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NOTICE

LA vie de Millet se trouve résumée à souhait dans ses œuvres. Peu d'événements en dehors de son atelier. Les années sont remplies par la lutte opiniâtre, la foi robuste, le travail assidu. L'amour du foyer et l'amour de la nature ont toujours soutenu ce vaillant artiste, ce paysan loyal, patient et convaincu.

Au pied des falaises de Gréville, à l'extrémité de ce pays perdu, si pittoresque et si sauvage, qui s'appelle la Hague, naquit au hameau de Gruchy (dans

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la Manche), le 4 octobre 1814, Jean-François Millet, fils de Jean-Louis-Nicolas Millet et de Aimée-Henriette-Adélaide Henry. Ses parents, pour nourrir leur nombreuse famille, cultivaient la terre avec acharnement, et non sans quelque profit, — quoique le sol, par exception, ait toujours été peu productif dans ce coin de la plantureuse Normandie.

La vieille grand*mère de François Millet et son grand-oncle, un digne abbé qui était venu se réfugier à Gréville pendant les terribles orages révolutionnaires, s'occupèrent tout spécialement de Téducation du futur auteur de V Angélus (i) ; et, jusqu'à sa dernière heure, l'éminent artiste se souvint avec reconnaissance de ces premiers amis de son âme de poëte et de penseur.

Sa vocation s'étant révélée dès son enfance, il forma le projet de quitter la charrue et de se rendre à Cherbourg, pour y travailler sérieusement. Plein d'ardeur, il y arrive, en 1835, malgré les observations de ses parents, inquiets des hasards de la vie d*artiste, et entre bientôt chez M. Langlois, peintre qui jouissait alors d'une certaine réputation dans le pays (2).

(1) Un vicaire de la paroisse, l'abbé Jean Lebriseux, fut l'un des instituteurs préférés de l'enfant, qui montrait pour l'étude les meilleures dispositions.

(2) II avait passé, d'abord, quelques semaines chez un professeur assez original, mais moins connu, nommé Mouchel.

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Ses progrès sont surprenants, et le conseil municipal se décide à accorder au jeune Millet une pension — trop modeste ! — afin qu'il puisse continuer ses études à Paris.

Il part radieux, en janvier 1837; Paul Delaroche devient son maître, et il a promptement pour amis, dans la grande cité, Théodore Rousseau, Dupré et Diaz. Mais, hélas! que de luttes I Plus d'une fois, il nous a raconté, avec un sourire attendri, pendant nos excursions dans sa splendide forêt de Fontainebleau, cette longue série de cruelles épreuves : — le froid, la faim, le souci de l'avenir, courageusement subis ! Grâce à sa jeunesse et à sa vigoureuse santé, le peintre normand triompha des privations et des inquiétudes. Ses déjeuners de cinq minutes, composés presque invariablement d'un petit pain et d'un verre d'eau, et ses dîners, souvent problématiques, ne lui enlevèrent jamais l'énergie. L'estomac souffrait peutêtre un peu, mais la tête et le cœur débordaient sans cesse d'espérance et de nobles aspirations. Un instant de méditation dans sa mansarde, une rêverie promenée aux alentours de Paris, une idée de tableau : un poëme entrevu, — et le voilà réconforté 1

« Les grands paysagistes, a dit M. Charles Blanc, sont ceux qui ont vu la nature avec émotion et lui ont imprimé le cachet de leur caractère personnel. »

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M. Edouard de la Chapelle, en rappelant cette opinion d'un excellent juge (i), ajoutait avec raison : « Le Lorrain, génie calme et sublime, donna au paysage une sorte de grandeur à la fois tranquille et majestueuse ; le Guaspre, tempérament fier, ennemi du joug et de la règle, s'imposa à la nature, voulut la soumettre au caprice de son pinceau; les tableaux de Corot sont comme un reflet de cette âme noble et douce, où l'on sent l'idéal ; Millet, esprit vrai, peignit la nature, mais la nature sans convention, empreinte d'une mâle grandeur (2). »

Les leçons de Delaroche eurent, en somme, une heureuse influence sur le talent du jeune artiste. Elles le sauvèrent de l'excès, de la fantaisie — quelquefois charmante, à coup sûr, mais le plus souvent dangereuse.

