‹ J.J. Rousseau au Val de TraversChapitre 46 sur 132 · M. D IVERNOIS · texte numérisé non relu

M. D IVERNOIS

livre entier d'aucune espèce, et qu'il sache même de quoi traitent les miens. Quand je commençai d'herboriser, il me suivit dans mes courses de botanique, sans goût pour cet amusement, sans avoir rien à me dire, ni moi à lui. Il eut même le courage de passer avec moi trois jours entiers tête à tête dans un cabaret à Goumoins % d'où j'avais cru le chasser à force de l'ennuyer et de lui faire sentir combien il m'ennuyait. »

Voilà un personnage bien arrangé, on en conviendra, et cependant Rousseau lui écrit souvent, du ton le plus affectueux, l'invite, lui donne rendez-vous, le remercie de ses visites.

« Si je ne puis, monsieur, avoir le plaisir de vous suivre, j'attends du moins avec empressement celui de vous embrasser; ce serait un bien de plus dans ma vie d'en pouvoir jouir plus souvent. » (Lettre du 21 avril 1764.)

Ce séjour de Goumoins, il l'a provoqué :

« Je me propose d'aller coucher à Goumoins et aprèsdemain à Morges. Je vous marque ma marche un peu en détail, afin que si vous vouliez me joindre à Morges, vouy

puissiez savoir quand m'y trouver Je serai charmé de

vous voir et nos amis.... » '

Ceci est du i^^'Août 1764. Le 20, après ce*' voyage, nouvelle lettre, qui commence ainsi :

' La véritable orthographe est Goiimocns, nom d'une ancienne famille qui existe encore. Le château a conservé ses tours antiques autour d'un corps de logis reconstruit en 1614.

io6 i\î. d'ivernois.

« En arrivant ici avant-hier, monsieur, en médiocre état, je reçus avec des centaines de lettres la vôtre pour m'en consoler.... »

Il lui donne des commissions de toutes sortes :

« Il semble à votre" activité que vous ne pouvez être occupé que de moi. Vos soins obligeants peuvent m' être aussi utiles que votre amitié me sera précieuse. » (7 janvier 1765.)

Même il accepte ses présents : truites du lac, vacherins, vins de Lavaux et de Lunel, manchettes tricotées par M"^ d'ivernois, non sans murmure et sans gronderie. « Vous êtes un donneur insupportable; il n'y a pas moyen de vivre avec vous. » Enfin, chose plus sérieuse, il lui parle avec abandon de toutes ses affaires, le mêle à tous ses différents, à toutes ses inquiétudes, et s'intéresse lui-même à tout ce qui touche M. d'ivernois et sa famille. Lorsqu'il veut renoncer à tout commerce avec le public et cesser toute correspondance, il lui propose de faire une exception pour lui. (Lettre du 22 février 1765.)

En somme, Rousseau n'a écrit à personne avec plus de confiance ; il n'y a pas un nuage dans cette intimité, elle reste entière lorsque troublé et malheureux, en Angleterre et à Trye, Rousseau

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