‹ J. Guadet et les aveugles: sa vie, ses doctrines, ses écritsChapitre 7 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

4me Période, Guadet chef de renseignement, (suite) 1863 - 1871. — (Directions Boue, de Watteville et Homaiid).

Durant celte période dont le commencement est difficile à déterminer d'une manière précise, car il se confond avec la fin de la période précédente, Guadet, fatigué par les luttes qu'il avait toujours soutenues contre les hommes ou les événements, ne fit guère que continuer son œuvre avec moins d'ardeur que par le passé.

L'état de son esprit à cette époque se peint dans ses adieux à ses lecteurs : c J'ai persisté longtemps, dit-il, à ne compter pour rien soit mes travaux, soit les sacrifices pécuniaires qui pesaient sur ma modeste existence, à regretter en silence l'absence de cet appui moral si nécessaire et si bien dû aux entreprises semblables à la mienne ; j'ai bravé l'indifférence au moins, sinon les préventions. J'allais comme le voyageur qui poursuit sa course sans regarder en arrière. Mais enfin vient un moment ou l'on sent qu'il est temps de ralentir le pas, de se dire : reposons-nous ; sauf à repartir de nouveau s'il y a lieu, car si je sais que j'ai fait

assez pour laisser trace de mon passage dans la carrière, je suis loin de penser que la cause des aveugles de France ne puisse pas un jour me demander quelque nouveau dévouement dont je serai toujours heureux de m'acquitter.

Pour le moment (janvier 1866), le soleil se lève pour eux sans nuages ; ils peuvent s'élancer par la pensée dans un avenir prospère, et se laisser doucement aller au vent favorable qui les pousse, sûrs que les aspérités de la route leur seront aplanies autant que possible.

Quant à mes lecteurs, ce n'est pas sans regret que je me sépare d'eux ; je les prie de n'en faire aucun doute. Je les prie aussi de me conserver un bon souvenir et de penser que je suis toujours heureux de recevoir leurs communications. » (1)

En 1864, lorsque M. Boue quitta la direction, on aurait pu nommer Guadet directeur, en lui donnant un second jeune, actif et bien disposé à suivre ses conseils ; l'Institution aurait encore, pendant bien des années prospérée, guidée par cet homme rompu à tout ce qui concernait les aveugles. Mais il en fut jugé autrement, et le baron de Watteville, inspecteur général des établissements de bienfaisance, qui, il est vrai, s'était déjà occupé des aveugles, mais plutôt au point de vue de l'assistance générale qu'à celui de l'éducation et de l'enseignement, fut nommé directeur. Au début de cette direction, Guadet sembla en bien augurer, mais il ne dut pas rester longtemps dans ce senti-

(1) Instituteur t. VUI, p. 181.

ment, car M. de Walteville voulut bientôt changer beaucoup de choses dans Tlnstitution, et parmi ces changements, un des plus graves, un de ceux qui exaspérèrent le plus Guadet, ce fut la tendance de ce directeur à introduire des professeurs clairvoyants, tendance que le chef de l'enseignement avait toujours combattue. Mais le règne de ce directeur ne fut pas long; il mourut en 1866 et à ce moment là tout le personnel de l'Institution s'unit pour adresser la pétition suivante au ministre de l'Intérieur:

€ Monsieur le Ministre,

« La mort de M, le baron de Watte ville laisse en disponibilité les fonctions de directeur de l'Institution impériale des jeuues aveugles.

« Permettez aux fonctionnaires de cet établissement d'émettre le vœu de voir votre Excellence appeler à la direction de l'Institution impériale M. Guadet qui, depuis plus de vingt-six ans, y dirige l'enseignement avec le plus complet dévouement et une habileté qu'une longue expérience rend plus fructueux encore.

€ Sa Majesté l'Impératrice a dit : «l'Institution Impériale doit être l'école polytechnique des aveugles. » Pour que notre Institution puisse s'élever et se maintenir à cette hauteur, il faut qu'elle soit dirigée par un homme spécial et dont tous les moyens, toutes les pensées et toutes les sympathies soient pour elles.

« Chargé de la direction de l'Institution Impériale, M. Guadet atteindrait le but marqué par sa

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Majesté rimpératrice en donnant par ses soins éclairés, à l'éducation et à l'enseignement, Timportance qui leur appartient.

« 'Nous avons l'honneur d'être, etc.

a Ont signé : l'Aumônier, le Receveur, le Médecin, l'Institutrice, le Surveillant en chef, et tous les Professeurs de l'Institution Impériale des jeunes aveugles.

« Paris, le 29 novembre 1866. »

Cette pétition n'eut pas de succès : on répondit, paraît-il, que M. Guadet était trop âgé; et on nomma directeur un littérateur distingué, homme de cœur et d'esprit qui n'avait, il est vrai, que 58 ans, mais dont la santé laissait bien à désirer, et qui relativement aux aveugles avait tout à apprendre.

Vers cette époque, Guadet perdit son beau frère, M. Berger de Scivrey, membre de l'Institut, qui était chargé de la publication des Lettres Missives de Henri IV; et ce travail lui fut dévolu, car il faisait partie de diverses sociétés savantes, et entre autres de la société de l'Histoire de France. Ils se remit donc aux travaux d'érudition qu'il ne termina que peu de temps avant sa mort.

L'exposition de 1867 fut une occasion de succès pour l'Institution et pour ses fonctionnaires ; on décerna à Guadet une médaille d'argent.

En 1870, Guadet passait ses vacances, comme il le faisait chaque année, dans sa propriété de St-Emilion, non loin de Bordeaux, lorsque Paris

fut investi. On décida que les élèves de Tlnstitution qui ne pouvaient rentrer dans leurs familles seraient envoyés à Bordeaux, où l'Institution des sourdes-muettes leur offrait un asile ; M. Levitte, surveillant en chef, fut placé à la tête de ce petit groupe d'émigrants, et de SaintEmilion, d'où il pouvait souvent se rendre à Bordeaux, Guadet avait la haute direction de cette colonie. Pendant qu'il était encore à St-Emilion, en 1871, Guadet fût mis à la retraite, non pas sur sa demande, car malgré ses 76 ans, il n'était point encore décidé à quitter la vie aclive. Quand il rentra à Paris il n'était donc plus chef d'enseignement à l'Institution nationale des jeunes aveugles, mais il en restait l'ami dévoué.

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