‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 5 sur 55 · ARMES DU MARQUIS DE MARIGNY · texte numérisé non relu

ARMES DU MARQUIS DE MARIGNY

Gravure de C. N. Cochin le fils, exécutée en 1754, d'après son propre dessin, pour l'illustration de l'ouvrage : Observations sur les Antiquités d'Herculannm.

Cette lettre, si honorable pour son auteur, peint tout entier Chardin. Sensible et inquiet, voilà ce qu'était en réalité le bonhomme dont la placidité et l'apparente rondeur faisaient illusion aux indifférents. Cochin, qui le connaissait à fond, a bien vu que sous le bourgeois il y avait en lui l'artiste nerveux, frémissant, prompt à l'illusion comme au découragement, avide des éloges même quand il semble les dédaigner, impatient et chagrin des critiques, même quand elles partent de si bas qu'elles ne semblent pas pouvoir l'atteindre. Ce caractère, soigneusement caché dans l'ombre de la vie de famille et pénétré seulement par les intimes, se fait jour chez Chardin à mesure que l'âge avance, que l'humeur tourne au

I. L'Art du XVIII" siècle, par les frères de Concourt, 2» série, p. 408. Chardin eut, du reste, après la mort de Boucher, en 1770, une augmentation de 400 livres. Voici la lettre de remerciements qu'il e'crivit à ce Sujet à M. de Marign)^ et que M. S. Rocheblave a bien voulu me communiquer : « Monsieur, je suis pénétré des nouvelles bontés dont vous venez de m'honorer, retenu à la maison par les infirmités dont je suis accablé, je suis privé de la satisfaction d'aller vous faire mes très humbles remerciements; j'espère saisir quelque moment de suspension pour reniplir ce.idevoir et vous supplie, Monsieur, de vouloir bien recevoir mes excuses dans les circonstances présentes et d'agréer les sentiments du plus profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Chardin, ce 27 juillet 1770 »

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mélancolique ei qu'on est d'autant plus sensible aux injustices qu'on n'a plus l'avenir devant soi pour les confondre. Il est arrivé au moment où Ton doute de soi et oli l'on ne veut pas que les autres doutent de vous : cruelle étape pour un homme comme notre peintre, qui a voué sa vie à l'art et qui n'en retire plus, avant de mourir, l'unique satisfaction à laquelle il était en droit de s'attendre. Que d'artistes ont trop vécu. Chardin fut du nombre, non pour sa gloire, ses merveilleux pastels qui sont au Louvre montrent encore, à plus de soixante-dix ans, la griffe du maître, mais pour son repos et sa tranquillité. La critique le dédaignait, sans qu'il eût la sagesse de lui rendre la pareille .~ On lui en voulait de son amitié inébranlable pour Cochin dont la faveur comme le talent étaient en baisse. Une nouvelle génération se levait qui était, comme toujours, sans pitié pour l'ancienne. Il avait aussi ses maux domestiques ou particuliers qui s'ajoutaient aux souffrances de son amour-propre. Son fils unique, artiste comme lui et qui avait obtenu le prix de Rome en 1754, était mort prématurément et c'était là une douleur que le cœur sensible de Chardin n'avait pu facilement oublier.- Enfin les infirmités étaient venues : il souffrait depuis longtemps d'une maladie de vessie qu'il s'était toujours refusé à soigner autrement que par l'eau : petite manie comme tous les hommes en ont en vieillissant et qui n'était peutêtre pas d'ailleurs aussi sotte qu'elle en avait l'air. Toutes ces causes réunies firent au pauvre Chardin une fin assez triste. Mais y en a-t-il beaucoup qui soient gaies? Il mourut le 6 décembre 1779. Il avait quatre-vingts ans passés.

Armoiries gravées alors que M. de Marigiiy n'était encore que marquis de Vandières.

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