LETTRE AU ROI DE PRUSSE
La gloire, Tintérêt, voilà son Dieu, sa loi; Il pense en philosophe et se conduit en roi.
De plus, sous le nom d'Auguste, roi des Dauniens, il n'avait pas ménagé ce prince dans YÉmiley mais le temps pressait et ne permettait ni hésitation ni choix. Il ne déplaisait pas d'ailleurs à Rousseau de courir ce risque et de se réfugier chez un ennemi qu'il jugeait généreux et épris de la gloire. De ses premières lectures de Plutarque il avait gardé le goût des actions héroïques, des grands rôles, parfois aussi des grandes phrases et des mots à effet comme celui-ci, qui trahit tout ce côté théâtral de l'écrivain : Quand Jean- Jacques s'élève à côté de Coriolan, Frédéric serat-il au-dessous du général des Volsques ?
La lettre qu'il écrivit plus tard dans le même style fit du bruit et me paraît tout au moins bien prétentieuse ; on s'en souvient -:
« Vous voulez me donner du pain ; n'y a-t-il aucun de vos sujets qui en manque? Otez de devant mes yeux cette épée qui m*éblouit et me blesse ; elle n'a que trop fait son devoir et le sceptre est abandonne...,
» Puissé-je voir Frédéric le juste et le redouté couvrir SCS états d'un peuple nombreux dont il soit le père ! et J.-J. Rousseau, l'ennemi des rois, ira mourir au pied de son trône. »