‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 43 sur 132 · NOMBREUSES VISITES · texte numérisé non relu

NOMBREUSES VISITES

dans toutes les contrées environnantes. Motiers attire les pèlerins en foule. On se détourne pour y passer; on y vient exprès; les curieux arrivent à la file, isolés ou par groupes, à pied, à cheval, en voiture, par carrossées; la procession dura trois ans. Jamais le vieil hôtel de ville des six communes ^ ne vit et ne reverra autant de voyageurs. C'était une mode, un engouement, une fureur.

« J'avais à Motiers, dit Rousseau, presque autant de visites que j'en avais eu à l'Hermitage et à Montmorency, mais elles étaient la plupart d'une espèce fort différente. Ceux qui m'étaient venus voir jusqu'alors étaient des gens qui ayant avec moi des rapports de talents, de goûts, de maximes, les alléguaient pour cause de leurs visites, et me mettaient d'abord sur des matières dont je pouvais m'entretenir avec eux. A Motiers ce n'était plus cela, surtout du côté de France. C'étaient des officiers ou d'autres gens qui n'avaient aucun goût pour la littérature, qui même, pour la plupart, n'avaient jamais lu mes écrits, et qui ne laissaient pas, à ce qu'ils disaient, d'avoir fait trente, quarante, soixante, cent lieues, pour me venir voir et admirer l'homme illustre, célèbre, très célèbre, le grand homme, etc. Car dès lors on n'a cessé de me jeter grossièrement à la face les plus impudentes flagorneries, dont l'estime de ceux qui m'abordaient m'avait garanti jusqu'alors. Comme la plupart de ces survenants ne daignaient ni se nommer,

1 L'auberge de Motiers.

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