LIVRÉ à lui-même, François Millet hésita d'abord entre le genre et l'histoire. Il expose, en 1844,

(i) Dans une intéressante conférence sur Millet, faite à Cherbourg, le 22 février 187J.

(2) a La terre, s'écriait parfois Millet, il n'y a que la terre, rien n'y meurt ! »

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la Laitière et la Leçon d'équitation (i) ; en 1847, ^^difte détaché de l'arbre; en 1848, les Juifs à Bahylone. Mais, Dieu merci ! il ne s'attarde pas dans cette voie. En 1848, on remarque son Vanneur. A ce type sincèrement viril, succède vint Paysanne assise (1849); un Semeur Qt des Bot teleur s (iS<)6); des Moissonneurs (Rat h et Boo:(), une Tondeuse de moutons, un Berger (1853); le Paysan greffant un arbre (1855), une belle page; et, en 1857, les Glaneuses, une toile qui commande rattention. « Ce tableau vous attire de loin par un air de grandeur et de sérénité. Je dirais presque qu'il s'annonce comme une peinture religieuse. Tout est calme là-dedans, le dessin est sans tache et la couleur sans éclat. Le soleil d'août chauffe vigoureusement la toile, mais vous n'y surprendrez pas de ces rayons capricieux qui s'ébattent dans les tableaux de M. Diaz comme des écoliers en vacances : le soleil de Millet est un astre sérieux qui mûrit les blés, qui fait suer les

(i) En 1840, il avait soumis au Jury deux portraits; un seul fut accepté. — Il en a fait, d'ailleurs, un certain nombre, à Cherbourg et à Paris, surtout de 1838 à 1845. Vers la même époque, l'infatigable artiste a peint rapidement plusieurs scènes mythologiques fort appréciées à divers points de vue. Quelques-unes de ces toiles intéressantes sont décrites dans l'excellent ouvrage de M. Sensier, sur Millet, resté inachevé à la mort de l'auteur, et terminé, avec beaucoup de soin, par M. Paul Mantz, inspecteur des Beaux- Arts. (Publié en 188 c, chez Quantin.)

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hommes et qui ne perd pas de temps à badiner (i). »

Au Salon de 1859, il expose une Femme faisant paitre sa vache. Que de critiques amères!... La Bergère et son troupeau furent aussi, en 1864, Tobjet de discussions violentes, d'accusations passionnées, et les Paysans rapportant à leur habitation un venu né dans les champs n'échappèrent point, eux non plus, la même année, aux récriminations de la routine. La Leçon de tricot (1869) fut également assez maltraitée. Certes, si ces quatre tableaux ne sont pas absolument des chefs-d'œuvre, du moins il faut leur reconnaître des qualités éminentes, qui prouvent avec quelle conscience, avec quel ardent amour de son art le peintre les a composés et exécutés.

Des médailles lui furent décernées aux Salons annuels de 1853 ^ï 1864.

A l'Exposition universelle de 1867, il reçut une médaille de première classe, et la croix de la Légion d'honneur (qu'il ne songea jamais à solliciter) lui fut donnée le 15 août 1868.

Millet (ainsi que l'a fort bien dit le Figaro, au moment de la mort de l'illustre paysagiste) n'émettait

(i) Edmond About. Salon de iSfj.

Les Glavfiisfs furent achetées alors deux mille francs par M. Binder; elles valent aujourd'hui cent fois plus! M. Ferdinand Bisclioffsheim en est devenu l'heureux propriétaire.

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en aucune circonstance une opinion sur ses travaux ; il attendait celle des autres, et ne s'aventurait à parler de lui-même que fort rarement et avec beaucoup de réserve ; ce n'était point par fausse modestie, mais par un sentiment de pudeur véritable — et assez rare !

