‹ J.J. RousseauChapitre 5 sur 17 · LA « LETTRE SIR LES SPECTACLES ». S · texte numérisé non relu

LA « LETTRE SIR LES SPECTACLES ». S

c'est une inconséquence d'honorer ceux qui font les pièces et d'avilir ceux qui les représentent?

Il vaut mieux insister sur les passages les plus attachants du livre. Rousseau a marqué franchement les défauts du théâtre français de son époque. Il accuse avec raison les tragiques contemporains de mettre sur la scène des êtres gigantesques, boursouflés, chimériques, et il prie ces sublimes auteurs de descendre un peu de leur continuelle élévation, de parler en phrases moins arrangées, de montrer parfois la simple humanité et de faire voir, non des héros, mais des hommes. Il se moque spirituellement de ceux cjui désirent épurer la comédie : leurs pièces instruisent beaucoup, mais elles ennuient davantage; autant aller au sermon! Diderot fut touché au vit : «' Rousseau, écrit-il, dit du mal du comique larmoyant parce que c'est mon genre ».

Mais Rousseau pensait moins à blesser Diderot qu'à proclamer ce qui lui semblait vrai. Saint-Preux fera la même satire du théâtre. Il jugera que le Français veut sur la scène de l'esprit et non du naturel; que Corneille et Racine, avec tout leur génie, ne sont que des « parleurs » qui composent de beaux dialogues bien agencés et bien ronflants; que les personnages de la tragédie ne visent qu'à briller et ne s'expriment qu'en maximes générales; qu'une sentence leur coûte moins qu'un sentiment. Il sera plus sévère encore pour la comédie : elle ne quitte plus, dit-il, son ennuyeuse dignité, elle ne représente que des comtes, des chevaliers en habit doré.

Jean-Jacques ne se borne pas à demander que l'art soit plus libre, qu'il ait plus d'action et clé vérité, qu'il étende le champ de son observation, qu'il daigne s'occuper du bourgeois et de l'artisan. 11 cherche la cause de cette décadence du théâtre et la trouve dans l'ascendant des femmes, dans la gynécocratie : les femmes régnent partout ; sur la scène, elles apprennent tout aux hommes et les écrasent de leurs propres talents; dans le monde, celle qu'on estime le plus est celle qui a le verbe le plus haut, qui doni.e le ton, prononce, tranche sans rien savoir. Et ici reparait le Rousseau cjui fait avec une rare noblesse la leçon à son siècle. Pas de bonnes mœurs pour les femmes hors d'une existence retirée et recueillie; elles doivent vaquer aux soins du ménage, et il n'y a point de spectacle plus touchant que celui d'une mère entourée de ses enfants, réglant les travaux de ses domestiques, gouvernant avec sagesse la maison qui sans elle serait un corps sans âme. Voyez les Anglaises : elles goûtent les vrais plaisirs, elles errent aussi volontiers dans leurs parcs qu'elles se promènent à Vauxhall, elles songent moins à paraître heureuses qu'à l'être, elles honorent la loi conjugale et ne s'honorent pas de la violer, leur amour décide de leur vie. A l'exemple des Anglaises, la femme restera digne et modeste : « Rechercher les regards des hommes, c'est déjà s'en laisser corrompre ». Les philosophes vont crier que la pudeur est un préjugé, que les désirs des deux sexes sont égaux, que les démonstrations ne

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