est de peindre avec une force de magie harmonieuse qui étonne les Peintres même les plus habiles. Tous ses tableaux ont ce mérite. On ne doit pas oublier celui d’une servante qui revient du marché. On a revu avec le plus grand plaisir ce genre naïf et vrai que M. Chardin a créé et que personne n’a pu imiter encore avec succès.
L'Année littéraire. Lettre XIII, année 1769, p. 296 et 207.
M. Chardin peintre, né avec ce tact si juste pour saisir la couleur de la nature, rend intéressant par l’art et la vérité, tout ce qui se présente à son imagination, et fait voir dans ses Tableauxune source de principes excellens pour tous les genres : large sans affectation, dans ses lumières, dans ses effets comme dans sa touche, il met le ton juste et local à chaque chose, par une combinaison de mille autres tons qui n'appartiennent qu’à lui ; puis la distance nécessaire d'un objet à l’autre, et tout cela d'un ton ferme et lumineux. Qui ne serait flatté de faire un tableau d'histoire aussi vrai, aussi décidé que ce Mercure et cet attribut des arts, qui, à toute heure du jour, jusqu’au soir même, garde son effet comme tous les autres ouvrages. Les