‹ J. J. Balechou Graveur du Roi 1716-1764Chapitre 9 sur 31 · NOVEMBRE I · texte numérisé non relu

NOVEMBRE I

Exclusion du peintre Caresme*.

Oui le rapport du secrétaire sur les bruits qui se répandent et se confirment universellement contre le sieur Caresme, Agréé,

I. Philippe Caresme, né en 1734, mort en 1796. élève de Coypel. Il obtint le deuxième prix de peinture de l'Académie en 1761, fut agréé en 1766. Assézat prétend qu'il fut exclu pour n'avoir pas fourni son morceau de réception. Il paraît y avoi: eu des raisons d'un ordre différent. Diderot goûte assez spn talent :

Parlons de ses tètes peintes, dit-il, de ses études et surtout de ses dessins coloriés

TAcadémie, vu la gravité des accusations contre le sieur Caresme et leur publicité, a préalablement suspendu et suspend à son égard Veffet des droits attribués au titre d'Agréé, dont il est revêtu, jusqu'à ce qu'il se soit pleinement justifié. En conséquence, elle lui enjoint de le faire sous huitaine, et, faute de répondre par écrit dans ce délai aux accusations qui lui sont communiquées, son silence sera regardé comme un aveu tacite des inculpations dont le charge la voix publique. M. le Secrétaire sera chargé de lui envoyer copie de la délibération qui lui sera remise par l'huissier de l'Académie.

Ont signé : Pierre, Dandré-Bardon, Lagrenée, PiGALLE, etc.

A la séance du 5 décembre suivant, le Secrétaire donne lecture d'une déclaration du sieur Caresme, de la déclaration d'un élève impliqué dans cette affaire, et vu les difficultés que présente l'affaire dont il s'agit et l'examen qu'elle exige, a arrêté qu'il serait nommé des commissaires pour en prendre une connaissance plus approfondie et que le rapport en sera fait par eux pour être par l'Académie statué définitivement.

Dans la séance du i6 décembre, l'Académie s'est assemblée extraordinairement et par convocation générale ; elle entend là lecture d'une lettre de M. le comte d'Angivillier, directeur et ordonnateur général des Bâtimens de Sa Majesté, par laquelle il prie M. Pierre, directeur, d'assembler extraordinairement l'Académie « pour examiner l'affaire du sieur Caresme et de ne pas suspendre un jugement qu'il serait obligé de porter à la décision de Sa Majesté, à moins qu'il n'y ait des preuves de la dernière évidence qui effaçassent tellement ce que cette affaire a de louche que l'Académie fut unanimement garantie de la délicatesse de sa conduite. »

« Pénétrée de reconnaissance de la sollicitude de M. le comte

et lavés ; ils en valent par Dieu la peine. Ces dessins sont charmants et un grand maître ne les désapprouverait pas. Ce sont des faunes, des satyres: c'est un petit sacrifice bien pensé et bien touché. Peut-être ce Caresme peindra-t-il un jour, je n'en sais rien; mais s'il ne veut pas peindre, qu'il dessine. (Salon de 1767, p. 335, t. XI.) M. Caresme, qui plie son génie à plus d'un genre, nous offre ici un grand nombre de petits tableaux — Il est abondant en idées heureuses comme il est grand dans le dessin et le coloris. Au surplus, je suis persuadé qu'en expédiant facilement tous ces petits tableaux, il se met par là en exercice et qu'il pelote, comme on dit, en attendant partie; c'est-à-dire que cet exercice de pur badinage ne le disposera que mieux à nous donner un bon tableau de réception. Je ne doute point que l'Académie n'en accepte l'augure. (Diderot, édition Assezat, Salon de 177», t. XI, p. 532.)

d'Angivillîer sur tout ce qui peut attaquer l'honneur du corps, et animée des mêmes sentimens, l'Académie a cru de son devoir et de la justice d'user jusqu'à ce jour d'une lenteur nécessaire à l'examen des preuves dans une affaire d'où dépend le sort de l'un de ses membres. C'est après s'être procuré les éclaircissements les plus sûrs et les preuves les plus autentiques qu'elle s'est déterminée à statuer définitivement sur le fait dont il s'agit, tant pour répondre aux intentions de M. le Directeur général qu'au vœu unanime de tout le corps. »

