‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 39 sur 132 · OFFRES HOSPITALIÈRES · texte numérisé non relu

OFFRES HOSPITALIÈRES

veulent descendre à Fleurier, paraît l'avoir tenté. Il songea aussi à s'établir au hameau des Raisses, dans la maison d'un M. Lequin, menuisier, homme de sens, avec lequel il aimait à causer. Enfin, il fit plusieurs courses dans le bas du pays avec le désir de s'y installer. Il n'avait que l'embarras du choix.

Dupeyrou lui offrait une maison à Cressier; d'Escherny proposait Cornaux ^ ; le colonel Pury, Suchiez. On essaya même de l'attirer au Locle. Un M. Claude-François Du Bois lui écrivit Tagréable lettre que voici et qui montre bien l'émulation d'hospitalité, pour ainsi dire, que Rousseau inspirait à tous et partout.

« Au Loclc, le 8 décembre 1764.

» Monsieur,

» J'appris à Londres de M. Rousseau, voire parent, la première nouvelle du choix que vous aviez fait de ce pays pour vous servir d'asile contre vos persécuteurs, et je ne pus m'empêcher alors de lui témoigner combien je me croirais heureux si je pouvais vous y offrir une retraite. Je venais de lire votre Emile, qui m'avait fait abandonner le dessein de devenir riche aux dépends de ma santé et de ma tranquillité, et je crus qu'une de ces habitations que

' Cressier, Cornaux, beaux villages agricoles à l'est de Neuchâtcl; Suchiei, petit hameau près de la ville; Le Locle, grand village industriel de 10,000 âmes, dans l'une des plus hautes vallées du canton.

M. CLAUDE-FRANÇOIS DU BOIS. 8l

vous avez dépeintes si agréablement dans votre discours à M. d'Alembert, et où j'allais me retirer, ne serait pas tout à fait indigne de vous être proposée. Il est vrai que quand j'ai considéré, monsieur, tant de refus que vous avez fait d'offres infiniment plus attrayantes de la part de seigneurs, de riches, de savants, moi qui ne suis rien de tout ça, j'ai regardé mes désirs comme une impertinence et n'ai cependant pu m'empêcher de désirer, croyant être assez mortifié en me condamnant moi-même au silence. Enfin, M. Bâtard, de Genève, passa ici il y a quelques semaines; il dit qu'il voulait se procurer l'honneur de vous voir ce jour-là même; l'envie extrême que j'ai de vous posséder ici m'échappa, il me dit qu'il vous en témoignerait quelque chose, je le laissai faire, et aujourd'hui il me marque qu'il vous a laissé mon adresse et que vous lui avez fait entendre que peut-être en feriez-vous usage. Il est inutile de vous témoigner, monsieur, la joie que m'a causée cette nouvelle ; elle n'est troublée que par la crainte que M. Bâtard ne m'ait trop flatté. Daignez confirrfter par un mot cette espérance si flatteuse pour moi et j'attendrai patiemment que votre commodité, vos affaires, votre incHnation vous attirent dans ces montagnes. Vous trouverez chez moi tout à la Suisse, c'est-à-dire la Hberté et point de cérémonies. Quoique cette saison soit un peu rude, si elle ne vous rebute pas, je pourrai vous envoyer un cheval, une voiture, ou un tranieau à votre choix, et le jour que vous voudrez bien m'indiquer.

« J'ai l'honneur, etc. »

Je ne sais si Jean-Jacques répondit à cette invitation, mais il n'alla point au Locle et ne quitta Motiers que pour abandonner sans retour

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