‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 116 sur 132 · L ILE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

L ILE DE SAINT-PIERRE

beaucoup de points et ne pas l'esquisser serait une injustice envers les nombreux Neuchâtelois dont la sollicitude a accompagné le fugitif par delà nos frontières et jusqu'à la fin de sa vie.

En s' éloignant du Val de Travers le pauvre Jean-Jacques ne quittait pas la Suisse. Il l'aimait trop, dit-il, pour n'y pas rester tant qu'il lui serait possible d'y vivre.

L'été précédent,, en compagnie de Dupeyrou, il avait visité l'île de Saint-Pierre dans le lac de Bienne, très -voisin de Neuchâtel, et il lui en était resté un immense désir de revoir ces rivages paisibles et d'y attacher sa barque pour toujours. Et qui sait si ce rêve longtemps caressé n'a pas été pour quelque chose dans sa brusque résolution de départ et s'il n'a pas, au fond de son cœur, su bon gré aux tapageurs de lui donner une si belle occasion de le réaliser !

Cette retraite avait un autre attrait : celui du fruit défendu. Il ne lui déplaisait pas, je suppose, et ce sentiment est bien dans sa tournure d'esprit, d'aller de nouveau, comme il Tavait fait en venant à Motiers, se mettre à la merci d'un adversaire puissant. L'île de Saint -Pierre était bernoise; elle appartenait, elle appartient en-

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