Avant de procéder au jugement, le Secrétaire ayant lu toutes les pièces relatives à l'affaire du sieur Caresmes, savoir : i® la dénonciation faite par le secrétaire sur le cri public de l'assemblée du 28 novembre dernier ; T les deffences du sieur Caresmes ; 3® celles de l'élève impliqué dans cette affaire; 4" la déclaration d'un académicien invité de dire vérité ; 5° la réponse de la personne compromise dans les deffences du sieur Caresmes, le comité des commissaires n'ayant pas eu lieu vu les preuves nouvellement acquises depuis la dernière assemblée, tout considéré, les voix prises à l'ordinaire, l'Académie, disant que les justifications du sieur Caresmes sont insuffisantes, a exclus et exclut le sieur Caresmes de la classe des Agréés dans laquelle elle Tavoit cy-devant admis. En conséquence, lui fait très expresses défenses et inhibitions de se dire doresnavant du corps de l'Académie royale de Peinture et Sculpture, et de plus se qualifier « Peintre ordinaire du Roy», prérogative attachée au titre d'Agréé, dont elle l'a déclaré et déclare déchu pour toujours.

Le Secrétaire expédiera une copie de la présente délibération, laquelle sera signifiée au sieur Caresmes et remise en ses mains par l'huissier de l'Académie à ce qu'il n'en ignore, et le Secrétaire en certifiera la Compagnie à la première assemblée. Les pièces justificatives seront déposées dans les archives.

Ont signé : Pierre, Brenet, Dandré-Bardon, Halle, Gabriel, Le Cher de Valory, L. Lagrenée, Julliar, Belle, Bergeret.

La famille de Balechou.

M. de Montaiglon crut avoir tiré au clair dans les Archives de rArt Jrançais {iQ6i), grâce aux communications de M. RoboUy, archiviste d'Arles, Tétat-civil de Balechou, dont la naissance et la mort ont été longtemps placées à des dates très incertaines. Il fournit une explication pénible de Tunique prénom de Jean qui lui est attribué dans l'acte de baptême et de l'unique prénom de Joseph qui lui est donné dans l'acte de décès, ainsi que de la contradiction que révèlent ces actes avec le contrat d apprentissage passé le 22 septembre 173 1, par devant M* Roux, notaire à Avignon, et où le père de Balechou le dit âgé d'environ i5 ans.

Voici le raisonnement auquel s'est livré M. de Montaiglon :

Habituellement, notre graveur passe pour ôtre né non en 1719, mais en 1715, alors que son père ne s'est marié que le 25 août, et M. Louis Jacquemin, dans Tartide du Plutarque provençal, va même jusqu'à le faire naître le jour de la mort de Louis XIV, c'est-à-dire le i5 septembre, mais nous ne savons sur quelle autorité. D'un autre côté, Ton ne voit figurer dans cet acte de naissance que le prénom de Jean, quand, dans le contrat d'apprentissage et dans l'acte de décès, on ne trouve que le prénom de Joseph ; mais, de l'autre, Balechou a pris les noms réunis de Jean Joseph, et dans un marché qu'on verra plus loin, et au bas d'une suite de gravures : il portait donc les deux noms, et Ton aura mis dans l'acte de décès celui dont il se servait le plus habituellement et sous lequel seul il était connu. Cette explication me paraît suffisante pour le faire reconnaître dans l'acte de naissance portant le seul nom de Jean, et pour infirmer la déclaration même du contrat d'apprentissage du 22 septembre lySi, dans lequel son père le déclare âgé d'environ 16 ans, ce qui mettrait sa naissence à l'année 1716, c'est-à-dire celle où nous possédons l'acte de naissance d'un Etienne Balechou, son frère aîné. En 1781, Balechou, s'il est ne en 1719, ne pouvait avoir qu'un peu plus de douze ans; mais il se pourrait faire que, le jeune Balechou étant pour son âge assez développé au physique, son père l'fliit gratifié de trois ans de plus, pour aplanir les obstacles qui auraient pu s'opposer à son entrée en apprentissage. Il faut, de plus, remarquer que l'âge de 45 ans donné dans l'acte de décès de 1764 se rapporte exactement à l'année 17 19. Il y a donc tout lieu de croire, les registres n'ayant en 1715 aucune naissance de Balechou, que le Jean né en 1719 est bien le môme que le Joseph de l'acte de décès, qui ne peut être un autre que le graveur Jean-Joseph

J'ai tenu à élucider ces divers points, et il résulte des registres des paroisses déposées aux archives de la ville d'Arles et dont

7'«i la copie sous les yeux* que Gatien-Jean Bâllechou, marchand boutonnier, natif 4e Tours et habitant depuis trois ans dans la ville de Marseille, et dans la paroisse des AccoUles, lils de feu Louis Ballechou, marchand passementier et de Catherine Viot, épousa à Arles le 25 août lyiS, dans la paroisse Notre- Dame la Principale, Catherine Chouvine, fille légitime et natu- ' relie de feus Honoré, marchand négociant et d'Elisabeth Bontouse, native de cette ville d'Arles.