Dans les dernières années de sa vie, le grand peintre a pu voir plusieurs de ses compositions atteindre des prix élevés. Mentionnons, par exemple, qu'en 1873, à la vente Faure, Un bout du village de Grè^ inlle, peint en 1865 et exposé au Salon de 1866, se payait 20,300 francs. A la vente Laurent-Richard, la Femme à la lampe était adjugée au prix de 38,500 francs.

En outre des œuvres très remarquables que nous avons indiquées déjà, au cours de cette notice (destinée à compléter notre premier travail : Millet cbe\ lui), on doit signaler un Moïse (Musée de Cherbourg) ; la Toitdeuse de moutons (même sujet qu'en 1853, mais de grandeur naturelle), la Femme faisant manger son enfant, V Attente (Salon de 186 1); h Fetnme cardant de la laifie, le Berger ramenant son troupeau au soleil couchant, le Paysan appuyé sur sa houe (i) (1863); Tobie, la Mort et le Bûcheron (refusé par le Jury, en

(x) M. Jules Claretic et plusieurs autres critiques, ont judicieusement remarqué que ce ubleau, si caractéristique et si vigoureux, fait songer aux lignes énergiques écrites par La

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1859!), k Gardeuse d'oies, les Planteurs de pommes de ferre, V Angélus du soir (1867); la Batteuse de beurre, Xovembre, souvenir de Gruchy, son pays natal (1870). N'oublions pas non plus : Dapbnis et Chloê, Cérès et VAmour mouille (panneaux peints, ainsi qu*un plafond, en 1864), la Tonte des moulons, la Femme broyant du lin, les Ra masseurs de bois dans la forêt, le Repos, la Femme portant des seaux, le Bûcheron, le Paysage normand, le Retour du travail, les Corbeaux, les Fatuurs, le Cerf aux écoutes, la Lessiveuse, le Givre, VAne dans une lande, les Tueurs de cochons, les Meules, le Paysan et la Paysanne allant travailler dans les champs, le Parc à moutons, les Couturières, la Jeune mère berçant son enfant, le Berger dans la phine, le Printemps, la Becquée, la Récolte des pommes de terre, la Femme au rouet, le Prieuré de Vauville, la Bergère, la Porteuse de lait, les Moutons paissant, le Berger au parc par le

Bruyère, sur le paysan (il y a deux siècles), dans le chapitre de V Homme :

« L^on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. »

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clair de lune, la Vieille maison de Nacqueville, le Vacher rappelant ses vaches, la Leçon de couture, V Église de Gréville, et la Cueillette des haricots, tableau particulièrement intéressant, dans lequel le peintre a placé l'humble chaumière normande où il est né ; la ciieilleuse est sa mère elle-même. — Il a fait aussi des Marines merveilleusement réussies (i).

MM. Gavet (2) et Sensier possèdent beaucoup de dessins et pastels de Millet, représentant pour la plupart des scènes de la vie des champs. M. Charles Yriarte (dans l'excellente revue VArt) a parlé à ravir de ces trésors artistiques. Voici le passage de son étude auquel nous faisons allusion :

« De tout temps, il a été reconnu que les dessins

(i) En mai 1874, l'administration des Beaux- Arts chargeait l'auteur de Tobie des peintures murales de la chapelle Sainte- Geneviève, au Panthéon; le ministère accordait 50,000 francs pour ce grand travail. Hélas! Millet n'eut pas la joie de l'exécuter. La mort, à ce moment, n'était pas loin de son chevet.

(2) M. Emile Gavet a généreusement exposé, chez M. Francis Petit, au profit de la famille Millet, si digne, à tous égards, d'une vive sympathie, la moitié de sa riche collection (46 dessins; du 6 avril au 6 mai 1875). Quatre mille personnes ont visité cette exposition des plus remarquables. Cest bien peu, sans doute, mais le crayon et le pinceau de Millet n'ont rien de banal : ils ne sauraient plaire à la foule !

