LETTRE AU ROI DE PRUSSE
Cette lettre est du 30 octobre 1762. J'aime mieux celle que Rousseau lui adresse immédiatement après son arrivée à Motiers. Plus simple, elle n'a pas moins de fierté, et sous son apparente rudesse couvre beaucoup de finesse et d'habileté. Je la copie pour ceux qui l'ont un peu oubliée :
« J'ai dit beâ(ucoup de mal de vous, j'en dirai peut-être encore; cependant, chassé de France, de Genève, du canton de Berne, je viens chercher un asile dans vos États. Ma faute est peut-être de n'avoir pas commencé par là : cet éloge est de ceux dont vous êtes digne. Sire, je n'ai mérité de vous aucune grâce et je n'en demande pas, mais j'ai cru devoir déclarer à Votre Majesté que j'étais en son pouvoir et que j'y voulais être; elle peut disposer de moi comme il lui plaira. »
Allons ! Rousseau n'était pas si maladroit qu'il voulait le faire accroire. Nous aurons plus d'une fois la surprise de découvrir toute l'adresse d'un courtisan dans ce paysan du Danube et sous ce misanthrope le plus aimable et le plus séduisant des hommes.
U n'avait pas manqué non plus d'écrire à lord Keith, gouverneur du pays, une épître charmante, en tête de laquelle était placée en vedette sa devise : Vitam impendere veto.