‹ J. J. Balechou Graveur du Roi 1716-1764Chapitre 17 sur 31 · CATALOGUE DES ESTAMPES DE BALECHOU · texte numérisé non relu

CATALOGUE DES ESTAMPES DE BALECHOU

Je n*ai pas considéré comme essentiel de donner mon appréciation personnelle du mérite des gravures de Bachelou. J'ai préféré citer quelques opinions sur La Tempête, Sainte Geneviève, Auguste IIL On sait par les lettres de Vernet qu'il satisfait le peintre, ce qui est rare ; qu'il enchante Diderot, critique sévère de Cochin et de Le Bas * ; que le maître anglais Wollett l'estime au point de voir en lui un modèle à imiter, que plusieurs écrivains d'art le placent au premier rang des graveurs de l'école française.

On pourra lire, après cela, qu'« il savait unir la finesse à la vigueur du burin », ou « que sa force égalait sa délicatesse ». Quelques biographes ne vont guère au-delà de ces clichés et, à la vérité, il y aurait quelque chose à dire de l'indigence de cette forme de la critique, sans parler de la compétence des juges.

Les artistes du moins trouvent en Bachelou un dessinateur de premier ordre et un technicien consommé. Les portraits qui constituent la plus importante partie de son œuvre révèlent parfois plus de vie qu'il n'y en a dans les originaux que j'ai pu étudier.

Il n'est pas sans détracteurs. Le Dictionnaire Larousse a recueilli l'avis de Malaspina que M. Roger Portails n'est pas très loin de partager, car il le cite avec complaisance. Tout en recon naissant que les estampes de Balechou ont « je ne sais quoi qui surprend et séduit», Malaspina dit que Balechou «apporte un tel soin à serrer la lumière que souvent ses carnations semblent être de bronze, ses eaux de l'argent en fusion et que ses rochers paraissent être velus ». M. Portails l'appelle buriniste à poigne, tout en mettant hors de pair Auguste III et M"' Loiserolle. Ce n'est

1 . A propos de quatre estampes des Ports de France exposés au Salon de 1765 par Cochin et Le Bas, Diderot écrit : c Ces associés n'ont pas pleuré bien amèrement la mort de Balechou. >

A l'occasion du même Salon, Diderot écrit aussi : t Ne pensez pas qu'un graveur rende tout également bien. Balechou, qui sait conserver aux eaux la transparence des eaux de Vernet, fait des montagnes de velours » (a).

Ce qu'il faut retenir, c'est que, aux yeux de Diderot, Balechou écrase tous les graveurs de son temps.

(«) Diderot, édition Assezat, t. X, p. 44S et 450.

pas seulement à ces deux portraits qu'il faut renvoyer les critiques, c'est aussi à La Popelinière, à M. de Julienne, au comte de Bruhl surtout, et même à certaines parties de Grillot.

Il en est des estampes de Balechou, dit Huber, comme de toutes les productions du génie ; on peut les critiquer, mais cela n'empêche pas de les rechercher. Les amateurs en jugeaient ainsi, et les t»ôces gravées pdr notre artiste atteignaient, de son vivant, des prix qualifiés de ridicules.

Ceux qui contestent le talent de Balechou, comme H. Delaborde, sont obligés de reconnaître « l'adresse de son burin et l'extrême facilité de la manœuvre». Si Lévesque lui reproche l'éclat de ce burin, Joubert objecte que ce n'est point un défaut, au contraire, et il demande : — Quel est donc l'artiste également heureux et parfait dans tous les genres ?

Les auteurs des Graveurs du XVII? siècle font une juste remarque que je crois devoir opposer à l'assertion de M. Illy sur les tirages de divers états qu'il prête à Balechou, comme une sorte de spéculation calculée : c'est qu'en ce qui concerne les portraits, il n'a pas été fait de tirage régulier d'épreuves avant la lettre; elles sont d'une telle rareté qu'il ne faut compter que sur un heureux hasard pour les rencontrer. La collection Behague ha contenait aucun portrait avant la lettre ; le catalogue Didot •n'en mentiotinait qu'un seul. MM. Béraldi et Portails en concluerit .que chercher à réunir un œuvre de Balechou avant la lettré, c'est entreprendre un travail impossible à mener à bonne fin.

H faut, je crois, se ranger à l'avis de Joubert, et abandonner ces exemplaires avant toutes lettres, à ceux qui prisent les épreuves en raison des étiquettes, et non suivant leur beauté particulière.

