‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 12 sur 132 · LAMOIGNON DE MALESHERBES · texte numérisé non relu

LAMOIGNON DE MALESHERBES

Enfin, le surlendemain, nouvelle et longue épître sur le même sujet :

« Je vous ai écrit, Monsieur , avant-hier qui était lundi, et je vous ai mandé que je chargerais une personne en qui j*ai confiance de vérifier chez Duchesne où en est votre édition, et qu'ensuite cette même personne irait vous voir soit aujourd'hui, soit demain. J'ai appris dans la matinée d'hier que M""^ de Luxembourg était venue à Paris pour votre affaire, qu'elle avait passé ellemême chez le Hbraire et qu'elle était entrée dans tous les détails. En conséquence, j'ai passé chez elle hier à deux heures pour nous concerter.

» Le résultat de ce qu'elle a vu chez Duchesne est que vous devez être absolument tranquille sur la crainte qu'il n'y ait une intelHgence entre le libraire et d'autres personnes pour donner votre ouvrage autrement qu'il n'est réellement. »

M. de Malesherbes calme ensuite les appréhensions de Jean-Jacques sur la conduite des Jésuites, qui, dit-il, « ont à présent bien d'autres gens à haïr ^ )) . Puis il explique comment les cor-

ï Les Jésuites ont bien été, paraît-il, la cause de la condamnation de l'Emile ; mais on ne peut cette fois le leur reprocher. Le Parlement qui les accablait voulut montrer son impartialité en poursuivant aussi les écrivains peu favorables au catholicisme. Rousseau lut la victime d'un ricochet.

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rections et les remaniements faits sur les épreuves sont la cause naturelle des retards de la publication ; et, pour les abréger, il conseille à Rousseau d'aller s'établir à Paris jusqu'à la fin de l'édition. Un passage de cette lettre importante mérite d'être rapporté :

« Permettez-moi de vous dire que je crois avoir vu votre âme tout entière dans les différentes lettres que vous m'avez écrites à ce sujet. J'y ai vu cette succession d'inquiétudes, de soupçons et ensuite de remords d^avoir été soupçonné injustement. J'ai cru voir ces sentiments peints avec une vérité que l'art ne pouvait pas atteindre, et j'ai conclu de la moitié de vos lettres que vous étiez le plus honnête de tous les hommes, et de l'autre moitié, que vous en étiez le plus malheureux. »

Quoi qu'il en soit, on voit que Rousseau avait toutes les raisons du monde de ne rien craindre de la part de l'autorité au sujet de VEmile. Comme il comptait sur de grands éloges, les compliments équivoques qu'il reçut l'étonnèrent; mais il ne se laissa point effrayer des rumeurs menaçantes qui lui parvenaient de différents côtés; et en tous cas, le danger, àsuppo-

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