Les 9 S dessins, formant la série complète appartenant à M. Gavet (les premiers datent de 1863), ont été vendus par lui, â l'Hôtel Drouot, les 11 et 12 juin 1875. (Voir, page 73 et suivantes, les deuils relatifs à cette vente.)

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de Millet avaient pour eux une grande allure, cette tournure large et cette ligne générale qui font qu'avant de considérer le rendu, on est déjà saisi d'une impression immédiate. Ces premiers dessins au crayon noir sont très nombreux, mais l'artiste, en se tenant dans cette gamme unique, se privait d'effets plus séduisants et s'interdisait tout un vaste champ. Peu à peu (sous l'influence de M. Gavet, dit-on), il mêla le pastel aU crayon noir, les combina de manière à colorer légèrement ses teintes, et, peu à peu, n'employant plus que le crayon de couleur, composa des scènes de grande dimension, importantes dans l'œuvre et très nombreuses, puisqu'on en connaît plus de cent...

« Si un jour, comme nous l'espérons, on réunit ces dessins et pastels dans une exposition spéciale des travaux de François Millet, nous ne craignons pas de dire qu'il y aura une véritable émotion dans le monde de ceux qui ont au cœur l'amour profond des choses de l'art (i). Ce sont ces dessins importants qui arrêtaient dès longtemps le regard d'Hippo-

(i) Cette prédiction s'est réalisée! Une magnifique exposition de tableaux, de pastels et de dessins du maître, a eu lieu à Paris, quai Malaquais, à l'École des Beaux-Arts, du 9 mai au 20 juin 1887. Les visiteurs y ont constammen afflué.

La ville de Cherbourg, avec le concours enthousiaste des

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lyte Flandrin, qu'on aurait cru réfractaire à Tadmiration des qualités de Millet. »

LA première exposition de l'auteur de la Veillée date de 1840. Donc, depuis trente-cinq ans, il n'a cessé de dessiner ou de peindre; et, pourtant, en dehors de ses dessins et études, le nombre des productions de Millet n'est pas fort considérable (quatrevingts tableaux environ). Cela tient à ce que le grand artiste travaillait lentement, après avoir longtemps médité chacun de ses sujets. Rarement, d'ailleurs, il arrivait à être entièrement satisfait de son œuvre. Ajoutons que jamais il ne faisait poser le modèle : ses souvenirs lui fournissaient, de la façon la plus précise, les moindres détails de l'attitude de ses chers paysans et de l'aspect de ses paysages. Don admi-

amateurs éclaires de toute la France et de l'étranger, va élever une statue à l'admirable artiste, si longtemps méconnu ! (Nofe de In nouvelle édition, 18S7.)

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rable, qui implique une observation persévérante, continue, et un profond amour de la nature.

Théophile Gautier a jugé François Millet avec son tact accoutumé :

« Bien différent des maniéristes en laid, qui, sous un prétexte de réalisme, substituent le hideux au vrai, il cherche et atteint le style dans la représentation des types et des scènes de campagne ; il sait y mettre une grandeur et une noblesse rares, bien qu'il n'atténue en aucune manière leur rusticité. Il comprend la poésie intime des champs, il aime les paysans qu'il représente, et dans leurs figures résignées exprime sa sympathie pour eux. Le semage, la moisson, la greffe ne sont-ils pas des actions saintes ayant leur bonté et leur grandeur? Pourquoi des paysans n'auraient-ils pas du style comme les héros ? »

On peut dire du « patriarche » de Barbizon ce que Delacroix a dit de Gros :

« Il a élevé des sujets modernes jusqu'à l'idéal. »

Et M. Ernest Chesneau, h qui nous empruntons cette réflexion si juste, conclut ainsi (i) :

« L'art de Millet est fait de naturel et d'élévation ; mais le naturel y est sombre et l'élévation d'une telle austérité, si grave, si pathétique, que l'intensité du

( i) Galette des Beaux-Arts.

