CHAPITRE VI Les Tours de cartes
Le Buffet (Musée du Louvre).
La Pourvoyeuse {Musée du Louvre) La Lettre (Galerie Alberlina, Vienne) Portrait de Rameau (Musée de Dijon)
Portrait de Chardin par lui-même (Musée du Louvre).
La Ménagère (Collection de M. le baron H. de Rothschild) . Raisins et Grenades, nature morte (Musée du Louvre) Les Amusements de la vie privée .
La Fontaine de cuivre (Musée du Louvre) .
La Maïtresse d'école (Collection de M. le baron H. de Rothschild) .
Fillette au moulin (Collection de M. le baron H. de Rothschild). Les Bouteilles de savon (Collection de M. Jacques Doucet) L'Écureuse (Collection de M. le baron Henri de Rothschild). Dessinateur taillant son crayon (Palais Impérial, Berlin) .
L'Instant de la méditation .
La Fillette au volant (Collection de M. le baron H. de Rothschild) .
L'Homme à la boule (Musée du Louvre).
La Fontaine (Musée nalional de Stockholm).
PavRatisseuse (Palais impérial Berlin)
Le Souffleur, portrait d'Aved (Colleclion de M. Bureau) .
Le Décrotteur (Galerie Albertina, Vienne) . LP AIT Gobelet d'argent et fruits divers (Collection de M. Ch. Masson).
Dame cachetant une lettre (Palais Impérial, Berlin).
éeos » 89 » 93 : 99 » 103 » 108 Page du Catalogue.
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PORTRAIT DE CHARDIN, par lui-même
MUSÉE DU LOUVRE
{| Photographie Braun. Clément et Ci
ÉSÉPODE.S DC DESSIN
D'APRÈS LA GRAVURE DE LE Bas
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EAN-BAPTISTE-SIMÉON CHARDIN est né à Paris le 2 novembre 1699. Voici son acte de naissance, d’après les Archives de l’état civil:
«Paroisse de Saint-Sulpice, 1699. Ledit jour troisième novembre, a été baptisé Jean-Siméon, né le jour précédent, fils de Jean Chardin, maître menuisier, et de
Jeanne-Françoise David, sa femme, demeurant rue de Seine, maison du sieur Jean Chardin; le parrain, Siméon Simonet, aussi menuisier, la marraine, Anne Bourgine, femme de Jacques Le Riche, menuisier, laquelle a déclaré ne sçavoir signer.»
Chardin est donc né en plein Paris, sur la rive gauche, dans cette rue de Seine où il y a encore tant de bouquinistes, de brocanteurs et d’antiquaires, et où l'amateur peut encore, en cherchant bien, dénicher l'épée rare, l'armure bien trempée, le vieux Rouen, les Nevers aux figures italiennes, voire même les gravures d’après ce Chardin qui y a gambadé dans le ruisseau, et joué à ces jeux que Saint-Aubin a dessinés d'une main si leste, au milieu des cris poussés par des bonshommes à la Boucher. Sa famille? De braves artisans, un milieu d'ouvriers. L'un des témoins déclare ne pas savoir signer! Le père fabriquait spécialement des billards pour le roi. L'enfant qui devait être un si grand artiste ne reçut donc pas grande éducation: on se préoccupa surtout de lui donner un gagne-pain, et il devint menuisier, tout comme son père, tout comme les témoins de son baptême.
Mais il est à croire que ce qui doit arriver arrive. Point n’est besoin de forcer la fortune; le talent réel finit par se faire jour, sans qu'il soit besoin de compromissions, de démarches, ni de réclame. L'enfant s’affirmait peintre, et le père, non sans quelque inquiétude pour l'avenir, regrettant en son for intérieur de le voir abandonner un métier modeste, mais sûr, le laissa enfin suivre sa vocation et le fit entrer dans un atelier très connu à cette époque, l'atelier de Cazes, peintre du roi.
Ce Cazes (Pierre-Jacques, né à Paris en 1676, mort à Paris en 1754), avait grandi pour ainsi dire dans le sein de l’Académie. Tout enfant, il avait copié des dessins des professeurs, chez Féron, concierge (c'est-à-dire conservateur) de l’Académie de peinture. Puis il avait reçu les leçons de René-Antoine Houasse, et de Boullongne. Il avait remporté le deuxième prix en 1698, pour un sujet emprunté à l’Ancien Testament, mais, par suite d’un changement de ministère, il n'avait pu profiter de la bourse habituellement accordée aux lauréats de l'Académie, et, quoique pétri d'un enseignement romain, il ne vit pas Rome. Cela ne l’empêcha pas, d’ailleurs, de devenir professeur en 1718, adjoint à recteur en 1737, recteur en 1743, directeur en 1744, et chancelier en 1746. Cette notoriété officielle lui valut beaucoup de commandes de la part des églises, soit parisiennes, soit provinciales. C'est ainsi qu'en 1706, on le voit peindre le mai, sorte de tableau votif que la corporation des orfèvres offrait chaque 1* mai à l'église Notre-Dame; c'était une façon artistique
de célébrer la fête du travaill En fait, ce peintre n'offrait pas grande originalité, si l’on en juge par le tableau qui est au Louvre, et qui représente saint Pierre ressuscitant Tabithe. Cette esquisse terminée provient de la sacristie de Saint-Germain-des-Prés, qui contenait autrefois les esquisses terminées des tableaux de la nef; il n’y a aucune analogie entre cette toile et les œuvres de Chardin; il est impossible d'y trouver une indication, une origine.