De ce mariage naquirent plusieurs enfants :

r Jean- Joseph Ballechou, né le ii juillet 1716, mort le 8 août 1764 à Avignon. C'est le graveur. Il n'a pas reçu le prénom de Jacques que lui attribue la Biographie de Michaud ou celui de Nicolas (Dictionnaire des hommes illustres de Provence, t. I).

2*" Etienne Ballechou, né le 28 octobre 17 17, mort le 12 septembre 17 18;

3' Jean Ballechou, né le 19 juillet 17 19.

4* Jean-Charles Ballechou né le 14 octobre 1722, mort le 28 novembre 1723.

L'acte de baptême (paroisse Saint-Martin) porte que le parrain de Jean-Charles est Jean-Joseph Ballechou, son frère.

5" Catherine Pierre Balechou, née le 24 juin 1724. Date du décès inconnue. L'acte de baptême porte encore que le parrain a été Jean-Joseph Balechou, son frère.

Jean-François Balechou. Il existe un acte de décès du V novembre 1775, dans les registres de la paroisse Sainte-Anne (Notre- Dame la Principale), au nom de Jean-François, dont l'acte de baptême n'a pas été trouvé. « Agé d'environ 60 ans, » dit le mortuaire. Il est vraisemblable de placer la naissance de Jean-François en 1720, s'il ne s'agit pas de Jean, né le 19 juillet 1719. Il était veuf de la demoiselle Marie Julien, décédée le i5 janvier

Deux frères de J.-J. Balechou étaient morts en bas âge. Jean- François qui leur survécut était aussi un artiste».

1. Je dois ces extraits à la parfaite obligeance de M. Lacaze-Duthier, vice-président de la Société du Vieil- Arles, à M. Tabbé Gheylan, curé d'Albaron et à M. Dayre, archiviste. J^ai découvert la véritable date de la naissance de Balechou, grâce à. une fiche, co nmuniquée par M. Charavay, des autographes du graveur passés en vente publique, et qui sont d'une extrême rareté.

I. Les Annales de la confrérie des Pénitents bleus de la ville d'Arles, rédigées par Pierre Véran, archivaire de la dite confrérie, attestent que le 5 mai 1743, la confrérie donne prix fait à Jean-François Balechou, sculpteur, du dessus de la porte d'entrée de la chapelle des Pénitents bleus, où est sculptée Kotre-Bame de Piété moyeniiant

Est-ce Jean? est-ce Jean -François, le prénom n'accompagne pas le nom dans la signature, qui fit part à M. de Marigny de la mort du graveur par la lettre suivante :

Monseigneur,

Instruit de la protection que vous aviés accordée à mon frère le sieur Balechou, j'ay cru qu'il étoit de mon devoir de vous informer du malheur que j'ay eu de le perdre, l'accident dont il a été frapé a été si subit qu'il n'a pas été possible de luy donner aucun secours ; sans cette fâcheuse circonstance, il n'auroit pas manqué de vous laire passer les sentiments de la parfaite et respectueuse reconnoissance dont il étoit pénétré pour les bontés dont vous vouliés bien l'honorer.

Permettes, Monseigneur, qu'interprète de ses intentions, je suplée à ce dont feu mon frère n'a pu s'acquitter envers vous, et que guidé par le devoir et la reconnaissance particulière, je vous prie de vouloir bien agréer mes très humbles remerciements et les vœux que je fais pour la conservation de votre personne, nul autre ne les forme avec plus de zèle que moy, comme nul autre n'est avec un plus profond respect. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Balechou, Secrétaire de S. A. S. Mgr L'Amiral, à Arles. A Arles, le ag aoust 1764 *.

