‹ J.-J. Rouseau au Val de Travers, 1762-1765Chapitre 3 sur 135 · PREMIER SÉJOUR A NEUCHATEL · texte numérisé non relu

PREMIER SÉJOUR A NEUCHATEL

Malgré la saison, le jeune professeur poussait quelquefois, semble-t-il, ses promenades assez loin. Dans sa lettre à d'Âlembert, sur les spectacles, datée de Montmorency, le 20 mars 1758, on trouve une description émue et charmante des montagnes et des montagnons neuchâtelpis. Tous les traits de ce tableau sont pris sur nature et s'appliquent si bien aux plateaux supérieurs du Jura qu'on ne peut pas douter que Rousseau les ait visités.

« Je me souviens d'avoir vu aux environs de Neuchâtel * un spectacle assez agréable et peut-être unique sur la terre, une montagne entière couverte d'habitations dont chacune fait le centre des terres qui en dépendent, de sorte que ces maisons à distances aussi égales que les fortunes des propriétaires, offrent à la fois aux nombreux habitants de cette montagne le recueillement de la retraite et les douceurs de la société. Ces heureux paysans, tous à leur aise, francs de taille, d'impôts, de subdélégués, de corvées j cultivent avec tout le soin possible des biens dont le produit est pour eux, et emploient le loisir que cette culture leur laisse à faire mille ouvrages de leurs mains et à mettre à profit le génie inventif que leur donna la nature. L'hiver surtout, temps où la hauteur des neiges leur ôte une communication facile, chacun renfermé bien chau-

> Les hautes vallées si exactement peintes par Jean- Jacques ne sont pas précisément les environs de Neuchâtel, — mais quand on écrit h cent lieoes de U, après trente ans, il est permis de rapprocher les distances.

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