LAMOIGNON DE MALESHERBES
cation devait se faire de suite. Mais des retards surviennent; l'impression est plusieurs fois suspendue ; mille circonstances futiles, rapprochées et commentées, mettent en feu l'imagination du solitaire, et c'est à grand'peine que M°* de Luxembourg et M. de Malesherbes parviennent à le tranquilliser. Ils ne s'y épargnaient pas cependant.
Celui-ci lui écrivait le i8 novembre 1761 ' :
« Je me contente de vous assurer que l'ouvrage entier m'a fait le même plaisir que tout ce qui sort de votre plume. Je crois que vous feriez grand tort au public de l'en priver ou d'attendre l'édition entière de vos œuvres pour le donner. »
Les lettres rassurantes se succèdent; il n'y en a pas moins de sept en quatre mois. L'une, de février, contient cette déclaration :
<c Je savais, il y a longtemps, que l'ouvrage s'imprimait en France; je croyais que vous le saviez aussi Si quelques-unes de vos inquiétudes viennent de ce que vous l'ignoriez, elles doivent être dissipées. »
' /.-/. Rousseau, ses amis et ses ennemis, correspondance publiée par M. G. Streckeîsen-Moulton. Paris, 1865. Ms. de la Bibl. de Neuchatel.
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Enfin, le surlendemain, nouvelle et longue ëpltre sur le même sujet :
« Je vous ai écrit. Monsieur , avant*hier qui était lundi, et je vous ai mandé que je chargerais une personne en qui j'ai confiance de vérifier chez Duchesne où en est votre édition, et qu'ensuite cette même personne irait vous voir soit aujourd'hui, soit demain. J'ai appris dans la matinée d'hier que M°* de Luxembourg était venue à Paris pour votre affaire, qu'elle avait passé ellemême chez le Ubraire et qu'elle était entrée dans tous les détails. En conséquence, j'ai passé chez elle hier à deux heures pour nous concerter.
» Le résultat de ce qu'elle a vu chez Duchesne est que vous devez être absolument tranquille sur la crainte qu'il n'y ait une intelligence entre le libraire et d'autres personnes pour donner votre ouvrage autrement qu'il n'est réellement. »
M. de Malesherbes calme ensuite les appréhensions de Jean-Jacques sur la conduite des Jésuites, qui, dit-il, « ont à présent bien d'autres gens à haïr ^ ». Puis il explique comment les cor-
' Les Jésuites ont bien été, parait-il, la cause de la condamnation de V Emile ; mais on ne peut cette fois le leur reprocher. Le Parlement qui les accablait voulut montrer son impartialité en poursuivant aussi les écrivains peu favorables au catholicisme. Rousseau iut la victime d'un ricochet.