‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 30 sur 55 · Gravé par Le Bas · texte numérisé non relu

Gravé par Le Bas

J.-B. SIMÉON CHARDIN -69 sur quinze de large : Une Dame variant ses amusements excita en particulier la verve amère des grincheux. On trouva qu'il aurait pu faire comme la Dame et varier un peu ses œuvres. Une petite plaquette, parue la même année, ne lui mâche pas sur ce point la vérité.

« Le public est fâché de ne voir jamais qu'un tableau d'une main si savante. On m^a dit qu'il en faisait à présent un autre, dont le sujet m'a piqué par sa singularité. Il s'y peint avec une toile posée devant lui, sur un chevalet, un petit Génie, qui représente la Nature, lui apporte des pinceaux, il les prend, mais en même temps la Fortune lui en emporte une partie et, tandis qu'il regarde la Paresse qui lui sourit d'un air d'indolence, l'autre tombe de ses mains. Avec le talent qu'a M. Chardin, quelle satisfaction pour les amateurs s'il était aussi laborieux et aussi fécond que M. Oudry'. »

Dans cette attaque un peu vive il y avait une petite part de vérité. Chardin semble l'avoir senti puisqu'il exposa neuf toiles en une seule fois au Salon de 1753. Sensible à l'excès, narquois et point méchant, il redoutait infiniment la critique. Sa vie à l'écart, où il avait cherché le repos, avait été impuissante à endurcir son cœur contre la souffrance. Vers la fin de sa vie, où tout l'abandonnait à la fois, oia le silence, pjre encore que les criailleries les plus injustes, se faisait autour de lui, il en était venu à penser à la mort sans effroi. « Toutes ces amertumes, disait-il, disposent à quitter la vie avec moins de regret- ». Le mot se trouve cité dans une lettre de Cochin, qui se l'approprie, après une carrière singulièrement plus brillante et plus bruyante que celle de Chardin, mais qui aboutissait après tout à la même conclusion.

1. Jugement sur les principaux ouvrages exposés au Louvre le 27 août l'jbi, à Amsterdam lySi. Dix ans après, Diderot, dont nous avons cite' tant de passages

• * favorables à l'artiste, reprend les mêmes reproches. « Il y a longtemps que ce peintre ne fait plus rien; il ne se donne plus la peine de faire des pieds, des mains. 11 travaille comme un homme du monde qui a du talent, de la facilite' et qui se contente d'esquisser sa pensée en quatre coups de pinceau. Il s'est mis à la tète des peintres négligés, après avoir fait un grand nombre de morceaux qui lui ont mérité une place distinguée parmi les artistes de la première classe. » Œuv. compl. de Diderot, t. X., p. 129-130. Salon de 1761. Ce même Diderot a écrit : « Chardin, se copie volontiers, ce qui me ferait penser que ses ouvrages lui coûtènt beaucoup » (t. XI, p. 409. Salon de I 769). Mais les contradictions ne coûtaient guère à Diderot. Entre ses deux opinions, je préfère opter pour la dernière, sans méconnaître l'influence qu'a pu avoir sur Chardin l'aisance agréable dont il jouissait.

2. L'Art du XVIII" siècle, par les frères de Concourt, 2« série, p. Sqi.

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