‹ J.F. MilletChapitre 1 sur 16 · JULES R O U A M , EDITEUR · texte numérisé non relu

JULES R O U A M , EDITEUR

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ean-François Millet est mort à Barbizon le 20 Janvier iSyS, à l'âge de soixante ans. L'artiste appartient par ses origines et par ses tendances à cette pléiade des peintres français contemporains qui, tout en professant l'admiration des maîtres et respectant leurs traditions, demandaient directement à la nature et leurs inspirations et leur mode d'exécution. Dans ce groupe de novateurs, très discuté d'abord, très diversement jugé, mais dont l'heure est arrivée depuis longtemps déjà, le peintre de Y Angélus représente une tendance très personnelle. A côté de ceux dont le nom est illustre, il reste original, et comme penseur et comme peintre. Moins esthétique dans son langage que quelques-uns d'entre eux, il se dégage cependant de son oeuvre, pris dans son entier, toute une doctrine et toute une philosophie d'art.

La vie de François Millet n'est point mouvementée; il est né pour la peinture à une époque où déjà ses aines avaient triomphé des préjugés de leur temps. A force de conviction et de talent, après avoir appris à la foule des noms auxquels la persécution faisait une sorte d'auréole, ces artistes avaient forcé l'admiration de leurs adversaires et obtenu de haute lutte des récompenses qu'on n'accorde point d'ordinaire à des novateurs dont les principes étaient naguère regardés comme subversifs.

Homme de famille, nature sédentaire, vivant en pleine campagne, attaché au travail et par tempérament et par nécessité, fécondant et remuant son champ chaque jour comme ces paysans qu'il a peints, il n'y a nul épisode dans l'existence de Millet, rien d'inattendu, rien de brillant; ni lueur, ni apothéose, ni combats ardus et décisifs.

Mais ce n'est cependant pas une péripétie vulgaire que cette lutte constante avec la nature, cette recherche incessante de la vérité, cette poursuite sans trêve d'un idéal de rendu qui traduira l'impression, et la fera éprouver au spectateur aussi vive, aussi profonde qu'elle aura été ressentie par l'artiste.

Ce paysan silencieux, chaussé de sabots, à la barbe grisonnante, au dos légèrement voûté, qui, planté debout dans un champ, cligne des yeux et regarde les brouillards du soir envelopper peu à peu la terre, est un peintre qui travaille, qui observe et demande à la nature les secrets de ses merveilleuses harmonies. La lutte est muette, elle est âpre cependant, et elle n'a cessé la veille que pour recommencer au point du jour.

C'est donc dans l'œuvre de Millet que nous devons chercher Millet lui-même. 11 s'y révèle d'ailleurs tout entier, sous tous ses aspects ; et, n'eùt-on rien su de son existence privée, on eût pu certainement la reconstruire en parcourant son domaine, en étudiant une à une chacune de ses œuvres. 11 est de ceux qui cachent leur vie, digne et

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