‹ J.-J. Rouseau au Val de Travers, 1762-1765Chapitre 121 sur 135 · IRRITATION DU ROI · texte numérisé non relu

IRRITATION DU ROI

humble demande de ladite Compagnie à ce sujet, ne peut s'empêcher de lui témoigner d'être très-mal satisfaite des procédés inquiets, turbulents et tendant à sédition que lesdits pasteurs avaient tenus relativement au sieur Rousseau, que Sa Majesté daignait honorer de sa protection. Faif à Postdam, ce 26 février 1766. »

Et ce Post-scriptum terrible, écrit ou dicté par le roi :

« Vous ne méritez pas qu'on vous protège, à moins que vous ne mettiez autant de douceur évangélique dans votre conduite qu'il y règne à présent d'esprit de vertige, d'inquiétude et de sédition.

» Signé Frédéric. »

A la suite de la copie de cette pièce envoyée par milord Maréchal à Rousseau en Angleterre, le 8 mai 1766, on lit ces lignes guiJlemetées :

« Ces deux pièces essentielles étant tombées en nos mains, nous les rendons publiques, afin qu'elles servent à jamais d'exemple à tous les princes, d'instruction à tous les magistrats de l'Europe et de sauvegarde à tous les citoyens.

» Fait dans notre résidence, ce 10 mars 1766. »

Et maintenant j'ai fini. Je n'ai apporté à ce travail aucune intention d'apologie ou de réquisitoire. Chercher la vérité et la dire simplement, exactement, avec ses nuances et ses incertitudes, a été mon seul souci. Ce n'est pas le moyen de

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contenter les opinions préconçues et de satisfaire les partis-pris. Mais qu'y faire ? Les hommes ne sont pas .parfaits. H faut toujours s'attendre à rencontrer chez les meilleurs beaucoup de faiblesses et de bons sentiments, même des vertus dans le cœur des plus mauvais; on ne doit pas non plus les juger sans se reporter à leur époque, au milieu dans lequel ils ont vécu, aux influences multiples qui ont pesé sur leurs résolutions. Nous ne pouvons certainement absoudre nos compatriotes de Genève et nos compatriotes de Neuchâtel de leur acharnement contre un citoyen paisible, dont le seul crime était de ne pas penser comme eux en de certaines matières difficiles, et de le dire avec franchise. Mais on peut plaider les circonstances atténuantes, comme l'a très^bien observé M. le D"" Guillaume dans la publication que j'ai déjà rappelée. On ne connaissait au xvm^ siècle, ni la douceur des mœurs, ni la tolérance des opinions dont nous jouissons. On croyait, même dès gens éclairés, même des ecclésiastiques, que pour maintenir la foi, et garantir la société, il fallait réduire au silence tous les hardis penseurs qui se permettaient les moindres objections. M. de Mont-

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