‹ J.-J. Rouseau au Val de Travers, 1762-1765Chapitre 107 sur 135 · VISITE DE MADAME DE VERDELIN · texte numérisé non relu

VISITE DE MADAME DE VERDELIN

temps témoignée. Et pourtant une ombre de > soupçon se mêle à ce souvenir et en affaiblit le charme. Rousseau s'étonne que M"® de Verdelin n'ignorant rien de ce qui se passait et par ellemême et par ses domestiques, — « on vit même son homme de confiance en conférence avec MontmoUin !» — ne lui parla de rien, ni de personne, et répondit peu de chose à ce qu'il lui en dit quelquefois. Mais il faut toujours rappeler le temps où Rousseau écrivait; la réflexion seule vint gâter l'image d'un plaisir dont il avait, sans doute, joui. pleinement et sans arrière-pensée. Cette goutte de fiel n'avait d'autre cause que l'insistance avec laquelle M"® de Verdelin lui ' conseilla de se retirer en Angleterre auprès de Hume.

C'est un peu avant le séjour de M™« de Verdelin qu'il faut placer, je suppose, la composition de ce petit pamphlet biblique dont Rousseau indique ainsi l'occasion et le but :

« Une des? choses qui m'affectèrent le plus, fut de voir les familles de mes amis, ou des gens qui portaient ce nom, entrer assez ouvertement dans la ligue de mes persécuteurs^, comme les d'Ivemois, sans en excepter même le père et le frère de mon Isabelle; Boy de la Tour, parent de Tami chez qui j'étais logé, et M™« Girardier, sa belle-sœur. Ce

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Pierre Boy était si butor, si bète et se comportait si brutalement, que, pour ne pas me mettre en colère, je me permis de le plaisanter; et je fis, dans le goût du petit prophète, une petite brochure de quelques pages, intitulée : Jm vision de Pierre de la montagne, dit le Voyant, dans laquelle je trouvai le moyen de tirer assez plaisamment sur les miracles qui faisaient alors le grand prétexte de ma persécution. Dupe3rrou fit imprimer à Genève ce chiffon, qui n'eut dans le pays qu'un succès médiocre : les Neudiâtelois, avec tout leur esprit, ne sentant guère le sd attique, ni la plaisanterie, sitôt qu'elle est un peu fine. »

Les détracteurs de Rousseau n'ont pas manqué de prendre acte de cet aveu et de retourner ce passage contre lui. « Vous voyez bien, disentils, c'est aux miracles qu'il en voulait, et non pas pour en parler avec respect, mais pour s'en moquer. Son prétendu christianisme n'était qu'une comédie. » Eh! non, messieurs, il se vengeait des sots et des méchants, et pour cela, conmie il arrive toujours, excité par la contradiction, il dépassait ou dénaturait son propre sentiments Les Neuchâtelois le comprirent mieux qu'il ne veut le dire. Je lis dans une lettre de ce M. Henri- David Petitpierre, pasteur de Neuchâtel, que j'ai déjà nommé, le passage suivant * : ^

> La lettre est datée du 25 septembre.

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