‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 44 sur 132 · NOMBREUSES VISITES. IO · texte numérisé non relu

NOMBREUSES VISITES. IO

ni me dire leur état, que leurs connaissances et les miennes ne tombaient pas sur les mêmes objets et qu'ils n'avaient ni lu ni parcouru mes ouvrages, je ne savais de quoi leur parler : j'attendais qu'ils parlassent eux-mêmes, puisque c'était à eux à savoir et à me dire pourquoi ils me venaient voir. On sent que cela ne faisait pas pour moi des conversations bien intéressantes, quoiqu'elles pussent l'être pour eux, selon ce qu'ils voulaient savoir; car, comme j'étais sans défiance, je m'exprimais sans réserve sur toutes les questions qu'ils jugeaient à propos de me faire, et ils s'en retournaient, pour l'ordinaire, aussi savants que moi sur tous les détails de ma situation. »

Parmi les visiteurs de cette façon, Rousseau cite M. de Feins, écuyer de la Reine et capitaine de cavalerie, qui eut la constance de le suivre à pied jusqu'à la Perrière ^ en tenant son cheval par la bride, « sans avoir, ajoute Jean-Jacques, d'autre point de réunion que de connaître tous deux une même personne et de jouer l'un et l'autre au bilboquet. »

Une autre fois, deux hommes arrivent conduisant chacun un mulet. A l'équipage, on les prend pour des contrebandiers; c'étaient deux gentilshommes, M. de Montauban et ce M. Dastier dont j'ai déjà parlé. Ces messieurs revin-

' A l'extrémité du canton de Neuchâtel, sur l.i frontière du Val Saint-Iniier. De nouvelles routes ont abrégé la distance. Au temps de Rousseau on pouvait compter dix lieues.

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