LA RAQUETTE
Tableau du Chardin, fj;lavc pnv Lcpicic, en 174^.
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l'inclination de l'âge.
Tableau de Chal'diil, gravé pai' f.-L. Sui'ugue flls, en 1743.
avisé avant Chardin. Tout un xviii' siècle, tranquille, honnête et un peu borné, dont les livres ne nous parlaient pas, revit dans ses tableaux d'intérieur. Les braves gens qu'il y met en scène avec plus de vérité que de piquant n'ont rien à démêler avec Versailles ou l'Hôtel de Transylvanie. Ils lisent peu, travaillent beaucoup, élèvent leurs enfants, suent l'impôt, et quand ils se sont couchés enfin pour mourir, d'autres les remplacent qui continuent leur patiente besogne ; toute cette bourgeoisie qui a encore aujourd'hui les mêmes vertus et les mêmes défauts que du temps de Louis XV est vraiment le sel et la force d'une nation : elle n'a plus l'incurie et le laisser aller choquant de la classe ouvrière d'où elle sort; elle n'a pas encore le ridicule empesé et grotesque de la haute bourgeoisie à laquelle elle aspire. Que deviendrait le pays sans cette race de fourmis tenaces et opiniâtres, sans ces bataillons serrés de gagne-petits pour qui la Caisse d'épargne a aujourd'hui remplacé le bas de laine et qui montent incessamment des couches les plus profondes du peuple jusqu'aux hautes régions de la richesse et du pouvoir. Sans doute, il n'en était pas encore tout à fait ainsi du temps de Chardin. La vie était plus calme, le but moins élevé, l'ambition moins âpre, mais les qualités n'ont pas changé, ce sont toujours la simplicité, l'esprit de famille, le goût du travail, l'amour de l'ordre et de l'économie. Tels nous les voyons encore autour de nous, dans ces familles qui sont la vraie France et que l'étranger ne connaît pas, tels nous les retrouvons, à un siècle et demi en arrière, sous les pinceaux de Chardin; habitué à vivre au milieu d'eux, le peintre ne les a pas flattés; il n'en a pas non plus fait des fantoches ou des magots. Il eût pu, comme Greuze le fit plus tard, transformer les incidents de leur existence en lieux communs de prédication et opposer la simplicité de leurs moeurs aux corruptions de l'aristocratie et du trône. Mais son tempérament, fait de bon sens et de mesure, ne s'y prêtait pas et encore moins l'air du temps. C'est donc une copie fidèle de la vie et des habitudes de la petite bourgeoisie que nous avon-s sous les yeux; l'auteur ne s'y est permis ni grattages ni retouches. C'est toujours la même scrupuleuse et intangible vérité dont Chardin s'était fait le patient serviteur. A une conscience aussi incapable de faillir, l'œuvre prend une valeur documentaire qui est inestimable ; pourquoi ne pas dire qu'elle en reçoit aussi un peu de tristesse et de mesquinerie.
Existence bien monotone, en effet, dans le train-train des occupations
J.-B. SIMEON CHARDIN 49 journalières, que celle de la petite bourgeoisie parisienne et dont le reflet grisâtre embrume un peu les tableaux de Chardin. Greuze, qui a surtout peint la province, s'y est trouvé plus à l'aise. Fiançailles, retours de chasse, départs pour la campagne, réunions de familles nombreuses,