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tragique en ses œuvres (la Mort et le Bûcheron) trouble, inquiète et parfois éloigne ceux qu'appellent l'admirable naïveté — rare alliance ! — et la science infinie de son procédé. Il reste dès lors et pour longtemps livré à la discussion. Qpelques-uns pénètrent son génie, en restent passionnés ; la masse le subit. Il faut écrire au seuil de son œuvre le mot de V Imitation : Renoncez aux choses frivoles. Relinque curiosa. »

M. Albert WolfF a bien compris Millet, et l'a dignement loué :

« Tout dans la nature le fascine au même degré, la créature humaine comme la terre et les bétes. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans ses plus belles œuvres, de la silhouette toujours grande de ses figures ou du paysage fouillé jusque dans ses moindres particularités par ce profond observateur de toutes choses de la création. »

N'oublions pas de citer aussi ces lignes excellentes de M. Théophile Silvestre :

« La visée d'un grand peintre n'est pas de s'envoler vers la lune et les étoiles ; c'est de marcher d'un pas ferme, d'un cœur ému, dans le sentier qu'il s'est choisi, toujours sincère envers lui-même, envers les hommes, envers la nature.

« Cette visée, Millet l'avait ; et c'est ce qui l'a fait incomparable et immortel. »

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EN décembre 1867, Théodore Rousseau, le voisin et rintime ami du peintre de V Attente, succombait après plusieurs mois de souffrances. Cette mort frappa cruellement Millet, et il devint malade à son tour. Depuis lors, il ne put recouvrer une santé complète, malgré les soins touchants et constants qui lui furent prodigués (i).

Le 20 janvier 1875, le vaillant chercheur mourait, âgé de soixante ans (dans ce riant village de Barbizon, où il était arrivé en juin 1849), entouré des siens, laissant à cette famille désespérée, à défaut de

(i)J. -F. Millet s'était marié deux fois. En 1841, il avait épousé une de ses compatriotes, M"« Pauline- Virginie Ono ; il perdit sa jeune femme au bout d'environ trois ans. — M"e Catherine Lemaire, de Lorient, à laquelle le grand peintre, alors obscur, unit sa vie, vers la fin de 184$, est cette active et courageuse Bretonne dont nous avons fait un vif et juste éloge dans nos Souitriirs de Barbi:^on.

La veuve de Millet, entourée de respect et d'affection, habite toujours, avec plusieurs de ses enfants, le joli vill.ige de Seine-et-Marne que nous avons esquissé. (18S7.)

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fortune, le nom justement glorieux d'un homme au cœur loyal et d'un artiste éminent (i).

Jean-François Millet repose, dans le modeste cimetière de Chailly, tout à côté de Théodore Rousseau, qu'il estimait et admirait tant !

Le fils aîné de Millet saura suivre les traces paternelles. Nous avons vu de lui quelques toiles (et, notamment, des Moissonneurs) qui, déjà, prouvent de sérieuses qualités d'observation et d'exécution.

On peut l'affirmer, et nous aimons à le prédire, avant longtemps ce jeune artiste, encore ignoré, signera des œuvres dignes du grand nom qu'il porte. D'ailleurs, ce nom qui signifie : talent sincère, honneur et travail, ne saurait périr !

Passy, août i8js-

(1) M. Charles Tillot, un parent et ami dévoué du maître, a raconté, avec émotion, que Millet disait souvent dans sa dernière maladie, en montrant un tableau du Grtco, accroché auprès de son lit : • Voilà une peinture qui est peu appréciée, l'auteur est à peine connu. Eh bien ! je connais peu de tableaux qui me touchent, Je ne dirai pas davantage, mais autant; il fallait ax-oir bien du cœur pour faire une autre comme celle-là. •

M. Tillot a eu raison d'ajouter que ce dernier mot peint Millet tout entier : « Comme le Greco, il a mis son coeur dans sou œuvre. »

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