‹ J.-F. Millet: souvenirs de Barbizon (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · POÉSIES · texte numérisé non relu

POÉSIES

^ ALEXANDRE 'PIEDAGNEL

*4pris avoir lu ion Ètitie lur U peintrt Fnnfoii MILLET

^^£puis Caîpurnius, Virgile et Thiocrite Jusqu'à l'Ecossais Bums, dans nulle langue itriU, Poète n'a jamais peint avec vérité Cet être lourd, stupide et upendant fûté.

Cet étrange animal, fait de peur et de ruse.

Qui m croit qu'à l'argent, et qu'un notaire abuse ;

Qui rarement sait lire et qui se trouve adroit

Quand il faut côtoyer les lisières du Droit ;

Egoïste naïf — qui regrette sa vache

Dix fois plus que sajemmc, et qui chaque hiver cache

Dans le fond d'un vieux bas, vingt fois rapetassé,

Un pécule chétifà grand' peine amassé ;

Serf qui prend à plaisir une attitude vile,

— Mais narquoise, — devant les messieurs de la ville,

Et que ces trois seuls mots : Foici le procureur I

Emplissent tout à coup d'une folle terreur;

Et pourtant processif/ qui chaque jour chicane

Son voisin, à propos de son chien, de son âne;

Qui tondrait sur un œuf par un huissier tondu ;

Lâche au point de pleurer pour un oison perdu ;

Mais qui devient héros, s'enrôle, se dévoue,

Se bat avec la faux, le bâton et la houe.

Alors que l'étranger en armes est entré

Sur le sol paternel y le sol, le sol sacré!

C'est que Calpumius, Tbéocrite et Virgile, Ces délicats amants des Muses de Sicile,

Et c'est que BumSy maigri son plus viril accent, Ont dit le paysage et non le paysan.

Ce sauvage en sabots qui déconcerte^ étonne, Poète ou prosateur f qui le peindra? — Personne/ Il faut bien là-dessus en prendre son parti; Le verbe est impuissant, quoique l'âme ait senti.

Sand en vain l'essaya dans sa magique prose ; Son braconnier pensif , sa moissonneuse rose. Ses amoureux tremblants s' égarant sous les bois. Ses charbonniers épris des luttes de la voix, Tous ces romans divins dont la langue choisie, — Mais jamais villageoise, — est une poésie.

Ne nous montrent toujours que paysans trumeaux.

Son paysan causant de V idéal est faux.

Balzac, — et s'il vivait, monseigneur Bonnechose, Tonnerait au Sénat pour proscrire sa prose.

Puisque jamais savant, d'une plus sûre main, N'a si profondément fouillé le cœur humain, — Balzac, en y portant sa ferveur d'analyste.

Crut faire un paysan ressemblant, réaliste;

n ne vit qu'un côté du type, le malsain. Il m fit un voleur et presque un assassin.

Un seul a jusqu'ici, d'une façon biblique ,

Dessiné largement cet tire faméliquCy

Lamentable^ odieux, intéressant et laid :

Cet homme, cest un peintre^ et c'est François Millet.

Seul, il a découvert le secret deutte âme.

lia, son paysan, l'intérieure flamme ;

Car, à quoi rive-t-il lorsque, dans l'horizon,

Comme les yeux du bœuf gorgé de fenaison.

Se plongent ses gros yeux? Se dil-il que, peut-itre.

De cette grasse plaine il deviendra le maître f

Et que le temps est proche où lui, le dernier-né

Du monde social, criera : fe suis l'aîné!

Aime-t'il ? — Oh! nenni I — V amour et son délice,

Luxes civilises! — Au temps où la génisse,

Sous un ombrage épais regarde indolemment

Lequel des deux taureaux deviendra son amant,

A l'heure où le pinson mignotte sapinsonne.

Oui, son sang plus actif, dans ses veines bouillonne.

Il cherche, implore, veut ; V animal est dompté ;

n obéit aux lois de la FicondiU.

Mais quand les fruits aux fleurs succèdent sur la terre ^ Quand l'immortelle Isis a fini son mystère ^ Quand le taureau rumine, et lorsque les pinsons Pour eux seuls maintenant dègoisent leurs chansons, n ne soupire plus autour d'une demeure, Il se reprocherait de gaspiller une heure!

Peut-^tre rive-t-il aux duretés du Sort^ Que le vrai laboureur est après tout la Mort? Peut-4tre la voit-il, par sa terreur accrue^ Poussant, en ricanant, son horrible charrue, Et labourant ce sol, où, depuis des mille ans, Ont pourri tour à tour ses pères paysans ; Peut-^tre aperçoit-il sa tombe qu'elle creuse, Et l'aiguillon échappe à sa main plus fiévreuse ; Mais, ami, c'est en vain que je cherche à trouver, Peut-être rive-t'il seulement pour river.

Demandons le secret au peintre de génie, Qu^on nia trop longtemps, que personne ne nie A cette heure, et dont l'œuvre, en sa simplicité, S'en ira pure et grande à la postérité.

C'est pourqum, comme vous, je le voidrais connaître Ce rustique penseur, jeune et déjà grand maitre, Qui n'a pas dans le monde un dévot plus zlïi Que celui qui termine m vous disant : Vale !

^médie XOLLAND.

Paris, 19 juin 1868.

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 M. ALEXANDRE PŒDAGNEL

«/< pn^ de sa Visite i Barbixon

^h^ir^^^MAMAM^N^^

AR votre pur hommage au peintre des Glaneuses, Fous m'avez rappelé les âmes lumineuses De la belle oasis, de la vieille forit Oà j'eus, dans mes douleurs j un heureux temps d'arrit, Oà Corot, l'un des fils chéris de la peinture. Un étemel amant de la grande Nature, Devant un chine assis, sur le bord du chemin. Comme le grec Phidias devant un corps humain j M'expliquait, à l'abri de l'ombre tutélaire, La vie et la beauté de l'arbre séculaire ; Car^ pour lui, la Nature est un être animé Et qui, tel qu'un vivant^ mérite d'Are aimi.

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C'est ainsi que Poussin, Ruisdaèl, Claude Gtlée, Dont l'âme tu s'est pas de a monde envolée (Puisque Corot, Millet, quelques élus encor Tiennent, d'une main ferme, une palette d'or). Comprenaient l'Univers Uàn despensers moroses, Et revenaient, joyeux, du commerce des choses!

Votre Visite au peintre, hôte de Barhizon, Est charmante m tout point, et vous avez raison ; Mais vous me demandez mon sentiment sincère Et mon opinion touchant cette matOre; Eb bien t je m veux pas ici vous le celer.

Poète, c'est en vers que vous deviez parler.

<Anitmi DESCHAMPS.

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