BON ACCUEIL FAIT A ROUSSEAU
du vallon. La solitude, le calme des bois, les longues promenades apaisent ses agitations et remettent son âme en équilibre. Ayant renoncé à la littérature, il ne songe plus qu'à mener une vie
je trouve dans les numéros de janvier et de février des Réflexions sur les deux derniers ouvrages de M. J.-J. Rousseau, et c'est sans contredit à ceux-là que pense Jean-Jacques lorsqu'il écrit à Moultou le 28 avril : « Vernet... répand contre moi son fade poison dans » les Mercures de Neuchâtel. »
» Dans les numéros suivants le nom de Rousseau revient souvent. Je trouve en mai et en août de nouvelles observations sur le vicaire savoyard, en juin quelques malices innocentes sur la Nouvelle Héloîse. Le numéro de juillet contient des vers assez blessants au sujet de la lettre par laquelle Rousseau avait déclaré au Premier Syndic de Genève qu'il renonçait à son titre de citoyen. En voici les derniers :
Aussi sublime que Platon,
Non moins nerveux que Démosthènes
Et plus serré que Cicéron,
A la raideur du vieux Caton Tu voulus ajouter, en rompant cette chaîne, Le dédain orgueilleux d'un nouveau Diogène.
» Enfin — car l'affaire se gâte de plus en plus — on trouve une lettre écrite aux éditeurs du Mercure pour leur annoncer la publication des Lettres sur le christianisme de J.-J. Rousseau, par Vernes. Cette fois l'auteur anonyme de cette lettre est brutal, mais comme vous désirez avec raison disculper nos concitoyens, je dois vous faire remarquer que tout en insérant ce pamphlet — écrit probablement à Genève — le Mercure l'a accompagné d'un correctif en plaçant au bas de la page la note que voici : Note des éditeurs. « L'on se ferait des ouvrages de M. Rousseau une » idée très-fausse, si l'on s'imaginait que tout ce qui s'y trouve » est mauvais. Il y a, au contraire, des endroits excellents, des )) pensées vraies, sublimes et vraiment édifiantes, présentées avec » toute la force et l'énergie possibles, et qui seraient généralement » admirées, si elles ne se trouvaient pas souvent contredites par » les doutes dangereux du même auteur. »
56* ROUSSEAU PREND l'hABIT d'aRMÉNIEN. '
tranquille et douce, et pour occuper ses loisirs, ce terrible Jean-Jacques apprend à faire des lacets. Quand il va faire des visites il emporte son coussin, ou travaille sur sa porte à l'ombre des tilleuls et cause avec les passants. C'est alors que soit raison de santé, soit caprice, il prend l'habit d'Arménien : veste, cafetan, bonnet fourré , et nul ne s'en choque. En le voyant ainsi déguisé lord Keith se borne à lui dire : Salameki, ti le public imite cette réserve. Rousseau suit le culte régulièrement ; il désire communier et craint des objections, on ne lui en fait aucune ; le pasteur et les anciens vont au-devant de ses vœux. On ne peut imaginer une existence plus simple, plus champêtre, et par cela plus opposée à ce qu'on devait attendre de l'auteur tant applaudi de la Nouvelle Héloïse et tant persécuté de V Emile,
Tout le délasse, tout lui plaît. Ses voisines lui paraissent aimables et spirituelles; il se loue de ses relations avec le pasteur et avec plusieurs hommes distingués des environs, bien qu'il eût fait beaucoup de façons avant de consentir à les voir. Un demi-dieu descendrait du ciel qu'il ne serait nulle part entouré de plus de prévenances que Jean-Jacques en rencontra chez les Neuchâ-