L'enseignement que le jeune Chardin recevait dans un atelier pourtant fort renommé en ce temps, ne présentait rien non plus de bien saillant. Les élèves étaient astreints à copier les ouvrages du maître. De modèle, point. D'étude de la nature, il n’était pas question. Comme le jeune artiste était très pauvre, il ne pouvait s'offrir un modèle à lui tout seul, et le profit qu'il retira des leçons de Cazes fut donc très mince.
En réalité, Chardin devait se révéler à lui-même et au public, non par une progression banale et par des étapes qu’on peut déterminer à l’avance chez ce qu’on est convenu d'appeler un bon élève, mais par une série d'à-coups, d'incidents variés, dont l’instantané pique la curiosité, et donne comme un avant-goût de l'originalité artistique de Chardin.
Au sortir de l'atelier Cazes, il avait été pris comme aide par Noël-Nicolas Coypel. Pour débuter, Coypel lui donna à copier un fusil, dans un portrait de chasseurs, et qui plus est, lui demanda de le copier scrupuleusement. Voilà notre jeune rapin bien étonné, lui qui jusque-là n’a peint que de pratique, ou d’après des tableaux strictement académiques. Pour la première fois, il peignait d’après la nature; bien mieux! le maître mit un soin infini à placer cet objet d’une manière propice à l'effet du tableau, et le jeune Chardin eut l'intuition de toute l'importance de la répartition des lumières et des ombres, des plans, du modelé, de la couleur, du clairobscur. Chardin s'était découvert.
Toutefois, peindre des accessoires pour le compte d'autrui, ce n'était encore là qu’une besogne inférieure. Tout au plus voit-on le jeune artiste employé au service de Van Loo, au tarif de cent sols par jour, à la restauration d’une galerie de Fontainebleau. Mais voici un autre événement imprévu, un nouveau coup de lumière dans sa vie. Et ce trait, comme les autres, nous est compté tout au long par Haillet de Couronne, dans son «Éloge de Chardin», qui a paru, avec d’autres biographies d'artistes, dans
les Mémoires inédits sur la vie el les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture el de sculpture (publiés à Paris, chez Dumoulin, 1854, tome Il, par MM. Dussieux, Soulié, Mantz, ele. ).
«Un chirurgien, ami du père de Chardin, demanda au jeune homme de lui faire un plafond ou enseigne pour mettre au-dessus de sa boutique; il y voulait des instruments de son art: les bistouris, trépans et autres. Ce n'était pas ce que Chardin se proposait; il peignit une nombreuse composition de figures. Le sujet était un homme blessé d’un coup d'épée qu'on avait apporté dans la boutique d’un chirurgien, qui visitait sa plaie pour la panser. Le commissaire, le guet, des femmes et autres figures emplissaient la scène; tout y était plein de feu, de remuement et d'intérêt: le tableau n’était que heurté, mais traité avec goût. L'effet en était singulièrement piquant. Un jour, avant que personne fût levé dans la maison du chirurgien, il le fait poser en place. Le chirurgien voit de sa fenêtre la foule des passants qui s’arrêtaient devant sa porte, ce qui l'excite à demander de quoi il est question.
«ll voit ce plafond; il fut tenté de se fâcher, n’y trouvant rien des idées qu'il se souvenait d’avoir confiées à son peintre. Mais les éloges du public pacifièrent un peu son humeur. On juge bien que le tableau fit du bruit...»
Cette enseigne passa aux enchères à la vente du graveur Le Bas, en 1783. Elle fut acquise pour 100 livres par le sculpteur Chardin, neveu du peintre, qui «cerut retrouver dans ce tableau tous les portraits des principaux membres de sa famille que son oncle avait pris pour modèles». Puis cette œuvre disparut, mais un fin connaisseur, M. Laperlier en découvrit une brillante esquisse que la ville de Paris acheta en 1807, et qui figura au Musée Carnavalet jusqu'en 1871, date où elle périt dans les incendies de la Commune. Le seul document qui fasse revivre cette œuvre curieuse de Chardin, est une petite eau-forte de Jules de Goncourt.
Enfin, Chardin eut l’occasion de se signaler en une autre circonstance, non moins curieuse et amusante. Tous les artistes ne pouvaient exposer leurs œuvres au Salon qui ne restait ouvert qu'aux seuls académiciens: il y avait donc, en ce temps-là, place pour un «Salon des refusés». Ce Salon se tenait chaque année, le jour de l'Octave de la Fête-Dieu, à la place Dau-
phine; on l’appelait l «Exposition de la jeunesse», et il ne durait que deux heures.