On m'a demandé de compléter cette monographie de Balechou par un catalogue de ses œuvres. Quoiqu'on puisse le trouver dans le Manuel de V amateur d'estampes de Ch. Le Blanc et dans .les Grapeurs du XVII? siècle, je me suis décidé à le reproduire, en le complétant par des indications de détail, par quelques planches inconnues jusqu'ici, et enfin par les prix obtenus dans les ventes publiques, en réunissant les renseignements fournis à cet égard par Charles Blanc, Joubert et surtout par M. le docteur Mireur, dans son utile Dictionnaire des ventes d'art '.

I. Ces prix ont été mis d jt>Qr g^rdce aitil iiïdications folirtifes par M. André Desvoûgres, coxnmîssairer priseur k Paris.

Portraits.

Auguste III, roi de Pologne, électeur de Saxe, d'feiprès H. Rigaud; haut. 696", larg. Soi"*.

Une épreuve d'essai, se trouve au Ca]:)iaet des estampes,

i*" État, avant la lettre (il n'eo e^çi^te, p^rait-il, que deux ou trois épreuves).

2* État. Avant les mots : chevajier de l'pT<ir« de St-Michel„ à la suite du nom de Rigaud çt avant la date 1750, ajoutée à droite, apris le mot Paris.

3* État, avec la lettre terminée, on lit au bas : Qravé pa^ J.-Jj. B^lechou, natif d'Arles et présenté à l'Académie royale de peinture et sculpture pour soo ayréo^nt}..

Heinecken (p. 66, t. Il de son Dictionnaire), prétend que cette planche a été retçuchée par Zincke. Joubert le conteste, et il paraît être dans le vrai, mais non pour les motifs qu'il allègue. Il a raison, tout au moîn»». pour les épreuves tirées par Tévenard. Jucqûèmin- cke une lettre de Balechou à M. de Heinec^Qt aii^si conçue : c Je oe. deman.<tf pas o^ijeuif que de réparer mon cuivre ; d'abord, par respect pour Sa Majesté, pour vous donner des preuves de mon zèle et pour Phonnetir de mon ouvrage. Cependant, pour me mettre à l'abri de tomte surprise à l'avenir et me prémunir contre les calomnies que M. Le Leu ne cesse de faire courir sur mon compte. îl m'est besoin qu'il reconnaisse qu'A' me le remet endommagé. » L'autorité de Heinecken est grande, puisqult conunanda les portraits du comte de Bruhl et d'Auguste IIl pour la Galerie de Dresde, mais si Balechou a accepté de réiJarer son- cuivre, y a-^-iî lie» dte croire que la réparation ait été confiée à u» autire ?

H. Delaborde dit que l'exemplaire du Cabinet des Estampes* a été payé 1200 tr. en 1807 à un marchand qui le tenait d*ufl' amat<eor nommé Daudet ; cette épreuve, d'après Delaborde, serait celle que Balechou aurait détournée, ce quf aurait motîvé son exclusion- de l'Acad^émie^ On reconnaîtra qu'il n'y a là qu'une fable, puisque Bachdloo' avait droit à 5o exemplaires de l'estampe. Une épreuve- dto prsmiei» état a été payée 900 fr. à la vente Durand (i836). Des épreuves du deuxième état ont été payées à des prix variables : 1759, comte de Vence 90 livres. 1771, Lebunn flJs 6q livres. i775> Mariette. 35o<Uvr^ft. i77[9» citoyen A..; 14^ fr.. 1799, Basan père, 180 fr.

1801. Valois, 121 fr. — i8o5, de Saint-Yves, épreuve rognée, 120 fr. — 1808. de Saint-Aubin, 25o fr. — 18 17, Rigal, 288 fr. — 182 1, Durand, 3oo fr.— 1822, Rossi, 100 ft-., mais fe format indiqué (76 X ^3) d^ne lieu de penser qu'il y a arrcor. ^ fSS6, DumncS; 27a fr. -^ d838^ Reml,^ f6 fr.

1843, Deboîs, 122 fr. — 1862, comte Archînto, i55 tr. — i865, Gamberlyri 112 fr.

Des épreuves dont on ne connaît pas exactement Tétat, ont été vendues : 1822, Rossi,3i fr. 5o. — Weigel, Leipzig, 19 fr. 5o. - 1845, Tufialkin, 60 fr. — i857, Busche, 32 fr. — 1877, Firmin-Didot, 40 fr.

On peut dire que cette estampe ne se trouve plus dans le commerce.

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