LE PRINCE .DE WIRTEMBERG. I
votre indulgence. En vérité, monsieur, vous auriez pitié de moi si vous voyiez mon trouble ; le cœur me bat prodigieusement ; jamais je n'ai plus souhaité de bien dire, dans aucune occasion je n'ai mieux pensé. Vous vous expliquerez aisément tout cela, Je consens, monsieur, que vous me refusiez de l'esprit, mais il faut mettre beaucoup de sentiment pour remplir ce vide. Je garde chèrement vos deux lettres; vos ordres même ne m'obligeraient pas à rendre l'une ou l'autre.
» J'ai l'honneur d'être
Votre très-humble servante,
Marianne Guyenet.
» P. S. Je vous supplie, monsieur, de ne montrer ce billet à personne. »
On a beau être misanthrope, on ne veut pas faire peur, on n'écrit pas à une dame comme au premier venu. Rousseau, qui ne faisait rien de jet et de prime-saut, devait consacrer beaucoup de temps à ces joutes d'esprit et de sentiment, et ce n'était là pourtant qu'une faible part, le sixième à peu près, de sa correspondance générale. Les hommes n'étaient pas moins avides que les femmes d'avoir de lui des directions et des conseils.
Une foule de ses lettres sont des mémoires.
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des traités, tantôt sur -des points de morale, ^-
d' éducation, de religion, de philosophie, tantôt sur les cas particuliers que lui soumettaient ses correspondants.
Un prince de Wirtemberg, épris de VEmiJe, s'installe exprès à Lausanne, afin d'élever ses petites filles, à peine nées, suivant les préceptes et pour ainsi dire sous les yeux du maître, et Rousseau se prête à ce rôle de gouvernante, comme s'il n'avait rien de plus important à penser et à faire. Un tout jeune homme, qui vient ' de se marier, le consulte sur ses devoirs d'époux et de père ; un autre voudrait savoir quelles ifamiliarités il peut se permettre avec sa maîtresse, « pour rester vertueux; » un abbé gentilhomme, à demi incrédule, ne sait comment concilier sa noblesse, ses incertitudes et sa carrière, et il demande à Rousseau de le tirer d'embarras. Un officier, que les livres de Jean-Jacques ont dégoûté du métier de la guerre, veut se faire auteur et il lui soumet des pastorales. Un mari le prie de faire comprendre à sa femme, dont il est trop aimé pour son repos, qu'elle doit se résigner à j une séparation exigée par ses affaires. Un enfant j prodigue réclame ses bons offices pour obtenir