VIII PRÉFACE
déconcerté devant les noms de Pusey, de Froude, de Ward, de Manning même et de Wiseman. Il ne sait comment situer ces personnages et il ne sait non plus comment interpréter ce mot d'Université, appliqué à un endroit aussi différent qu'Oxford de tout ce que nous entendons par collèges. 77 éprouve aussi une difficulté singulière à se rendre compte que V Eglise anglicane n'a rien de commun avec le protestantisme, tel qu'il se présente de ce côté-ci de la Manche, Ce catholicisme, sans Rome, avec son credo fixe et sa hiérarchie, lui est presque inintelligible, et par conséquent l'oscillation d'une pensée à qui cette Eglise ne suffit ni comme catholicisme, ni comme protestantisme.
Tous ces points de fait sont nettement marqués dans votre Essai. Il contribuera beaucoup à rendre accessibles ces ouvrages ou le détail de cette histoire du mouvement d'Oxford est montrée plus complètement et il donnera peut-être à quelques esprits possédés de la grande inquiétude, la curiosité d'aborder directement cet admirable fragment de psychologie religieuse digne de prendre place, entre les Pensées de Pascal et les Confessions de saint Augustin, que le cardinal Ne^nman a intitulé Apologia pro vitâ > sua. Vous le notez avec une bien judicieuse perspicacité, ce qui fait de cette Apologia pour des Français d'aujourd'hui, un livre d'une actualité singulière,
PRÉFACE IX c'est qu'à travers des différences radicales de tempérament et de milieu, l 'ancien fellow d'Oriel se trouve avoir été conduit vers Rome par une voie toute pareille à celle qui détermine aujourd'hui parmi nous tant de retours. En rapprochant son nom de celui du regretté M. Ollé-Laprune , vous avez éclairé d'une vive lumière cette position très nouvelle d'un problème qui ne saurait plus aujourd'hui être résolu par la sèche ironie d'un Voltaire ni par l'analyse très superficielle, — il faut le reconnaître, malgré la fascination de cet immense talent, — d'un Ernest Renan. Ce que Newman a vu nettement, ce que M. Ollé- Laprune a reconnu de son côté et dit non moins nettement, c'est que la question de la vérité religieuse n'est pas purement intellectuelle. Cette vérité n'est pas une vérité abstraite. C'est une vérité vivante Elle ne s'adresse pas dans l'homme à la seule intel-' ligence, elle s'adresse au cœur et à la volonté. Elle doit être sentie autant que comprise, et voulue autant que sentie. Elle doit s'adapter aux portions conscientes de notre être et correspondre à ses portions inconscientes. Elle doit pouvoir convenir aux simples et aux ignorants aussi bien qu'aux lettrés et aux savants, se mêler au développement de la personne, se prêter aux balbutiements intérieurs de l'enfant aussi bien qu'à la réflexion mûrie de l'homme fait. Elle ne peut donc être ni une découverte individuelle, ni
X PRÉFACE le fruit d'un raisonnement. Le raisonnement vient ensuite pour l'éclairer et la corroborer. La conscience individuelle y ajoute sa marque propre. Mais primitivement et essentiellement, pour remplir ces conditions de vitalité universelle, la vérité religieuse doit être une tradition et une révélation. C'est la vue de cette nécessité qui a conduit Newman à reconnaître dans l'Eglise romaine l'organisme historique le plus conforme à cette condition nécessaire. C'est cette même vue qui domine les études de M. Ollé-Laprune sur la Vitalité chrétienne et son beau portrait de Jouffroy. C'était bien cette idée qu'entrevoyait Pascal quand il parlait de « raisons de cœur que la raison ne comprend pas » et surtout lorsqu'il écrivait dans son Mystère de Jésus, sur les péchés : « A mesure que tu les expieras, tu les connaîtras... » Phrase d'une portée extraordinaire ! Elle signifie que pour penser la vérité religieuse il faut d*abord la vivre. C'est le fond même de la mystique des sacrements.
J'aurais voulu que, rapprochant Newman d'Ollé- Laprune, vous l'eussiez aussi comparé à cet Ernest Renan dont je vous mentionnais tout naturellement le nom tout à l'heure. Permettez-moi de vous indiquer le remarquable article que M. Wilfrid Ward vient justement de publier sur ces deux hommes, dans le Monthly Register (n° d'avril 1902). Écrit