L'orthographe du nom de Balechou est, on l'a vu, assez varia ble. Aux actes de baptême de ses fils Jean et Etienne, le père signe Ballechou ; dans la procédure Le Leu, le graveur est parfois appelé Balechou ; dans une lettre du duc de Chaulnes, il est appelé Balchou ; dans un rapport de la Direction générale des bâtiments, on lit Bachelou, le portrait du comte de Brulh est signé Baléchoux ; ce qui est facile à constater, c'est que l'artiste signe constamment J.-J. Balechou les tettres inédites que nous publions ; il signa de même presque toutes ises œuvres.

48 livres et, en considération de ravantage que la confrérie retire de cet ouvrage, elle s'engage à le recevoir c en ne payant aucune entrée, courants, ni fin ».

Le a6 janvier 1763, la même confrérie accepte l'offre de Gatien-Jean Balechou, nommé recteur, de 7a livres, « sçavoir de 48 livres dues k son fils pour Tscupture sur la porte d'entrée de la chapelle et 24 livres à. condition qu'il sera déchargé du rectorat et qu'il jouira des honneurs de recteur a son décès. »

(Communication due à l'obligeance de M. Chailan, curé d'Albaron, lauréat de l'Académie de Nimes. Ms. aux Archives municipales d'Arles, série G.G.)

li Archives nationales, O^ 1910» pi. 3, n* 8a

M. Emile Fassin, conseiller à la Cour d'appel d*Aix, qui a dirigé le Musée, revue arlésienne et qui connaît mieux que personne l'histoire d'Arles, a bien voulu nous faire plusieurs communications très intéressantes relatives à Balechou ; il a été amené par nos questions à corriger diverses erreurs répandues sur son célèbre compatriote, qui paraît avoir été noirci à plaisir par quelques écrivains.

Ainsi on allégué sans preuves et sans aucune référence que Balechou avait renié son premier maître, le graveur Michel, et sa ville natale.

Je n'ai trouvé aucune confirmation d'une accusation pareille en ce qui concerne l'ingratitude de Balechou à l'égard de Michel.

Quant à sa ville natale, il l'a si peu reniée — à moins qu'il ne s'agisse de quelque boutade du reste inconnue — qu'un grand nombre de ses planches, selon la remarque de M. Fassin, portent la mention /. Balechou arelat^ sculpsit (Ste Geneviève, par exemple). Ses compatriotes, dans tous les cas, se montraient fiers de lui. On cite plusieurs collections à peu près complètes de son oeuvre qui ont été formées dans Arles.

Le conseil municipal a donné son nom à une rue de la ville, par délibération du lo février 1879.

La maison où il est né, d'après M. Fassin, était contigué à rhôtel de Saint- Andiol (rue Barrême), en face de la petite porte de la maison de M. Honoré Clair (aujourd'hui hôtel de M. Doutreleau, avocat). Un descendant de la famille Balechou était juge de paix à Arles, en 1795. Depuis plus d'un demi-siècle, cette famille s'est éteinte ou a quitté le pays.

Le chanoine Arnavon note dans son manuscrit que l'héritage du célèbre artiste montait environ à quarante ou cinquante mille livres.

Je donne ci-après les actes de baptême et de décès du graveur :

Extrait des registres des Paroisses déposés aux Archives de la ville d'Arles

Paroisse Sainte-Croix. Année 1716.

Baptême l^ onzième jour du susdit mois (juillet) et an (17 16) est né et

j^g le douzième a été baptisé Jean Joseph Ballechou, fils légitime

de Jean Gatien Ballechou, marchand boutonier et de Cathe-

Jean Joseph rine Chauvine. Le parrain a été Jean Moulin, patron pescheur,

et la marraine Marie Rose Chauvine, tante maternelle du

baptisé. En foy de quoy je me suis soussigné avec le père et le

substitué. — Ont signé : Ballechou, Jean Moulin, Reybaud,

second".

Ballechou

DÉCÈS 8 août

Anno quo supra, die vert) octaVa mensis AUgusti, circa horam quartam matutinam obiit Josephus Balechou, Arelatensis,fiHus naturalisât légitimas domini Gassiani Joannis et Catherine Gheven, quadraginta quinque annis natus et die sequenti sepultus est in parrochîa nostra.

Deleuze» parrochus.

(Archives municipales d'Avignon, GG. Registres paroissiaux Saint-Didier. Décès 1738- 1768, fol. 257 v.)

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