‹ J. H. Newman, essai de psychologie religieuseChapitre 4 sur 13 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

par cet ardent catholique, avec un entier respect de deux sincérités dont personne n'a le droit de douter, sur l'auteur des Souvenirs de Jeunesse et celui de /'Apologia, cet essai se raccorde d'une manière saisissante à votre ouvrage. Il signale une coïncidence de date extrêmement frappante. C'est le 6 octobre 1845 que Renan descendit les escaliers du séminaire de Saint-Sulpice pour ne jamais les remonter. C'est le iO de ce même mois, dans la même année, exactement quatre jours plus tard, que Newman écrivait à ses plus intimes amis la lettre suivante, datée de Littlemore : « J'attends cette nuit le Père Dominique le Passionniste, qui, depuis sa jeunesse, a eu l'idée fixe et distincte d'une mission dans les pays du Nord et en particulier l'Angleterre. Après trente ans d'attente, il a été envoyé ici sans lavoir demandé... Je l'ai vu une fois, quelques minutes, Vannée dernière, le jour de la fête de Saint- Jean-Baptiste . C'est un homme simple et un saint. Il ne connaît pas mon intention. Je veux lui demander de me recevoir dans le troupeau unique du Christ. » Et en post-scriptum : « Ce billet ne partira qu'une fois tout fini. Il ne demande pas de réponse... » Que l'on imagine maintenant, dans ce même automne, les pensées différentes qui agitent ces deux âmes, toutes deux en proie à la plus complète révolution de leur destinée, toutes deux séparées de toute leur existence anté-

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rieure, en rupture pour des motifs absolument désintéressés avec des milieux dont elles reconnaissaient l'excellence, Renan, celui des maîtres vénérables de Saint-Sulpice, Newman, celui de ses collègues si distingués d'Oxford. Quelles analogies et quels contrastes ! M. Wilfrid Ward a été surtout frappé de V antithèse. La ressemblance existe cependant. Elle réside surtout dans un besoin dont ces deux grands esprits ont été dominés. Ils n'ont pu accepter de s'estimer s'ils ne mettaient pas en harmonie leurs actes extérieurs et leurs réflexions intérieures.

La question se pose donc: qui avait raison des deux ? Quel est celui dont les réflexions intérieures se sont trouvées les plus vraies, à l'épreuve de la réalité ? Pour moi, la réponse ne fait pas doute. De quelque magie que son prestigieux génie ait enveloppé son nihilisme final, le Renan diminué des dernières années pouvait-il se comparer au Newman ascétique et pacifié que vous montrez, acceptant humblement la pourpre cardinalice : « Le Saint-Père jugea que l'Angleterre catholique et même protestante ressentirait de la joie, si je recevais quelque grâce?... » Et, six ans avant de mourir, se rappelant son mot de Sicile dans une maladie dangereuse : « Je n'ai jamais péché contre la lumière, » il disait : « sur le déclin d'une très longue existence, je puis dire au fond de mon cœur que le Seigneur ne m a

PRÉFACE XIII jamais abandonné ni laissé à V illusion... » Cette solennité, pleine d'espérance, met un rayon d'immortalité sur ce noble visage et quoique les Souvenirs de Jeunesse soient un chef-d'œuvre d'art, comment ne pas sentir par contraste l'insuffisance de V « A quoi bon ? » sur lequel ils se terminent ?

Voilà quelques-unes des impressions que la lecture de votre Essai soulèvera nécessairement chez vos lecteurs sans parti pris. Vous leur avez donné le contact d'une magnifique sensibilité, d'une volonté pure et invincible, d'une pensée ardente et lucide, enfin d'une grande existence religieuse. C'est une œuvre dont vous pouvez, à bon droit, être fier, et dont vous félicite

Votre dévoué confrère

Paul BOURGES

Ces pages sur Newman ne sont qu'un essai, où l'on s'est efforcé de mettre en valeur quelques-unes des circonstances les plus pathétiques de cette existence, complexe et pleine de nuances. Un regard, jeté hâtivement sur la vie de cet écrivain, qui vit s'ouvrir devant lui une si brillante carrière, selon les vanités agréables et quelque peu austères cependant d'Oxford et qui mourut cardinal de l'Eglise romaine, pourrait laisser de l'indécision dans le jugement. Il semble, lorsque l'on passe sans s'arrêter sur certaines inflexions de ce caractère, qu'il n'est pas sans réserver des surprises déconcertantes ; et l'on éprouverait presque une inquiétude à les relever, d'un premier coup d'œil. C'est la tâche passionnante de la psychologie, de rechercher les tenants et les aboutissants de ces fils, d'une trame si frêle au re-

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